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Menahem Macina

Voyage au bout d'une 'question idiote', Menahem Macina
29/01/2011

Pour mémoire, ce 27 janvier 2011, jour anniversaire de la Libération des camps.

VOYAGE AU BOUT D'UNE "QUESTION IDIOTE"
Menahem Macina

16 juillet 2002


Ce qui suit est la sténographie d'un acte de mémoire personnel – une espèce de morne itinéraire à rebours. L'expression d'un constat de faillite aussi, au terme de 60 années de préoccupation existentielle et d'une longue, très longue quête d'intelligibilité des causes et des raisons de l'altérité radicale de la condition juive, et des conséquences mortifères qui en ont découlé, au fil des millénaires, pour le peuple le plus contesté de la terre.

L'occasion en a été un attentat qui tombe mal. Un attentat tombe toujours mal. Mais celui d'hier a eu le tort de se produire 60 ans, jour pour jour, après la Rafle du Vel d'Hiv. 60 ans, jour pour jour, après la première question grave posée à sa maman par le petit catholique que j'étais alors, et qui est restée sans réponse satisfaisante.

Le récit que je vais faire de l'événement est une reconstitution scrupuleuse du peu dont je me souviens, éclairé des explications tardives que me donna ma mère, quelques années plus tard, en apportant, au fil du temps quelques précisions, parfois entachées de contradictions – heureusement mineures.

Je n'avais pas entendu les agents gravir l'escalier de mon immeuble, sis au 29 rue de Bièvre, dans le cinquième arrondissement de Paris, ce 16 juillet 1942. Ce devait être aux petites heures du matin, à ce qu'il me semble. C'est le remue-ménage au-dessus de ma tête qui m'avait réveillé. Le bruit provenait de l'appartement du dessus, habité par les Kalewski (pseudonyme, par respect de la vie privée des membres survivants de cette famille). Je savais vaguement que les Kalewski étaient Juifs, mais à vrai dire, j'ignorais totalement ce que c'était que d'être Juif. En entendant les adultes parler de ces choses à voix basse (c'était toujours le même manège, chez moi tout au moins, quand il s'agissait de ce que mes parents voulaient me cacher), j'avais vaguement compris, que les Juifs avaient beaucoup de problèmes, surtout avec les autorités…

Ce jour-là, pour la première fois de ma très jeune vie (j'avais 6 ans et demi !), j'allais faire l'expérience aussi existentielle qu'incompréhensible du mystérieux destin de ce peuple.

Un ou plusieurs agents à pèlerine bleu-marine étaient venus chercher Monsieur et Madame Kalewski. "Ordre de transfert", était-il écrit sur l'ordre de réquisition de ces agents de la force publique, qu'on appelait alors "gardiens de la paix". Il faut croire qu'elle courait un grand danger, la paix des Français, puisqu'on avait envoyé à la rescousse ceux qui étaient chargés de la défendre contre ses ennemis… les Juifs en l'occurrence.

D'après ce que me relata ma mère, tout s'était passé sans heurt. A l'en croire, Monsieur et Madame Kalewski avaient rapidement rassemblé quelques effets et objets personnels, puis avaient suivi docilement l'agent de police. "Il faut dire", ajoutait ma mère, à chaque fois qu'elle relatait l'événement, "que les agents ont été extrêmement polis et même très doux, très gentils"…

Il n'empêche, les enfants sains d'esprit et d'âme ont, comme chacun sait, un sens aigu de la justice. Malgré les mimiques entendues des adultes quand il était question des Juifs, le fait que la police ait emmené les Kalewski me tracassait. Moi, je n'avais rien contre les Juifs. Ceux que je connaissais s'habillaient, mangeaient et parlaient comme tout le monde : je ne voyais pas quelle différence il y avait entre eux et nous. Et de plus, ils n'étaient pas méchants, en tout cas je n'avais rien remarqué d'anormal les concernant. Aussi, comme aimait le raconter ma mère quand il y avait des invités à la maison : "le petit inquisiteur" – moi en l'occurrence – "avait voulu tout savoir et exigé qu'on lui rende des comptes, comme si que j'étais le bon Dieu, moi, ou le Maréchal Pétain". Et tout le monde de s'esclaffer, ce qui avait le don de me mettre en rage. Voici un bref résumé du 'dialogue' avec ma mère (dans le style de l'époque):

- Moi : "Dis, Maman, pourquoi qu'on les a arrêtés ?"

- Ma mère, tranchante : "On les a pas arrêtés, on les a em-me-nés."

