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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Flamands=Israéliens, Wallons=Palestiniens, et autres délires de la propagande palestinienne, Menahem Macina
13/09/2010

« En Jordanie, pays arabe qui accueille le plus grand nombre de réfugiés palestiniens au monde, les Palestiniens sont surnommés "les Belges" ». C'est par cette phrase - surprenante, de prime abord - qu'était introduite, sur le site Masarat (Chemins, Itinéraires), l'annonce d'un atelier de travail belgo-palestinien ("Belge ou Palestinien: six auteurs en quête d'identité "), qui a eu lieu en mars 2008, dans le cadre de l'année Bruxelles-Wallonie-Palestine 2008 (Masarat), une initiative des régions de Bruxelles et de Wallonie (à laquelle le gouvernement de la région flamande ne s'est pas associé). Brève plongée dans une symbolique et une rhétorique, tordues et passablement ridicules, mais révélatrices de la confusion mentale dans laquelle se débattent ces gens qui préfèrent le fantasme et le mensonge à l'affrontement lucide avec la réalité. 

Voir aussi : "Topographie et toponymie délirantes de la carte 'wallestinienne' de «Palestine 2008»".

Notre confrère néerlandais, Joods Actueel, a, également dit ce qu'il pensait de cette affaire, voir : "Waals Palestina project zet kwaad bloed". 

09/04/08 

 

Ce n'est certainement pas un hasard si, pour introduire un de ses groupes qui est partie prenante aux activités de cette « Saison artistique et culturelle » consacrée à la Palestine, le site de Masarat, le partenaire palestinien de la Communauté Française de Belgique pour cet événement, affiche, sur son site, une carte (1), dont le caractère, manipulateur autant qu'insultant, devrait scandaliser tant les Flamands – identifiés, pour les besoins de la cause palestinienne, aux Israéliens 'expansionnistes' et 'annexionnistes' - que les Wallons, réputés en danger d'être phagocytés par la voracité flamande. Le sujet est suffisamment hors norme pour qu'il vaille la peine de s'y arrêter ; c'est pourquoi j'y reviendrai en détail, plus loin.


Carte 'wallestinienne'

 

S'il ne s'agissait que d'une provocation circonscrite à un site, blog, ou groupe de pression, il n'y aurait pas de quoi s'inquiéter outre mesure : Internet regorge de ce type d'analogies de plus ou moins mauvais goût. Mais il s'agit d'un événement largement pris en charge et financé par le contribuable wallon, dans le cadre de la "Saison artistique et culturelle en Communauté française Wallonie-Bruxelles, à l'initiative du Commissariat Général aux Relations Internationales et de la Délégation Générale de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, avec le soutien de la Ministre des Relations Internationales de la Communauté Française", comme l'indiquent le libellé qui figure sur le site de Masarat et les deux pages Web détaillées que l'on trouve sur le site de la Communauté Française (2).

Ces précisions indiquent, à suffisance, qu'étant donné leur implication culturelle (et financière!), les pouvoirs publics belges ne peuvent ignorer le caractère, largement hostile à Israël, de cet événement. Car le fait est là, cet Etat de droit et membre de l'ONU comme la Belgique, est diffamé, au passage, de manière plus ou moins subtile, par le principal organisateur palestinien, Masarat.

C'est le cas, entre autres, de la page consacrée aux caricatures du dessinateur palestinien défunt, Naji Al Ali, dont le site de Masarat (3) dit qu'elles

« expriment la lutte et la résistance à l'occupation israélienne et critiquent les régimes arabes » (Entendez ceux qui font le jeu des Occidentaux et surtout des Américains, considérés comme des soutiens inconditionnels d'Israël).

Le site relaie aussi ce propos du même Naji Al Ali, affirmant que ses caricatures sont

« l'expression des opprimés qui paient cher leurs vies, portant sur leurs épaules le fardeau des erreurs commises par les autorités. Tout ce qu'ils possèdent a été acquis avec peine, sous le siège constant de la dureté et de la cruauté. Ils luttent pour leur vie et meurent jeunes, ensevelis dans les tombes dépouillées. Ils sont toujours sur la défensive pour pouvoir vivre. Je vis avec eux dans les cachots, observant et brûlant à la pulsion de leurs cœurs, au flot du sang qui coule dans leurs veines. »

Le nom d'Israël n'est pas mentionné, mais la mention est dans le style "je ne cite personne, mais suivez mon regard".

