Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Post-sionisme

La propagande antijuive du journal Ha'aretz, P. I. Lurçat
13/08/2010

 

[Initialement mis en ligne sur le Blog "Vu de Jérusalem" [http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2010/06/24/la-propagande-antijuive-du-journal-ha-aretz.html], ce texte n'y figure plus, pour une raison que j'ignore. Je le recopie ici du site de l'UPJF, qui l'avait repris le 24 juin 2010. (Menahem Macina).]

 

 

gideon-levi.jpg
Gideon Levy (cliché ajouté par France-Israël)

 

Dans un livre passionnant qui vient de paraître en France [1], le politologue Pierre-André Taguieff analyse le phénomène de la propagande anti-israélienne et antijuive contemporaine, à la lumière de l'histoire des idées – son domaine de spécialisation – et de l'histoire de la judéophobie (terme qu'il préfère à celui, historiquement marqué, d'antisémitisme), à laquelle il a consacré plusieurs de ses précédents ouvrages. Contrairement à une idée communément admise, en effet, la propagande actuelle contre l'Etat d'Israël et contre les Juifs accusés de le soutenir, n'a rien inventé : elle ne fait que remettre au goût du jour des thèmes anciens et des poncifs éculés de la propagande antijuive séculaire, dont les deux principaux, selon Taguieff, sont celui du "racisme juif" et celui du crime rituel. (P.-I. Lurçat).

 

24 juin 2010


Une grande partie de son livre est consacrée à l'affaire Al-Dura, qu'il analyse méticuleusement, en montrant comment le "narratif" palestinien, repris sans la moindre distance critique par Charles Enderlin et diffusé dans le monde entier par France 2, constitue la réactivation du mythe du Juif tueur d'enfant. La propagande antijuive n'est pas l'apanage des ennemis extérieurs d'Israël, comme le montre l'affaire Al-Dura. Ceux-ci sont en effet aidés dans leur entreprise par des Juifs et des Israéliens renégats, qui défendent des opinions antisionistes radicales. Taguieff cite le cas de deux journalistes du quotidien israélien Ha'aretz, Amira Hass et Gideon Levy. Nous voudrions nous arrêter sur le cas de Gideon Levy, et l'illustrer par un exemple récent. Il s'agit d'un article paru le vendredi 28 mai, dans le supplément de fin de semaine de Ha'aretz, dans lequel Levy décrit avec empathie les souffrances d'un jeune chameau, dont la mère a été abattue par deux soldats de Tsahal.

L'article s'intitule "Les chameaux aussi", ce qui sous-entend que les soldats israéliens ne tuent pas seulement des Palestiniens – thème habituellement abordé par Gideon Levy dans sa chronique hebdomadaire, au titre presque wagnérien, "Zone de crépuscule" – mais aussi des animaux. Extrait :

« Un jeune chameau, dont la mère a été tuée deux jours auparavant par des soldats, erre impuissant dans le désert. Parfois, il s'approche d'une autre chamelle, qui allaite son petit, mais celle-ci le repousse en le mordant sauvagement…. Le chameau orphelin reste abandonné, rejeté et affamé. Spectacle qui vous fend le cœur… Une jeep de la Croix Rouge est garée près de la tente. Ils ont eux aussi entendu parler des tirs, vendredi dernier, au cours desquels deux soldats de l'unité du Nahal harédi [2] ont tué la chamelle de la famille Kabana. Ils sont venus recueillir des témoignages pour les transmettre au siège de l'organisation, en Suisse. »


Il est intéressant d'apprendre que la Croix Rouge – dont on connaît la passivité remarquable pendant la Shoah et qui n'a jamais fait la moindre tentative sérieuse pour rencontrer Gilad Shalit, ou pour s'enquérir du sort des prisonniers israéliens aux mains du Hezbollah – déploie des efforts pour enquêter sur la mort d'une… chamelle ! Cela en dit long sur les priorités de l'organisation "humanitaire". Même si l'on éprouve, comme c'est mon cas, de la sympathie pour le chameau (animal considéré, dans la culture arabe comme le summum de la beauté, comme le rappela un jour Bernard Lewis, suscitant l'ire d'Edward Said), on ne peut qu'être étonné que ce fait divers, qui mériterait au plus trois lignes dans un journal normal, suscite sous la plume de Levy un article d'une page tout entière ! Mais Ha'aretz n'est pas un journal "normal".