- Moi : "Alors pourquoi qu'y avait des agents et pourquoi qu'on les a arrêtés ?"

- Ma mère, embarrassée : "Parce qu'ils sont juifs."

- Moi, têtu : "Ah bon, mais qu'est-ce qu'y z'ont fait d'mal ? "

- Ma mère, agacée : Mais rien…

- Moi, impitoyable : "Alors c'est pas juste que la police, elle les ait emmenés."

- Ma mère, à bout d'arguments et exaspérée : "J'en sais rien. Ils ont certainement leurs raisons.

Arrête de poser des questions idiotes et va te recoucher !"

.......................................

Ma mère était une femme du peuple, sans culture et sans grande expérience, que pouvait-elle répondre à cette question, trop grande pour elle comme pour moi, sinon qu'elle était IDIOTE, c'est-à-dire SANS REPONSE ?

Il m'en a pris plusieurs décennies pour cesser de me poser cette "question idiote", à la troisième personne du pluriel : "Pourquoi les Juifs sont-ils en butte à tant de contradiction et de haine ?" et pour dire: pourquoi sommes-nous en butte à tant de contradiction et de haine ?"

Et cela fait 37 ans que je me pose toujours la même "question idiote", mais à la première personne du pluriel, désormais :

EXCUSEZ L'EMPHASE APPARENTE DE MON PROPOS (EN FAIT C'EST DE LA SOLENNITE)
PUISQU'ON NOUS TUE TOUJOURS POUR DES MOTIFS MULTIPLES,
ET QUE CEUX ET CELLES D'ENTRE VOUS – CHRETIENS SURTOUT –
QUI POURRAIENT, QUI DEVRAIENT ELEVER LA VOIX EN NOTRE FAVEUR,
SE TAISENT,
C'EST A VOS SEMBLABLES, DESORMAIS, QUE JE DEMANDERAI DES COMPTES.
JE LES INTERPELLERAI EN 'LANGUE CHRETIENNE',
DANS LEURS CATEGORIES THEOLOGIQUES
CONFORMEMENT A LEUR CREDO, A LEURS ECRITURES ET A LEUR TRADITION.
TANT ET SI BIEN QU'ILS NE POURRONT PLUS DISTINGUER
SI C'EST UN JUIF QUI LES INTERPELLE EN CHRETIEN
OU UN CHRETIEN QUI LES INTERPELLE EN JUIF !

QU'ILS ECOUTENT OU QU'ILS N'ECOUTENT PAS, JE LES EMBARQUERAI
DANS MON VOYAGE AU BOUT D'UNE "QUESTION IDIOTE"…

************

Tout commence par les iniques lois d'exclusion des Juifs
Le "Protocole des damnés de Sion"

La loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940, portant statut des Juifs
 

La diffamation et la diabolisation des Juifs

Le 5 septembre 1941 est inaugurée au palais Berlitz, sur les grands boulevards, l'exposition "Le Juif et la France", largement médiatisée par les journaux et la radio :

plusieurs dizaines de milliers de Français s'y presseront !

J'étais trop petit pour qu'on m'y emmène. Je n'ai jamais su si mes parents y sont allés…


cliché originalAffiche de l'exposition "Le Juif et la France" © Ina
 

J'ai dû voir des boutiques mises au pilori, telle celle-ci. Mais je ne m'en souviens pas.
 


 J'ai probablement joué, sans me poser de questions, dans ce "Parc à jeux réservé aux enfants" et "interdit aux juifs"… Mais je ne m'en souviens pas...
 




Le marquage, les rafles,
et la déportation des Juifs


Une ordonnance allemande (29 mai 1942) avait imposé le port de l'étoile jaune aux Juifs,
en zone occupée. Madame Kalewski et sa fille (qui a échappé à la rafle),  étaient nos voisines du dessus: elles ont fini à Auschwitz avec  leur mari et père. La mère et la fille devaient ressembler à ces deux 'étoilées'-là. Mais je ne m'en souviens pas...


Ou à celles-là …
 



Ce que je sais c'est que contrairement à d'autres arrestations de juifs comme la suivante, où des soldats allemands participèrent, avec des gendarmes français, à un transfert de Juifs...
 


ce sont uniquement des agents de police français qui exécutèrent la tristement célèbre rafle du Vel d'Hiv (il n'en reste aucun cliché, à l'exception de celui-ci qui, s'il représente bien le Vel d'Hiv, n'a pas été pris le jour de la rafle).



Ce crime eut lieu le 16 juillet 1942 – j'avais six ans et demi.
La veille, Bousquet signait l'ordre de 'transfert' des Juifs…
 


Nos voisins, Monsieur Kalewski et son épouse, furent du voyage et ne revinrent jamais.

