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Islam
Islam intégriste

A propos de l'accord dit de Hudaybiyya, Mordekhai Kedar
16/10/2010

Sur le site de l'UPJF, 23 juin 2002


Titre complet : "Je crois Arafat : confessions d'un analyste israélien de l'Islam et de la politique arabe".

Original anglais : "About the so-called 'Hudaybiyya Conciliation Accord'".

Traduction française anonyme, revue et corrigée par Menahem Macina, pour reinfo-israel.com.


Le 15 Mai 2002, Yasir Arafat fit un discours devant le Conseil législatif Palestinien à Ramallah, à l'occasion du 54ème anniversaire de la Nakba («la catastrophe» de la Palestine, c'est-à-dire l'instauration de l'Etat d'Israël, le 15 mai 1948). Dans son discours, Arafat fit référence aux attaques-suicide à l'encontre des citoyens israéliens, déclarant que ces attaques « ne servaient pas notre cause, mais nous exposaient plutôt à de vives critiques de la part de la communauté internationale ».

Arafat demanda au Conseil de s'occuper de cette question (qui a provoqué de sérieuses discussions parmi les Palestiniens et les Arabes en général), sous l'angle avantageux de « l'accord de conciliation de Hudaybiyya [*], en raison de notre souci pour l'intérêt patriotique et national de notre peuple [palestinien] et de la nation [arabe], de manière à renforcer la solidarité mondiale avec le peuple Palestinien ainsi qu'avec sa cause.»

Qu'y a-t-il derrière cette référence à Hudaybiyya ? Elle véhicule le double message suivant.

1. “L'accord de conciliation de Hudaybiyya” est une convention que le prophète Mahomet signa, en l'an 628, avec les infidèles de sa tribu, les Kuraysh. Il agit ainsi en raison de leur refus de se joindre à la Communauté Islamique, lorsqu'il réalisa qu'il ne pouvait les vaincre militairement. Deux ans plus tard, ayant consolidé son pouvoir, il attaqua la sainte Mecque, abattit les gens de son propre clan, et détruisit tous les symboles de leur culture païenne.

2. L'Islam considère les actions du prophète comme des modèles religieux autorisés du comportement des fidèles. En fait, les collections canoniques (Hadith) des actes et déclarations de Mahomet comptent parmi les sources importantes des autorités islamiques de chaque génération pour décider de questions relatives à la loi religieuse. C'est la raison pour laquelle, la manière dont le prophète a géré son accord avec les Kuraysh est perçue par les musulmans comme la façon idéale de négocier avec des non-croyants. Lorsque les musulmans ne peuvent imposer leur volonté de répandre les règles de l'Islam par la force, il leur est permis de signer des accords temporaires avec les non-croyants. De tels accords doivent être respectés jusqu'à ce qu'Allah accorde un accroissement suffisant du pouvoir musulman. C'est à ce moment que le fidèle a l'autorisation (sinon l'obligation) de rompre les accords et de soumettre les infidèles aux conditions de l'Islam. Sinon, pourquoi Allah leur aurait-il accordé le pouvoir de l'emporter ?

En se référant à Hudaybiyya, Arafat voulait dire exactement ceci : tout accord avec Israël n'est, à ses yeux, rien de plus qu'un accord de conciliation [à la manière de celui] de Hudaybiyya. C'est tout à fait clair pour quiconque lit les sources islamiques, de préférence en arabe. (Des sites Internet en anglais ont tendance à donner une image de l'Islam plutôt conciliante, à destination de l'Occident, en reformulant les messages islamiques.)

On en trouve la preuve dans le second message de la citation tirée du discours d'Arafat. En ces instants critiques, les attaques-suicide ne sont pas condamnées, comme le seraient des actes vils et inhumains, mais sont provisoirement suspendues, parce qu'elles sont, pour le moment, inaptes à faire avancer la cause palestinienne. Aujourd'hui, la cause palestinienne peut être mieux défendue en évitant toute condamnation internationale et en s'attirant le soutien et la sympathie de la communauté mondiale.

Que veut dire Arafat ? Que les attaques-suicide sont mauvaises et devraient, à partir de maintenant, être bannies de l'arsenal des armes légales dans la lutte contre Israël ? Pas du tout. En tout cas, le recrutement et l'entraînement des Shahids ["martyrs"] s'accélère. Ce qu'il préconise, à court terme, c'est un changement du mode opératoire. Promet-il de cesser définitivement les attaques-suicide ? - En aucun cas. Son récent appel à renoncer aux attaques contre des civils ne nous rappelle-t-il pas la liste des infractions aux promesses faites à Rabin (1993) et à Netanyahu (1996), et à celles qui sont contenues dans de nombreuses déclarations publiques faites entre 1993 et 2000 ? - Bien sûr que oui.

En tant que chercheur en matière de politique arabe, et en tant que sioniste qui s'est impliqué personnellement dans des efforts en vue de promouvoir la paix et la compréhension entre Israéliens et Arabes, je crois, bien sûr, au message d'Arafat : il souhaite vraiment arriver à un accord avec les Israéliens, mais, ainsi qu'il le signale à ses partisans, tout accord réalisé avec des non-musulmans, tel qu'un engagement à cesser les attaques-suicide, est simplement une version moderne de l'accord de Hudaybiyya. En tant que tel, et conformément aux principes islamiques qui constituent la base de la culture politique du monde arabe, un tel engagement peut (ou doit) être rompu, au moment opportun. Il est clair qu'avant longtemps, quand Arafat estimera que les attaques-suicide sont à nouveau utiles à la cause palestinienne, il fera, une fois encore, appel à ses partisans pour qu'ils aillent sacrifier leur vie dans les rues d'Israël (« des millions de shahids marchant sur Jérusalem » [exhortation publique d'Arafat, à l'époque]).

De grandes tragédies se sont produites dans les affaires internationales quand les gouvernements ont tenté de comprendre leurs ennemis potentiels à l'aune de leur propre culture politique. Les événements du 11-Septembre [2001] peuvent servir d'exemple récent. L'ignorance israélienne des traditions islamiques, ainsi que de la culture arabe, a été cause de nombreux et sérieux revers politiques et militaires, depuis l'attaque surprise du début de la guerre de Kippour (6 Octobre 1973), jusqu'à notre manque de réalisme tout au long du processus d'Oslo, de 1993 à 2000. Si nous continuons à ne pas tenir compte de la tradition islamique, ce sera seulement au prix des rêves les plus naïfs, des rêves complètement détachés de la réalité du Moyen-Orient, une réalité dont les couleurs deviennent de plus en plus islamiques.


Dr Mordechai Kedar *

 

* Le Dr. Mordechai Kedar appartient au Département d'arabe et est attaché de recherche au Centre Begin-Sadat d'Etudes Stratégiques de l'Université de Bar-Ilan, en Israël.


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Note de Menahem Macina


[*] La translittération du terme arabe varie : Houdaibiya,
Houddaybia, houdhabyah, hudaibiya, hdaibiyya, hudaybiya, etc.


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Voir, du même auteur : "La notion de compromis est étrangère à la culture politique du Moyen-Orient".

 

Mis en ligne le 29 juin 2002 sur le site reinfo-israel.com