Ha'aretz
, un organe de propagande propalestinienne

 

Dans un article paru il y a quelques mois, j'ai retracé l'histoire de ce journal, fondé par Gershon Schocken, mécène juif allemand proche des cercles pacifistes du "Brith Chalom" de Martin Buber. Ce quotidien élitiste s'est toujours placé en dehors du consensus sioniste. Autrefois très critique envers David Ben Gourion, il est aujourd'hui radical et souvent caricatural dans son opposition aux Juifs ultra-orthodoxes, aux habitants juifs de Judée-Samarie et même à Tsahal. Ha'aretz est en fait devenu aujourd'hui un véritable organe de propagande pro-palestinienne. Il suffit, pour s'en convaincre, de taper les noms d'Amira Hass ou de Gideon Levy sur un moteur de recherche, pour retrouver leur prose haineuse sur des myriades de sites dans toutes les langues, tels que Europalestine ou Info-Palestine pour le Web francophone.

Le cas de Gideon Levy est particulièrement révélateur. Taguieff le qualifie, non sans raison, de "l'un des plus exaltés des accusateurs professionnels d'Israël". Mais il est loin d'être le seul. Quasiment toute la rédaction de Ha'aretz, à de rares exceptions près, participe aujourd'hui de cet ethos post-sioniste ou antisioniste, selon les cas, et chaque livraison du "journal des gens qui pensent" comporte plusieurs attaques virulentes contre les valeurs d'Israël en tant qu'Etat juif, contre les habitants de Judée-Samarie ou contre Tsahal. L'affaire Anat Kam - Ouri Blau a montré que les journalistes de Ha'aretz étaient parfois prêts à franchir la mince frontière qui sépare la trahison politique et idéologique de la trahison au sens pénal, et on attend toujours que la rédaction du quotidien de la rue Schocken se désolidarise de son journaliste, actuellement en fuite à Londres…

Il y a quelques années, un groupe allemand a acquis une participation au sein du journal Ha'aretz, dont la situation financière était catastrophique, de nombreux lecteurs israéliens ayant renoncé, parfois après plusieurs décennies, à recevoir au petit-déjeuner leur ration quotidienne de haine antisioniste. Le père du dirigeant de ce groupe, Kurt Dumont Schauberg, était membre du parti nazi depuis 1937. Je ne sais pas si ce détail historique a un rapport, même lointain, avec l'attitude actuelle du quotidien israélien d'extrême gauche. Mais il est certain que les articles du journal Ha'aretz contribuent, par leur propagande antijuive, comme celle de Gideon Levy, à atteindre l'objectif que les Panzers de Rommel n'ont pas réussi à obtenir il y a soixante-dix ans : éradiquer l'Etat juif de la surface du globe. Car la propagande, comme le rappelle Taguieff dans son livre essentiel, a toujours été une forme de guerre.


© Pierre Itshak Lurçat *


* Cet article a été écrit avant l'affaire de la flottille pro-Hamas.

 

[1] La nouvelle propagande antijuive, Du symbole Al-Dura aux rumeurs de Gaza, PUF 2010.

[2] Unité composée de soldats juifs ultra-orthodoxes, ce qui excite évidemment à double titre la haine de Gideon Levy…

[3] Voir mon article "Haaretz, le journal des élites israéliennes post-sionistes", France-Israël Information, avril-juin 2008.

 

-----------------------------------

Mis en ligne le 9 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org