 

La vie quotidienne à Paris,
sous la 'paternelle' autorité du Maréchal

 
Sans doute ai-je vu cette affiche du Maréchal Pétain, mais je ne m'en souviens plus… Par contre, nous avons un extrait de son premier discours aux Français après la défaite...

petain-vous-etes-pas-trahis.jpg
Affiche placardée au début de l'occupation sur tous les murs de France !

Combien de fois, tenaillé par la faim – endémique alors - n'ai-je pas fait la queue, avec ma mère, devant une boulangerie comme celle-là ! De ça, par contre, je me souviens...


Pareil pour les œufs, le lait et le saindoux… quand il y en avait.
Mais il fallait surtout être muni de tickets et de cartes de rationnement, sinon c'était le jeûne…


Les boulevards étaient presque déserts. A l'époque, il n'y avait pas de problèmes de circulation.

 

Combien de fois n'ai-je pas arpenté la rue de Rivoli avec mes copains!…
Ai-je remarqué la croix gammée qui souillait cette façade ? Je ne m'en souviens pas…


Je connaissais bien l'arc de triomphe. Il m'était arrivé de pousser une pointe de la Maub' jusqu'à ce majestueux monument. Je n'ai pas vu ce défilé allemand-là, mais j'ai vu beaucoup d'allemands, des officiers surtout, avec leurs Leikas, qui photographiaient tout, comme les Japonais, de nos jours…


 
J'avais surtout peur des soldats en armes, ils me paraissaient immenses, brutaux et invulnérables…


 

La Presse collaborationniste et les "mouchards"


Les textes qui suivent, je ne les ai évidemment pas lus, à l'époque. Mais quand j'ai pu le faire, beaucoup plus tard (j'étais déjà adulte), j'ai senti la honte me monter au front et la rage me tordre les entrailles...

Réactions de la presse bretonne à la rafle du Vel d'Hiv


enjuives-bretons.jpg
 

"...Le Phare de Nantes du 3 juillet nous donne un nouvel exemple de la sollicitude vraiment curieuse dont on fait preuve à l'égard de la youpinerie… nous risquons d'attendre longtemps si nous comptons, pour cette besogne d'épuration, sur l'aide du grand quotidien nantais, lui-même enjuivé, un des ses directeur n'était-il pas le sinistre Schwob au nom bien breton ? Les youpins  à la porte et la Bretagne aux Bretons !"

rendez-nous-nos-juifs.jpg

"Nous avions, en France, une grande, une trop grande quantité de Juifs, qui, s'infiltrant partout, s'octroyaient, sans jamais mettre la main à la pâte, une belle part des bénéfices provenant de notre travail […]
Un beau jour, faisant le bilan de leur néfaste besogne, l'Etat français nous a débarrassé[s] de ceux qui n'avaient pu fuir au moment de la débâcle […]
ces youpins avaient fait école […] Mais - ce qui serait mieux, puisqu'on nous a débarrassés des juifs de race - ne pourrait-on, maintenant, expulser les Juifs d'esprit ?"


Lettres de dénonciation de juifs

denonciation-juif.jpg

denonciation-juif2.jpeg


La résistance, l'insurrection de Paris
 

Après Pétain, c'est de De Gaulle que j'ai le plus entendu parler. J'aimais écouter Radio Londres, et son message d'introduction : "Ici, Londres, les français parlent aux Français..."
Pour les patriotes, le Général, c'était le libérateur... Les adultes disaient qu'il parlait parfois à la radio, mais que c'était tellement brouillé qu'on ne comprenait presque rien à ce qu'il disait…

La radio des Collabos, le surnommait, par dérision, "le général micro"

general-micro.gif

Les Français libres n'étaient pas en reste: Pierre Dac, au micro de la radio de Londres, chantonnait, sur l'air de la "Cucaracha", ce que la majorité des Français se disaient tout bas l'un à l'autre : "Radio Paris ment... Radio Paris ment... Radio Paris est allemand!..."

radio-paris-ment.jpg
Cliquer sur le cliché de la radio d'époque, pour l'entendre...



