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La nouvelle vulgate anti-juive, selon Pierre-André Taguieff, par Robert Redeker
21/08/2010

[On me pardonnera de remettre en course aujourd'hui ce texte que j'avais mis en ligne ici même, le 20 juillet. Certains, l'ayant lu aujourd'hui sur d'autres sites et blogues ont cru qu'il m'avais échappé. J'ai voulu les détromper, et cette répétition n'est pas inutile s'agissant d'un tel texte. On se souvient peut-être que, non content de refuser de publier cet article, le supplément littéraire du Tageblatt (Luxembourg), auquel Redeker collaborait depuis 1993, l'avait congédié. Voir, à ce sujet, l'article paru dans L'Annuel des Idées, du 14 juin 2010, reproduit sur notre site sous le titre, "Robert Redeker, viré du Tageblatt après 15 ans de collaboration. Son crime ? Avoir dit du bien du livre de Taguieff". Ce texte a été publié en premier par le magazine L'Arche, n° 626-627, juillet-août 2010, pp. 18-19. (Menahem Macina).]

Article mis en ligne sur le site Riposte laïque, le 17 août 2010

Taguieff, étiologue de la nouvelle vulgate antijuive

Pierre-André Taguieff ne cherche pas à plaire, il cherche le vrai – comme toute l'école du réalisme en philosophie politique, à laquelle, à la suite de Julien Freund, on peut le rattacher. La vérité dans le domaine politique n'a pas forcément le visage aimable qu'une humanité occidentale en quête d'euphorie acéphale recherche. Dans son dernier ouvrage, La Nouvelle Propagande antijuive, Taguieff passe au scanner le discours idéologique dominant, hostile à Israël.

Accusations mensongères et stéréotypes

Chaque instant le confirme : l''antisionisme et l'anti-israélisme forment un consensus planétaire. Les télévisions, les radios, les journaux s'en font l'écho permanent. Ils semblent aussi naturels que l'air que l'on respire. La diabolisation sans nuances d'Israël est le pain quotidien des médias. Qu'Israël soit le Mal semble aller de soi. Pourtant, ces opinions qui se muent aussi en passions, sont des constructions idéologiques répandues par un habile travail de propagande que Taguieff démonte exhaustivement. Elles recyclent du vieux – les stéréotypes antijuifs traditionnels – dans du neuf. Les thèmes du crime rituel, de l'opposition d'Israël comme ennemi du genre humain à toutes les nations, du complot universel, se lisent aisément en filigrane derrière les accusations portées en flux continu contre ce pays. L'affaire al-Dura – la manipulation par les médias de la « mort d'un enfant » afin de diffuser une fausse nouvelle – en fournit un exemple. La fausse nouvelle du massacre de Jénine, qui ébranla l'opinion mondiale, permettant à tous les médias un déchaînement hystérique anti-israélien - avant que l'on découvre que ce massacre n'avait jamais eu lieu, pur mensonge palestinien –, offre à l'observateur des rhétoriques de propagande un cas d'école. Les clichés antijuifs y trouvèrent une nouvelle vie : du côté des propagandistes, mais aussi du côté des populations disposées à les croire. Ainsi, contre la vérité, une part importante de l'opinion internationale accepte la tromperie selon laquelle les Palestiniens de la bande de Gaza seraient l'objet d'un génocide.

Mythe victimaire palestinien et crédulité occidentale

La propagande antijuive a réussi à construire une victime aussi idéale que chimérique, une abstraction à usage des opinions occidentales : le Palestinien. Ce dernier, dans l'imaginaire des pays développés, a pris la place de la figure précédente de l'exploité, le Prolétaire. Dans ce fantasme, le Palestinien concentre toute la douleur du Monde tout en passant pour l'humain dont la révolte victorieuse signifierait la fin de toute oppression. Au Palestinien tout est permis, à Israël est refusé le droit même de se défendre : ainsi, le mur de protection est-il condamné par ces opinions, de même que toutes les opérations militaires destinées à assurer la sécurité de l'État hébreu. Implicitement, il est exigé des Israéliens qu'ils se laissent dévorer sans broncher par leurs ennemis, qu'ils acceptent que leur patrie soit réduite à néant comme le stipule la charte du mouvement islamo-terroriste qu'est le Hamas.

Plusieurs données de psychologie de masse rendent compte de la crédulité des occidentaux face à la propagande anti-israélienne. La principale : le parti pris pour la victime, quelle qu'elle soit, dont il est supposé qu'elle ne saurait être injuste, même dans la cruauté assimilée à une juste revanche. Par ailleurs, le sentiment de culpabilité – à la fois pour l'histoire passée et la différence présente de niveau de vie – renforce cette adhésion au mythe palestinien.

L'analyse de cette propagande met en évidence qu'au-delà d'Israël, c'est le Juif qui est visé. D'une part, Israël est le seul État au monde dont on conteste radicalement le droit à l'existence, et, d'autre part, l'antisionisme signifie le refus du droit du peuple juif d'avoir son État. La présence à peine dissimulée des vieux stéréotypes judéophobes dans la vulgate antisioniste est une preuve suffisante pour établir que l'antisionisme n'est que le masque de la haine antijuive, que le désir de voir disparaître Israël (fût-ce, de façon euphémisée, en l'encourageant à se changer en État binational, ou à accepter l'exigence du retour de tous les réfugiés) n'est que le paravent cachant le désir de voir disparaître les Juifs.

Fusion inquiétante

L'islamisation de l'antisionisme, via le Hamas, le Hezbollah et leurs relais en Europe, rend possible, selon notre auteur, une nouvelle ère de pogroms, elle rend même de nouveau pensable la liquidation physique de tous les Juifs. Ayant subjuguée l'univers journalistique, cette propagande peut mettre à son actif une autre très grande réussite : la jonction entre une partie de la gauche européenne (censée pourtant, dans la foulée de Marx, tenir toute religion pour l'opium du peuple) ainsi que des écologistes avec les islamistes radicaux.

La Corée du nord coule un navire sud-coréen (49 morts), les massacres continuent au Darfour, en Somalie, la Turquie viole l'espace aérien de l'Iraq afin de bombarder les Kurdes, un peu partout dans le monde islamique le fanatisme massacre des chrétiens. Personne ne s'en offusque. Seul Israël est visé par une réprobation absolue. Derrière l'antisionisme, devenue haine planétaire des Juifs , se profile l'islamisme qui, idéologiquement, s'est agrégé à tous les mouvements occidentaux de contestation (extrême gauche, écologistes, altermondialistes, tiers-mondistes). Cette fusion de mauvais augure est le résultat de « la nouvelle propagande antijuive » qui constitue la matière de ce livre.

L'analyse de Taguieff permet de comprendre comment et pourquoi.


© 
Robert Redeker

Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Propagande antijuive. Du symbole al-Dura aux rumeurs de Gaza, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Intervention philosophique », 2010, 553 p. ; prix : 29 euros.


Mis en ligne le 20 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org