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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Sita Mazumder: «Faire sauter les tours n'a coûté que 530 000 francs » suisses, Tristan Cerf
21/08/2010

 

Sur le site du journal suisse Le Matin, 14 août 2010


En comparaison des coûts astronomiques qu'ils infligent à la société, les auteurs d'attentats terroristes doivent débourser des sommes ridicules pour commettre leur crime. Le futur kamikaze n'a besoin que de 300 francs [suisses] pour poser une bombe

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Image © Michele Limina

Sita Mazumder, petite taille, grosse tête. Des hobbies surprenants occupent cette chargée de cours aux Universités de Zurich et de Saint-Gall, membre de l'Institut pour les services financiers de la Haute Ecole de Lucerne et spécialiste de l'étude du blanchiment d'argent et de la corruption. Quand elle sort de son bureau d'universitaire, la « demi-Française, demi-Suisse, de père indien», comme elle aime à se présenter, se passionne pour la théorie de la relativité d'Einstein. Sinon, elle gère sa propre boîte de coaching, Purple.

L'année dernière, Sita Mazumder a décidé de vulgariser ses recherches sur le financement du terrorisme. Le livre sort mardi en librairie, en allemand seulement, et s'intitule «Das Geschäft mit dem Terror» («Le commerce avec le terrorisme»). Mauvais titre. En fait, le livre détaille principalement les coûts des attentats. Pour les terroristes d'abord, pour la société ensuite. Enfin sont inscrits, noir sur blanc, à la fois le coût ridicule qu'implique l'organisation d'un attentat et les conséquences financières astronomiques qu'un petit groupe impose à la société.

On a déjà écrit des bibliothèques entières sur le 11 septembre 2001. Pourquoi y avoir ajouté ce livre?

A chaque fois qu'un attentat est commis, la presse comptabilise le nombre de morts. Jamais on ne nous dit que l'acte a coûté tant aux terroristes et a infligé en contrepartie des dommages directs et indirects de tant à la société. Chaque fois que je demandais autour de moi d'évaluer les coûts du 11 septembre ou de l'attentat de Madrid, les gens me donnaient un chiffre qui dépassait la dizaine de millions. Or il est techniquement possible de fabriquer une bombe et d'organiser un attentat avec quelques centaines de dollars.

Alors, combien ça coûte?

En comparaison avec les autres attentats, le 11 septembre a coûté beaucoup plus cher aux terroristes: 530 000 francs [suisses], contre quelques milliers de francs [suisses] pour les attentats de 2005 à Londres. Pour prendre un exemple extrême, un Palestinien qui se fait exploser dans un café de Tel-Aviv ne coûte que 300 francs [suisses] aux organisations terroristes. Ces frais sont insignifiants par rapport à l'impact sur la société. Les coûts directs de l'attaque contre les Twin Towers à New York reviennent approximativement à 60 milliards de francs [suisses], en ne comptant que les dommages locaux. Tandis que, si on y ajoute les coûts indirects - mesures de sécurité, entretien des services de renseignement, surveillances et guerres diverses -, la somme se situe plutôt vers les 800 milliards de francs [suisses].

Ce n'est donc pas cher de se payer un terroriste?

Non, parce qu'on ne devient pas terroriste pour gagner de l'argent! Le coût de la vie d'un futur martyr est minime. Le terroriste ne vit pas dans le bling-bling, ne conduit pas de voiture extravagante, ne possède pas le smartphone dernier cri et ne mange pas dans des restaurants de luxe.

D'où vient l'argent des terroristes?

Les fonds découlent de sources légales en provenance des différentes activités économiques. Certaines activités illégales, comme le marché de la drogue, financent également le terrorisme. Malheureusement, de l'argent destiné aux fonds de charité islamistes finit parfois dans le chaudron du terrorisme.

Comment avez-vous procédé pour obtenir ces informations?

Mon doctorat, en 2001, traitait de la corruption et du blanchiment d'argent. Ça fait donc dix ans que je récolte des informations sur la criminalité économique, domaine qui englobe le financement du terrorisme. Pour écrire ce livre, j'ai utilisé toutes les sources à disposition, de la dépêche d'agence au rapport de commission en passant par les articles de revues spécialisées.

Comment calcule-t-on le coût d'un attentat?

J'ai évalué les coûts all inclusive [tout compris]. Les dépenses courantes des participants à l'attentat, le loyer, les compensations pour la famille, l'achat de téléphones portables, les communications, le matériel dont on a besoin pour faire les bombes, etc.

Est-ce qu'on peut détecter ce type de dépenses pour prévenir l'attentat?

C'est tout simplement impossible. Qu'est-ce que vous voulez faire? Mettre sous surveillance toute personne qui achète un téléphone portable et des solvants la même année?

Quelles sont les mesures qui permettraient de réduire les coûts du terrorisme pour la société?

Ce qui est important, c'est d'anticiper. On a une fâcheuse tendance à agir au coup par coup. Un terroriste commet un attentat avec une bouteille d'eau, on interdit les liquides dans les avions. Un autre fait une tentative en cachant des explosifs dans sa chaussure, on demande aux voyageurs d'enlever leurs chaussures.

Vous voulez dire que les mesures de sécurité sont inutiles?

Non, mais on détourne le problème quand on interdit les couteaux en métal dans les avions. C'est l'objet couteau qui devient l'ennemi. C'est ridicule! A l'avenir, nous serons toujours confrontés au même dilemme: voulons-nous plus de liberté ou plus de sécurité? Jusqu'à quel point acceptons-nous de payer pour notre sécurité?

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Tristan Cerf, avec Sita Mazumder

[Voir aussi l'éditorial de Christian Despont, rédacteur en chef adjoint du Matin.ch, "Le chaos à prix cassé".]


© Le Matin.ch

[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 18 août 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org