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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme
Antisémitisme arabo-musulman

La dernière carte des dictatures arabes, l'antisémitisme, par Mudar Zahran
05/02/2011

Sur le site Objectif-Info

The Hudson Institute, 24 janvier, 2011

Article original, en anglais : "Anti-Semitism: The New Necessity for Arab Regimes (L'antisémitisme, nouvel impératif des régimes arabes).

Traduction française : Objectif-info

Depuis plus de soixante ans, la haine, soigneusement distillée par les gouvernements arabes, prenait pour thème le sionisme et Israël plutôt que le judaïsme et les Juifs. Mais, depuis 2008, les journaux jordaniens ont lancé une attaque féroce sur presque tous les sujets touchant au judaïsme.

Comment expliquer qu'un Etat, en principe modéré, comme la Jordanie, adopte une orientation aussi violemment antisémite ?

La réponse à cette question est simple : ces dernières années, la majorité palestinienne de ce pays, qui est opprimée, a voulu conquérir de nouveaux droits civils. En réponse, le gouvernement jordanien a déclenché une rhétorique antisémite enflammée pour détourner son attention.

Il semble que les régimes arabes aient besoin de nouvelles méthodes pour se préserver de la colère de leurs peuples et la détourner sur des boucs émissaires. Naturellement, il était hors de question que ce soit vers les Etats-Unis, ou l'Europe, et les Etats communistes "infidèles" n'existent plus. Une fois encore, les régimes arabes s'en sont pris à Israël comme "source de tous les maux", sans parvenir à rendre sa force à ce thème, dont leur population est lasse après des décennies de propagande. Le Plan "B" des régimes arabes a consisté à susciter un activisme religieux plus déterminé en lui serinant continuellement que les Israéliens ne sont que « l'une des pièces d'un projet juif plus vaste pour contrôler le monde ».

Aujourd'hui, le message s'est nettement modifié ; les termes et définitions utilisés dans les média ont subi des modifications radicales à l'initiative de nombreux gouvernements. Le terme "Juif" a été substitué au terme "sioniste" et pour les plus modérés des médias arabes, les "négociations de paix" sont devenues "l'opposition juive à la paix… ou à la paix mondiale".

La tendance antisémite des émissions de TV arabes est passée à la vitesse supérieure ces dernières années. Les émissions construites sur des thèmes antisémites sont devenues banales dans la plupart des 300 réseaux de télévision par satellite, y compris les chaînes de télévision et les autres réseaux de médias appartenant aux gouvernements arabes pro-occidentaux, tous sans exception, qui passent de l'antisémitisme au soutien sans fard au terrorisme.

Les exemples de ce phénomène sont innombrables. En janvier 2010 la télévision d'Etat jordanienne diffusait une interview de l'ancien Premier ministre, Faisal Al-Fayez, qui menaça Israël de « six millions de candidats jordaniens prêts pour des attentats-suicide ». Al-Fayez, qui était sénateur à l'époque, a été nommé récemment président de la Chambre basse du Parlement jordanien.

En outre, l'Etat jordanien et les médias télévisés privés ont lancé une campagne massive contre la nature juive de l'Etat d'Israël, sautant, sans scrupule, de l'antisionisme à l'antisémitisme.

En Jordanie, les médias populaires contrôlés par le gouvernement diffusent autant d'antiaméricanisme que de propagande antisémite. Dans les médias jordaniens, des expressions comme « l'impérialisme américain », « le complot américain diabolique », « l'idéologie anti-arabe des troupes américaines d'occupation », et « l'alliance judéo-américaine pour détruire la Oumma [Nation] arabe », sont des slogans martelés tous les jours, souvent par des rédacteurs ayant un statut de fonctionnaire du gouvernement.

En même temps, l'antisémitisme ne sert pas seulement à maintenir sous contrôle les peuples opprimés par les dictateurs du monde arabe, il sert aussi à convaincre leurs alliés occidentaux de l'existence d'un puissant courant fondamentaliste, qui se manifeste sous forme d'antisémitisme, comme d'ailleurs d'antiaméricanisme.

Tout cela pour donner aux gouvernement occidentaux le sentiment qu'il faut apporter de l'aide à des régimes arabes oppressifs, confrontés à une population « anti américaine et anti occidentale ».

La dernière innovation de la propagande des régimes arabes : sa conversion à l'antisémitisme, sert en même temps le vieil objectif qui consiste à créer, de toutes pièces, un ennemi que leur peuple puisse haïr, accuser, maudire, et, à l'occasion, combattre, permettant aux classes dirigeantes de conserver leurs avantages et de rester au pouvoir.

