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Éditorialistes
Menahem Macina

La «néophonie» des modernes « Inc(r)oyables », par Menahem Macina
05/02/2011

« une fureur de divertissement s'est emparée de la société du Directoire. Depuis que la Terreur est terminée, la jouissance est à l'ordre du jour. […] Les cavaliers de ces dames sont nommés les Incroyables, ou plutôt les Incoyables, car ils jugent élégant de supprimer les r (le r de Révolution, de Roi, ou ceux qu'on entend dans Terreur) et même toutes les consonnes, devenant ainsi presque inintelligibles. Ils arborent des accoutrements excentriques : habit vert à grands godets, taille pincée, large culotte, énorme cravate sous laquelle le menton disparaît. Ils ont le nez chaussé de grosses lunettes et sont coiffés en « oreilles de chien », leurs cheveux tombant sur les oreilles… »

incroyables.jpg 

Un couple d'"Incoyables"

Où voulez-vous en venir, me demandera-t-on sans doute ?

A ceci.

Sans tomber dans les excès vestimentaires ridicules de ces « Inc(r)oyables », certains intellectuels et/ou technocrates, et la quasi-totalité des journalistes, ont tout de même en commun avec eux d'être atteints du haut-mal de la « néophonie ». Force m'a été de forger ce néologisme pour désigner le prurit contemporain de créer des mots nouveaux, ou, comme dans le cas que j'épingle ici, de les prononcer de manière inc(r)oyable.

Ainsi, pas plus tard qu'hier après-midi, j'entendais, sur France 24, la gracieuse (et compétente) analyste économique, Stéphanie Antoine, parler de l'emprisonnement du mag(ue)nat russe du pétrole, Mikhaïl Khodorkovsky.

Moi j'aurais dit « magnat », comme tout le monde. Enfin, pas tout à fait « tout le monde ». Car nombreux sont les membres de la classe bavarde à déformer ainsi ce mot, comme bien d'autres d'ailleurs.

Problème : si un magnat devient un mag(ue)nat, il faut s'attendre à des permutations dans le style : Auverg(ue)nat, au lieu d'Auvergnat. Et je pourrais en décliner des dizaines d'autres du même acabit, comme les formes du passé simple de nombreux verbes à terminaison –gner, telles que : il baig(ue)na, daig(ue)na, enseig(ue)na, gag(ue)na, imprég(ue)na, peig(ue)na, rég(ue)na, renseig(ue)na, alig(ue)na, assig(ue)na, clig(ue)na, désig(ue)na, sig(ue)na; etc., etc.

Je me suis longtemps demandé de quel pataquès était issue cette prononciation 'néophonique'. Il n'y a pas à chercher bien loin, me semble-t-il. Le modèle est là, tapi sous la lave brûlante de l'éruption langagière actuelle, en phase de solidification sous forme d'usage courant : contrairement à son faux frère, « mag(ue)nat », il porte le nom - rigoureusement canonique, lui – de « magma ».

Comme disait l'autre, « la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ».

Que vous en semble ?

 

© Menahem Macina


Mis en ligne le 27 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org