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Islam
Islam intégriste

La notion de compromis est étrangère à la culture politique du Moyen-Orient, M. Kedar
16/10/2010

Sur le site de l'UPJF, janvier 2001

Traduit de l'hébreu par Marie-France Bruneau et Menahem Macina


Voir aussi, du même auteur : "Un analyste israélien de l'Islam et de la politique arabe: 'Je crois Arafat'"


De nombreux Israéliens s'interrogent ces jours-ci : « Les Palestiniens ne voient-ils donc pas qu'ils vont encore perdre une occasion ? Ne comprennent-ils pas qu'ils se nuisent à eux-mêmes ? Pourquoi ne se hâtent-ils pas de clore l'affaire avec Barak avant l'arrivée de Sharon ? »

Même d'importants porte-parole de la Gauche, comme Yossi Sarid, leur expliquent qu'« il n'est pas question de discuter du droit au retour », car ce serait la fin du sionisme pour notre génération ; et pourtant [les Palestiniens] en parlent sans arrêt comme d'une revendication «minimum» à laquelle ils n'accepteront jamais de renoncer. Alors, qu'est-ce qui les pousse ? Pourquoi n'acceptent-ils pas le compromis qui leur est proposé, par exemple : Jérusalem et le mont du Temple, en échange de la renonciation au droit au retour ?

La réponse est claire pour quiconque connaît de l'intérieur la culture politique du Moyen-Orient : la notion de compromis ne fait pas partie de cette culture politique. Nous [les Israéliens] l'avons importée d'Europe et c'est sur elle que se fondent des concepts politiques et sociaux comme le pluralisme et la démocratie. Le compromis est à la base même du régime démocratique. Il est la conséquence du sentiment qu'a un groupe de renoncer à quelque chose qu'il estime lui appartenir, ou lui «revenir de droit», parce que l'autre partie renonce, elle aussi, à quelque chose qui lui appartient ou qui lui «revient de droit». Le compromis est donc le mécanisme qui permet à divers groupes de tendances opposées de vivre ensemble dans une même structure sociale et politique, et il constitue un élément important également dans la mise en œuvre de la politique extérieure de cette structure commune.

En Orient, la culture politique est construite sur un autre principe : celui de l'absolutisme. L'islam, qui caractérise la culture dominante du Moyen-Orient, est de tendance totalisante, et de nature absolue, car le Dieu unique, éternel et tout-puissant donne à l'homme un ordre absolu, inconditionnel et immuable, et l'homme a l'obligation d'obéir à Dieu aveuglément, sans compromis. Le sens du mot «islam» est 'dédication' [ou 'consécration à une œuvre ou à une personne']. Les dirigeants de l'islam furent, durant 1 400 ans, des souverains absolus, ou, à tout le moins, ils aspiraient à l'être, et, en général, ils ont essayé de gouverner au nom de Dieu. Le slogan «din allah bi'lsaïf» ( la religion d'Allah à [la pointe de] l'épée) exprime cette tendance de façon concrète et naturelle, et chaque enfant apprend à l'école la harangue de Alhadjadj ben Yossef, quand il fut nommé gouverneur de la population de Oumia, à Koufa, en Irak (traduction de Asher Goren) : « Eh bien, habitants de Koufa ! Je vois des têtes qui ont mûri (comme des fruits), et l'heure est venue pour elles d'être cueillies, et c'est moi qui en suis le maître. »

Quand on examine la ligne directrice des relations de l'islam avec des entités extérieures, on s'aperçoit que les Etats islamiques ont vécu en paix avec d'autres Etats surtout quand ils n'avaient pas d'autre choix. Le régime ottoman, qui a modelé la région jusqu'à la Première Guerre mondiale, n'a pas non plus transmis aux Arabes de l'Orient une culture politique de compromis.

Dans les Etats arabes modernes, aucun mécanisme de compromis ne s'est développé et, en dehors du Liban, le régime de tous les Etats arabes est celui d'un pouvoir exercé sur la population du pays par une faction (militaire, tribale ou familiale). Dans aucun Etat arabe n'existe un système légitime de remplacement de la faction au pouvoir par une faction alternative, car aucune faction dominante n'est disposée à renoncer au pouvoir qui est le sien sur sa population. Des idéologues nationalistes du monde arabe ont surtout parlé de l'unité (locale, commune aux arabes ou aux musulmans) sur la base de l'unanimité, existante ou souhaitée, et ainsi, la notion de compromis est devenue superflue. En effet, quand tous sont unis et unanimes dans le domaine intérieur, il n'y a personne avec qui il faille transiger : il n'y a donc pas besoin de parvenir à des compromis.