Les Résistants, tout le monde en parlait – surtout ceux qui n'en étaient pas. Des vantards laissaient entendre qu'ils en étaient et prenaient des airs importants. Plusieurs copains juraient que leur père, leur oncle, ou un ami de leur famille étaient Résistants, ou membres de "l'Armée secrète" de De Gaulle. La nuit, je rêvais de faits d'armes auxquels je prenais part. La réalité était plus grise. Plus dramatique aussi. Les Allemands traquaient les réseaux, les chefs, comme ceux de "L'Affiche rouge"…


affiche-rouge.jpg




Parfois aussi, hélas, ils les fusillaient. Moi, je n'en savais rien directement. Mais on en parlait, dans la rue, entre mômes, sans trop y croire. Les adultes, eux, ils en parlaient à voix basse… et ça m'énervait

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Et puis, hop! D'un seul coup, c'est venu: "l'Insurrection", comme on l'appelait alors.
C'est le privilège des enfants de se faufiler partout, au grand dam de leurs parents. J'étais toujours là où je ne devais pas me trouver... Près de ceux qui préparaient les matériaux pour les barricades…


surtout près de ceux qui les dressaient, les barricades. Il y en avait deux dans mon quartier.
J'enviais les 'grands' qui étaient autorisés à aider les adultes - comme ceux que l'on voit sur la photo ci-dessous. Moi, j'étais trop petit et on me rembarrait, à ma grande rage...


 
Par moment, ça tirait de partout. Il fallait vite s'abriter, comme ce FFI (membre des Forces Françaises de l'Intérieur), derrière sa voiture, une "traction avant", comme on disait alors...

 
Et comme ces autres FFI, ici, sous les arcades de la rue de Rivoli.
Je n'avais pas peur, au contraire le danger me dynamisait… J'étais jeune et inconscient,
et la mort, c'était le lot des adultes, des héros, pas des enfants…

 


Et soudain : la Libération !


J'étais là, quelque part dans cette cohue joyeuse, avec ma mère, quand Paris fut libéré...
 
Ma mère m'a même emmené voir De Gaulle, qui descendait à pied l'avenue des Champs Elysées… Mais, petit comme j'étais et perdu dans la foule, je n'ai pas vu le Libérateur de la France. J'étais furieux.
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Je me suis battu, comme les adultes, pour approcher ces héros, les toucher même, et puis – pourquoi le cacher? - pour avoir du corned beef, du chewing gum et des cigarettes, qui se revendaient à prix d'or…
Les Anglais (ci-dessous), n'avaient pas les riches rations des Américains. Je ne les harcelais pas…

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Mais mes plus grands héros, c'étaient les conducteurs de chars… Les Parisiens (et les Parisiennes aussi, bien sûr !) se disputaient l'honneur de s'y hisser… comme ici sur un char de la 2ème DB de Leclerc...
 


 

J'ai vu passer des prisonniers allemands comme ceux-ci… Je les ai insultés, comme certains adultes…
Je crois même me souvenir que j'ai craché sur eux, comme certains adultes… Mais je ne m'en souviens pas très bien...



 


DEPUIS, TANT D'ANNEES ONT PASSE…
 

A en croire ceux qui n'ont jamais "digéré" l'existence de l'Etat d'Israël,  ce serait pour être quittes envers le peuple juif, amputé d'un tiers des siens, que les nations - qui avaient 'détourné la tête' tandis qu'on les exterminait - ont voulu couvrir leur faute en 'dédommageant' les Juifs (comme s'il existait une compensation pour six millions de vies humaines - dont celles de près de deux millions d'enfants...), et leur ont 'concédé' un Etat (comme on jette un os à un chien errant, sans doute).
Du coup, le Sionisme, cette philosophie politique de l'émancipation et de la reconquête de la dignité de l'homme et de la femme juifs, voyait son rêve se réaliser.
Et même – ô miracle ! – des peuples avaient un faible pour ce petit Etat pionnier et courageux, et beaucoup de non-Juifs ne cachaient pas leur admiration devant ses réalisations. Brève lune de miel...

Jusqu'à ce que les problèmes commencent. Les Arabes de Palestine, après avoir refusé le Plan de partage voté par l'ONU en 1947 - qui leur aurait valu un Etat aux côtés du nouvel Etat juif – décidèrent de reconquérir par la force les territoires dont ils estimaient avoir été spoliés…

Au fil des décennies, Israël accepta de partager à nouveau cette terre, déjà si fragmentée, et de rétrocéder aux Palestiniens une partie des territoires qu'il avait conquis en se défendant contre les agressions égyptienne et jordanienne de 1967.

On crut même la paix en vue. Oslo devint un symbole. Dans leur grande majorité, les Israéliens eux-mêmes y crurent. Puis, soudain, ce fut l'écroulement.

