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Israël (cause juste)

Ignorez la leçon, administrée à Israël, de prendre des « risques pour la paix », George F. Will
21/08/2010

[Je remercie le Blog Philosémitisme d'avoir attiré mon attention sur cet excellent article, dans un billet récent. (Menahem Macina).]

The Washington Post, 19 août 2010

Texte  original anglais : "Skip the lecture on Israel's 'risks for peace'"

Traduction française : Menahem Macina

 

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Au cours de l'Intifada qui a débuté en 2000, le terrorisme palestinien a tué plus de 1.000 Israéliens. Une extrapolation à l'échelle de la population des Etats-Unis, donnerait un chiffre de 42.000 morts, proche du nombre de victimes américaines des huit années de la guerre du Vietnam. Durant cet assaut, qui a commencé en septembre il y a dix ans, les parents israéliens qui envoyaient leurs deux enfants à l'école les faisaient monter dans des bus séparés pour réduire le risque qu'aucun des deux ne rentre pour le dîner. Il est clair que la plupart des Américains peuvent imaginer, même si leurs dirigeants, qui n'ont pas l'oreille fine, ne le peuvent pas, à quel point il est agaçant de les entendre  faire la leçon à Israël sur la nécessité de prendre des "risques pour la paix".

Pendant la visite à Washington du Premier ministre, Binyamin Netanyahu, en juillet, Barack Obama a salué le fait qu'il était « prêt à prendre des risques pour la paix ». Il fut un temps où cela signifiait échanger des  "territoires contre la paix" - Israël sacrifiait quelque chose de tangible et d'irrécupérable, la profondeur stratégique, en échange de quelque chose d'abstrait et de périssable, des promesses de normalité diplomatique.

La question de la profondeur stratégique est importante dans un pays où presque tout le monde est ou a été soldat, et où la société ne peut pas fonctionner longtemps quand la nation est entièrement mobilisée. En outre, avant la guerre des Six-Jours de 1967, dans les frontières fixées par l'armistice de 1949, la largeur du territoire israélien était, en un point précis, d'à peine neuf miles (14 km et demi) [*].  Un fait qui a incité George W. Bush à dire : Au Texas, nous avons des allées qui ont cette longueur. Israël a cédé beaucoup de territoire pour parvenir à une paix glaciale avec l'Egypte, en renonçant au Sinaï, qui est presque trois fois plus grand qu'Israël et qui représentait 89 % du territoire annexé quand Israël repoussait l'agression de 1967.

L'Intifada fut déclenchée par feu Yasser Arafat - terroriste et lauréat du prix Nobel de la paix – après les négociations de Camp David en juillet 2000, au cours desquelles l'ancien Premier ministre, Ehud Barak, a proposé de céder le contrôle de la totalité de la bande de Gaza et de plus de 90 % de la Cisjordanie, en échange de petites parcelles de territoire, pour tenir compte de la croissance de la banlieue de Jérusalem au-delà de  la ligne d'armistice de 1949.

Les Israéliens sont connus pour être rétifs, mais l'Intifada a créé parmi eux un consensus, à savoir que le maximum que n'importe quel gouvernement pourrait offrir sans courir le risque de perdre le soutien de la population est inférieur à ce que n'importe quel interlocuteur palestinien exigerait. De surcroît, l'Intifada s'inscrivait dans un schéma. Comme en 1936 et en 1947, parler de partition a déclenché la violence arabe.

En 1936, quand les Britanniques administraient la Palestine, la Commission Peel avait conclu qu'il y avait un « conflit implacable » – expression forgée par un historien américain pour décrire la Guerre Civile américaine – « entre les deux communautés nationales vivant dans les frontières étroites d'un petit pays », et qu'« aucune des deux idéologies nationales ne permet » une combinaison « au service d'un seul Etat ». La Commission recommanda « une opération chirurgicale » – la partition. S'ensuivit la Révolte Arabe de 1936 et 1939.

Le 29 novembre 1947, les Nations Unies recommandèrent un plan de partition. Israël accepta cette recommandation. Le 30 novembre, le pays était attaqué.

La Palestine a le don, apparemment sans limite, de susciter des absurdités qui viennent de loin, comme ce fut le cas récemment quand le Premier ministre britannique, David Cameron, a fait référence à Gaza comme à un « camp de prisonniers ». D'une certaine manière, il l'est, mais pas au sens voulu par Cameron. Il insinuait qu'Israël est le cruel geôlier. Le véritable malheur de Gaza est d'être sous la poigne d'airain de l'organisation terroriste Hamas.

En mai, une flottille lancée depuis la Turquie s'est approchée de Gaza afin de provoquer une confrontation avec Israël, qui, comme l'Égypte, impose un blocus pour empêcher que des armes ne parviennent au Hamas. Le prétexte invoqué par la flottille était une assistance humanitaire pour Gaza – où le taux de mortalité infantile est plus faible et l'espérance de vie, plus élevée qu'en Turquie.

Les Israéliens qui ont moins de cinquante ans ne se souviennent pas de leur nation dans les frontières de 1967, fixées par l'armistice de 1949, qui mit fin à la Guerre d'Indépendance. Le reste du monde semble ne pas se souvenir du tout des histoires croisées de la Palestine et du peuple juif.

La création d'Israël n'a pas entraîné la destruction d'un État palestinien, car il n'y a pas eu d'Etat de cette nature depuis l'arrivée des Romains [en Palestine]. Et si le pourcentage de la population juive dans le monde était aujourd'hui ce qu'il fut à l'époque où les Romains régnaient sur la Palestine, il y aurait 200 millions de Juifs. Après un parcours particulièrement dangereux de deux millénaires sans patrie, il y a 13 millions de Juifs.

Au cours des 62 années écoulées depuis la création de cette patrie sur le sixième de 1 pour cent des terres de ce qu'on appelle, de manière irresponsable et inadéquate, "le monde arabe", les Israéliens n'ont jamais connu une heure de paix véritable. Des leçons  américaines condescendantes sur la réalité des risques et sur l'attrait de la paix, qui étaient seulement stupides autrefois, sont aujourd'hui immorales.


George F. Will

 

© The Washington Post


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Note du traducteur :

 

[*] Lire à ce sujet : "Menahem Begin (en 2003) : « Qui tient la Judée et la Samarie tient la veine jugulaire d'Israël »".

 

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Mis en ligne le 20 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org