Toutefois, ce n'est pas facile. Les régimes arabes sont désormais face à des citoyens mieux informés. A l'âge d'Internet et de la mobilité, les Arabes ont accès à toute l'information qu'ils désirent ; il n'est tout simplement plus possible de leur faire croire tout ce que leur dit leur gouvernement sur "l'entité sioniste" qui a été le bouc émissaire de tous les échecs. Comme toute opposition critique ou pacifique est immédiatement considérée comme un "complot sioniste", c'est aussi la justification permettant d'opprimer les peuples arabes.

Néanmoins, le témoignage incisif d'un essor de l'antisémitisme dans ses formes les plus crues, celles du début du 20e siècle, est fourni par les médias arabes. A la différence d'Al-Manar, la chaîne de télévision contrôlée par le Hezbollah, les médias arabes étaient, en général, anti-israéliens et antisionistes, pas particulièrement antisémites.

Le contrôle féroce des médias arabes par les gouvernements n'est pas vraiment un secret. En dépit des proclamations et des engagements à respecter la liberté des médias, de nombreuses organisations internationales traitant de la liberté de presse ont rapporté que les pays arabes répriment systématiquement la liberté d'expression. Pire, ils contrôlent méticuleusement les sources de la plupart des médias, donnant du crédit à l'idée que l'antisémitisme est soigneusement entretenu et protégé par de nombreux régimes arabes.

Un récent rapport de la Ligue contre la diffamation, de New York, illustrait l'antisémitisme de plusieurs journaux jordaniens, dont certains appartiennent à l'Etat. Au même moment, Reporters sans Frontières notait, dans un récent rapport, que le gouvernement jordanien exerce une lourde censure sur les médias.

Mais, en ce moment, le sauvetage des régimes arabes s'alimente à la source la moins prévisible: Oussama Ben Laden.

Deux jours après le lancement de l'attaque des Etats-Unis contre les Talibans afghans, suite à l'attentat du 11 septembre, Ben Laden avait fait, à la télévision, , devant des millions d'Arabes, le serment suivant:

« l'Amérique et tous ceux qui y vivent ne connaîtront plus jamais la paix ni la sécurité tant qu'il n'en sera pas de même pour nous en Palestine ».

Auparavant, Ben Laden n'avait jamais mentionné la "Palestine" dans aucun de ses discours. De plus, il appartient à une école ultra-orthodoxe de l'islamisme, qui considère que la lutte des Palestiniens contre Israël est une lutte pour la terre, et non pas pour Dieu, et qu'elle ne relève donc pas du Jihad.

Depuis, plusieurs attaques terroristes d'Al Qaïda se sont parées d'une double légitimité: celle qui découle de la haine de l'Occident et celle qui découle de la haine des Juifs, légitimation partagée même par des groupes arabes non musulmans comme les militants marxistes et socialistes arabes. Cela a aussi été vrai pour les attaques contre des Israéliens au Kenya, ou pour le complot visant à poser des bombes dans des synagogues à Chicago. Le résultat a été un extraordinaire succès médiatique de Ben Laden, qui est désormais, pour de nombreux Arabes, y compris non musulmans, « un sauveur de la Palestine », et « un combattant contre les Juifs diaboliques », et non un méchant barbu.

C'est la même formule qui a été habilement reprise à leur compte par de nombreux gouvernements arabes. La Jordanie s'en est emparée depuis longtemps, de même que de nombreux Etats du Golfe, à qui appartiennent la plupart des réseaux arabes d'information.

Aujourd'hui, l'antisémitisme est indispensable à la survie de nombreux régimes arabes, en plus de leurs forces de police brutales et de leurs services de sécurité sans pitié, connus sous le nom de "Moukhabarat" [services de renseignement ou police secrète, en arabe].

Les régimes arabes qui jouent ce jeu ne réalisent pas que, cette fois, leur subterfuge risque bien de provoquer leur disparition: l'Islam politique a repris à son compte le thème de l'antisémitisme, qui ouvre des portes à tous les scénarios extrémistes. Cela peut coûter le pouvoir aux dictateurs arabes à partir du moment où leurs populations opprimées feront la transition entre "la haine des Juifs" et "l'amour de l'islamisme et du fondamentalisme".

En attendant, le monde civilisé devrait prendre conscience, de son côté, que son alliance avec les régimes arabes oppressifs doit être réexaminée, reconsidérée. Les régimes en place ne sont pas pro-occidentaux, à l'évidence, ils ont fait avec lui un mariage de raison, et ce genre d'union est fragile comme en a témoigné récemment la Tunisie.

Visiblement, l'impudence et l'oppression des régimes arabes pourraient, en fin de compte, déstabiliser la totalité du Moyen-Orient, d'autant que ces régimes jouent la carte, très alarmante, de l'antisémitisme.


Mudar Zahran *


© The Hudson Institute

* Mudar Zahran est un Palestinien de Jordanie, journaliste et universitaire; il réside au Royaume Uni comme réfugié politique.

 

[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 29 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org