Mais il y a plus sérieux, Le blog Philosémitisme rappelle opportunément (4) que, le « coup d'envoi de l'important événement culturel constitué par l'année Palestine 2008 à Bruxelles et en Wallonie… en décembre 2007, à la Maison Folie, dans la ville de Mons », a commencé « avec l'exposition des œuvres du Zan Studio de Ramallah (5), qui ne fait pas mystère de ses sentiments à l'égard d'Israël. A titre d'illustration, le blog précité rapporte les propos recueillis par l'association Intal, d'une déclaration de l'un de ses membres fondateurs, Basel Nasr:

 « pour nous et pour l'écrasante majorité des Palestiniens, Israël, dans ses frontières de 1948, est une colonie, et les personnes, ou leurs descendants, qui y vivent, sont des colons. La création d'Israël est, pour nous, une dépossession illégitime qui a débuté en 1948. »

Et Basel Nasr d'ajouter que l'art occidental des Israéliens témoigne de leur qualité d'étrangers et de colons:

« Je constate qu'il s'agit d'un art comparable à celui des Européens, des Occidentaux. Il révèle le fait que les Israéliens ne sont pas liés à la terre qu'ils occupent ni à son histoire, ni à son évolution. »

Le blog Philosémitisme précise encore que Basel Nasr s'oppose résolument à la collaboration entre artistes israéliens et palestiniens :

« …actuellement, je suis opposé à la plupart des collaborations qui ont lieu… Pour pouvoir réellement avoir des échanges entre artistes, nous devons être au même niveau ou collaborer afin de lutter contre le sionisme. Beaucoup d'initiatives menées à l'heure actuelle donnent la fausse idée qu'une paix est possible sans [que] nous ayons préalablement rencouvert [sic] tous nos droits. C'est inacceptable. »

Les affiches politiques du site du Zan Studio reflètent cette hostilité. Les stéréotypes habituels de diabolisation sont omniprésents. Ainsi une affiche assimile Israël à un Etat criminel par excellence puisqu'il tue l'enfance … en emprisonnant les enfants palestiniens. En guise d'illustration, un nounours enchaîné porte un cadenas avec l'inscription "Made in Israel", ainsi que la marque des produits à boycotter: Sabra, Carmel etc. Il ne s'agit point de suggérer, il s'agit de pointer clairement la démarche destructrice et boycotteuse à suivre. Une autre affiche représente la moitié appétissante d'une orange et l'autre d'une grenade mortelle. A nouveau, pour que nul ne s'y trompe l'inscription "Product of Israel" figure clairement sur une étiquette. Et encore une autre dans la même veine inspirée de Coca-Cola, une autre inspirée du Johnson's baby shampoo (toujours les enfants), une autre s'inspire de Guernica, et encore une.

 

Mais le cas le plus étrange de propagande anti-israélienne est constitué par la carte qui nous occupe… et nous préoccupe ici. Examinons-la attentivement, grâce à cet agrandissement de celle qui figure plus haut :  


Carte 'wallestinienne' aggrandie

 