Et si l'on ajoute à cela la question de l'honneur, sur laquelle ni l'individu ni le groupe ne peuvent transiger, on s'aperçoit que toute question liée aux droits du groupe est présentée, à un stade ou à un autre, comme «une question d'honneur», et par conséquent, le groupe s'interdit tout compromis.

L'histoire de l'Etat d'Israël est pavée des conséquences de cette situation :

·         La proposition de partage de 1947 n'a pas été acceptée par les Arabes. La ligne verte d'avant 1967 n'était pas une ligne de compromis entre pays, mais une ligne de cessez-le-feu, imposée aux pays arabes du fait de leur impuissance à faire céder Israël.

·         Sadate n'a pas transigé sur un seul pouce du territoire du Sinaï, et la chose a été présentée au public égyptien comme «une question d'honneur».

·         Hafez El Hasad n'a pas accepté de compromis sur le retrait complet d'Israël («jusqu'au dernier millimètre») aux frontières du 4 juin 67, et même la frontière internationale, pourtant très proche de la ligne du 4 juin, ne lui a pas donné satisfaction.

·         Hussein a obtenu la souveraineté sur tout ce qu'il estimait lui appartenir, y compris sur des territoires de la Arava.

·         Et, ces jours-ci, les Palestiniens prouvent qu'ils n'ont pas l'intention de faire des compromis sur ce qui leur paraît être leur droit, y compris Jérusalem et le droit au retour.

 

L'interview de Hussein Alshihi, vice-président du «Tanzim», par Esti Perez, sur Reshet beth [la seconde chaîne], le 25 décembre 2000, en est une bonne illustration. Quand Madame Perez lui a demandé pourquoi les Palestiniens ne renonçaient pas au droit au retour, en contre-partie du renoncement israélien à Jérusalem, Alshihi a répondu : « Êtes-vous prête à vous laisser couper la main droite en échange de ce qu'on vous laisse la main gauche ? » Une réponse comme celle-ci montre qu'un compromis avec un Israël où les Juifs ont la majorité ne figure pas dans le dictionnaire des notions politiques de Hussein Alshihi.

Les chants et les discours, diffusés sans interruption dans les stations de radio palestiniennes (l'officielle et les pirates), lient entre elles Jérusalem et Jaffa, Hébron et Haïfa, Sichem et Ashqelon, Jénine et Saint Jean d'Acre, Bethléem et Nazareth.

Les manuels d'enseignement et les plaques des rues présentent la carte de la Palestine, de la mer jusqu'au fleuve [Jourdain] ; et quiconque n'est pas d'accord, qu'il boive les eaux de la plage de Gaza ! [Expression colorée d'Arafat.]

Faute d'autre choix, la rue palestinienne préférera la poursuite de la situation d'occupation à tout compromis sur le droit au retour, car la situation d'occupation lui permet de combattre à la fois contre l'occupation et en faveur du retour. Du fait qu'il n'y a aucune chance pour que les Palestiniens acceptent un compromis sur le droit au retour, à quoi bon toutes les tentatives de parvenir à un accord avec eux sur les autres problèmes, car tout accord sera brisé après que nous en aurons payé le prix.

C'est pourquoi, si nous sommes soucieux de sécurité (car il est difficile d'espérer obtenir plus que cela), nous n'avons qu'un seul choix : nous séparer des Palestiniens sur une ligne qui reflétera les intérêts sécuritaires d'Israël, et ce sans relation avec la Ligne Verte.

De toutes façons, même quand nous nous étions derrière cette ligne, avant 67, ils n'aimaient vraiment ni elle ni nous, et l'époque des feddayin est encore gravée dans nos mémoires. Il n'y a aucune raison que nous transigions sur ce qui est important pour nous, du point de vue national, historique et sécuritaire, quand, de l'autre côté, règne une culture politique du «tout est à moi», dont le compromis n'est pas une composante.

Des générations passeront avant que le monde arabe accepte de considérer un Israël à majorité juive comme un Etat légitime ; et d'ici là, nous attendent –  comme disait Churchill - «du sang, de la sueur et des larmes».


© Mordekhai Kedar *

 

* Chercheur à l'Université de Bar Ilan (Israël).

 

Première mise en ligne sur reinfo-israel.com. Reprise, le 16 octobre 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org