Arafat se révéla inconstant, incapable de s'engager sérieusement dans un processus étatique digne de ce nom. Il choisit la guérilla. La guerre d'usure. Les attentats se firent de plus en plus cruels, de plus en plus fréquents. Jusqu'à ce que le peuple israélien dans son ensemble perdît totalement confiance dans le processus de paix, si souvent, si cyniquement rompu par son partenaire palestinien, devenu, dès lors, l'ennemi mortel…

Les gratifiantes années où Israël jouissait de la sympathie active des nations étaient définitivement révolues. Une nouvelle génération de dirigeants internationaux était arrivée aux affaires. A quelques rares exceptions près, ils n'avaient pas connu les années de guerre, ou ils étaient trop jeunes pour en avoir été profondément marqués. L'Holocauste ne les concernait plus. Pire, il les agaçait, les irritait…

On commença d'entendre des allusions – cruellement ressenties par les Juifs – à la nécessité de "tourner la page", ou, pour employer une expression à la mode, de "changer de paradigme". En tout état de cause, si les Juifs ne l'avaient pas tournée cette page de leur histoire, de plus en plus de nations l'avaient, elles, arrachée de leur mémoire historique, parfois avec rage, estimant que les Juifs se servaient de leur souffrance de jadis comme d'un moyen de chantage moral permanent pour obtenir un maximum d'avantages politiques.
 
C'est dans ce climat délétère qu'éclata la seconde Intifada, déclenchée et orchestrée par une Autorité Palestinienne vraisemblablement enhardie par la défaveur internationale dont Israël était l'objet, et peut-être manœuvrée, en sous-main, par des Etats décidés à en finir avec ce qu'ils considèrent comme une obstination israélienne insupportable, face aux revendications palestiniennes appuyées par une campagne de terreur.

Bref, il semble que beaucoup d'hommes politiques, de lobbies et de puissantes ONG contestataires du 'capitalisme sans frontières', de 'l'impérialisme militaro-économique américain' et de la mondialisation, aient fait, en quelque sorte, un transfert négatif de toutes leurs frustrations sur l'Etat d'Israël, de plus en plus considéré comme le grand coupable du malheur des Palestiniens et de l'accroissement de la violence et de l'instabilité dans toute la région.

 Depuis un demi siècle, les Juifs se disaient :
L'antisémitisme, c'est fini, et bien fini.
D'ailleurs, il n'est pas "politiquement correct", surtout aux yeux des démocraties socialisantes, ce qui est le cas de bon nombre Etats 'éclairés' dans le monde… 
Ils avaient tort.
 
L'improbable s'est produit. L'inversion des valeurs a pris le pas sur le droit et la morale. La realpolitik et son pragmatisme cynique sont devenus la norme de l'action. Israël gêne les plans de ces nations. Il doit céder, de gré ou de force. Que s'imagine "ce petit Etat de m…" (© 2002, Monsieur l'Ambassadeur de France à Londres) ? Que le monde entier va se plier à ses exigences ? Il veut la sécurité ? Eh bien, qu'il cède aux légitimes exigences palestiniennes, et tout ira bien ! Un peu de confiance, que diable ! (C'est le cas de le dire). Et puis, c'est à prendre ou à laisser, sinon, boycott, isolement politique et économique, bref toute la panoplie des sanctions terriblement efficaces, que peuvent prendre, entre autres, des Etats regroupés au sein d'une entité politico-nationale aussi puissante que la Communauté Européenne…


Et depuis, la Bête immonde relève la tête. Seul le vocabulaire a changé. 
On ne dit plus "Juifs", ni "Youpins", mais "SIONISTES"… 
Certains n'ont même pas cette 'délicatesse',
témoin le texte ordurier et haineux de cette affichette récente
 
 

Et surtout, surtout, on utilise les trois chefs d'accusation du "politiquement incorrect" :


Colonisation = dans le subconscient : (Juif) rapace, accapareur, spoliateur…

Occupation = dans le subconscient : (Youpin) envahisseur, profiteur…

Apartheid = dans le subconscient : (Youtre) fanatique, ennemi des non-Juifs…


A cette aune-là, même les morts sont dévalués

A preuve, ce qui suit :



 

mardi 16 juillet 2002, 15 h 39 (date anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv)

Sept morts dans l'attaque d'un car de COLONS israéliens


  VOILA, LA BOUCLE EST BOUCLEE:
 
YOUPINS

SIONISTES
 
OCCUPANTS

COLONS...

Tout ça, c'est la même chose…
 
C'est du Juif !!!


FIN DE LA PREMIERE EPOQUE
DE CE VOYAGE AU BOUT D'UNE "QUESTION IDIOTE"
 
 
© 2002 Menahem Macina