D'emblée, on remarque qu'il s'agit d'une Palestine sur laquelle on a plaqué, ironiquement, en la transposant de manière transparente, une réalité politique belge. Du coup, la phrase citée plus haut - que je qualifiais de « surprenante » et que je reproduis ci-dessous - prend tout son sens : « En Jordanie… les Palestiniens sont surnommés "les Belges" ».  On peut discuter de l'inadéquation flagrante et même du ridicule de cette analogie politico-géographique dans sa globalité, mais le message en est clair. La vaste superficie en jaune - dont la carte-postiche ne dira pas aux très nombreux internautes qui ignorent tout de la réalité géopolitique de la Palestine, que la moitié au moins est l'ingrat désert du Néguev, dont une infime partie seulement est habitée et cultivée – veut illustrer l'une des doléances palestiniennes, selon laquelle les Israéliens se sont approprié la majorité de ce que les Palestiniens appellent "la Palestine historique". Au chapitre des curiosités plus ou moins ridicules, notons que la Bande de Gaza est devenue les Fourons (6). Rappelons que les Fouronnais s'estiment annexés par la Flandre (7), ce qui n'a jamais été le cas de Gaza, qui a été longtemps occupée, mais non annexée, par les Israéliens, et qui est entièrement autonome depuis le retrait israélien de 2005. Plus difficile à décoder est l'équivalence topographique entre Bruxelles et Jérusalem. On peut y voir une pique wallonne contre les revendications flamandes concernant la capitale, que traduirait l'orthographe volontairement fautive de son nom (plusieurs 'x', par opposition aux deux 's' de Brussels, en flamand).   Passons pieusement sur les inconsistances et les incongruités - dont la "frontière linguistique" censée séparer les Territoires palestiniens de la partie du pays sous autorité israélienne. C'est faire bon marché de la Galilée majoritairement arabe et de la très importante population arabe qui habite dans différentes parties du pays réputées israéliennes, ou territoires occupés. Le fait le plus significatif est la dénomination de "Wallonia", plaquée sur ce que les concepteurs de cette "carte" considèrent comme étant l'Autorité Palestinienne. Ici, la comparaison ridicule faite entre la Région belge de Wallonie et la partie actuelle de ce qui est destiné à être le futur Etat palestinien, va au-delà de son adéquation ou de son inadéquation. Il s'agit bel et bien d'un phénomène d'identification, dans l'esprit du mot célèbre de Kennedy à Berlin « Ich bin eine Berliner ». Mais, au-delà de cet aspect 'philopalestiniste' de l'exercice - à la mode comme chacun sait -, on peut s'étonner du mépris implicite qui sous-tend l'analogie : les Flamands sont identifiés aux Israéliens, c'est-à-dire - selon les préjugés presque universellement intégrés dans les consciences "politiquement correctes" de nos contemporains - considérés comme des occupants agressifs et arrogants. Au point où en étaient les inventeurs de cette carte 'wallestinienne', on peut se demander pourquoi ils n'ont pas filé la métaphore jusqu'à l'absurde en plaquant sur les Flamands la remarque cinglante que le Général de Gaulle décochait aux Israéliens : « Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur » (8). ……………………………………………..
Mais au fait, j'y songe ! Toute cette histoire - somme toute assez ridicule -, ne serait-elle pas une espèce de règlement de comptes visant à punir la Région flamande de n'avoir pas accepté de co-organiser et de co-financer avec la Communauté française de Belgique l'événement "Palestine 2008" ?  

 

Menahem Macina

 

© Upjf.org

 

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Notes

 

(1) Elle figure sur la page site de Masarat, consacrée au Groupe "Littérature", et elle illustre un article intitulé "Belge ou Palestinien, six auteurs en quête d'identité".

(2) Voir la page du site de Masarat, intitulée "Initiateurs" ; et les deux présentations détaillées qui figurent sur le site de la Commmunauté Française, « Masarat 2008 : la culture palestinienne à l'honneur » ; et « Masarat 2008 : mise en lumière de la créativité palestinienne ». 

(3) "Naji Al Ali. Exposition de caricatures".  Masarat note également que "Naji Al Ali fut atteint d'une balle dans la tête le 22 juillet 1987, à Londres, et fut le premier caricaturiste à être assassiné pour ses dessins".
(4) Voir: Mons - Zan Studio de Ramallah - le bon choix?.
(5) Le site de Masarat consacre plusieurs pages à Zan Studio, qu'il présente comme un "collectif de jeunes artistes et techniciens qui s'est constitué en 2005 à Ramallah", et qu'il caractérise, en sous-titre, comme concepteur d'"affiches et films d'animation politiques".
(6) Sur les Fourons, voir Wikipedia
(7) On peut lire l'essentiel des doléances des plus radicaux des habitants de ces communes (et donc pas forcément représentatifs de l'opinion de la totalité des Fouronnais), sur le site de l'association sans but lucratif, "Action fouronnaise".
(8) Signalons que, pour le plus grand bonheur des collectionneurs de souvenirs, le site Dailymotion a mis en ligne ce passage mémorable du discours prononcé par le Chef de l'Etat français en 1967.
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Mis en ligne le 9 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org