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Caroline B. Glick

Absence d'idée à Washington, par Caroline B. Glick
05/02/2011

The Jerusalem Post 

Texte original anglais : "Clueless in Washington", 2 janvier 2011

Adaptation française de Sentinelle 5771, reprise du site desinfos.com, et revue par Menahem Macina.

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Les Etats-Unis ne parviennent-ils donc pas à comprendre ce qui arrivera à leurs intérêts stratégiques dans la région si les Frères Musulmans sont la face cachée du pouvoir du prochain régime ? Les foules égyptiennes dans les rues du Caire forment un spectacle étonnant. Avec leurs banderoles appelant à la liberté et à la fin du règne du président Hosni Moubarak, l'histoire que ces images racontent est simple comme au bon vieux temps.

D'un côté, nous avons la jeunesse, protestataires déshérités et faibles. De l'autre, le vieux Moubarak, tyrannique et corrompu. Quand nous étions des mômes, Hans Christian Andersen nous a enseignés qui l'on doit soutenir. Mais la sagesse du conteur s'applique-t-elle dans ce cas ?

Il est sûrement vrai que le régime est peuplé d'hommes âgés. Moubarak a 82 ans. Il est vrai aussi que son régime est corrompu et tyrannique. Depuis qu'un groupe terroriste du Jihad islamique issu des Frères Musulmans a assassiné, en 1981, le prédécesseur de Moubarak, le président Anouar Sadate, l'Egypte a été gouvernée dans le cadre de l'état d'urgence qui interdit les libertés démocratiques. Moubarak a constamment rejeté la pression des Etats-Unis pour assouplir le régime de répression et promulguer des réformes libérales de gouvernance.

Cette réalité a conduit beaucoup de commentateurs américains dans tout le spectre politique à prendre le parti des émeutiers avec enthousiasme. Un prestigieux groupe de travail sur l'Egypte, formé ces derniers mois par des experts de droite et de gauche sur le Moyen Orient, a publié en fin de semaine une déclaration appelant l'administration Obama à ‘larguer' Moubarak et à retirer son soutien au régime égyptien. De plus, il a recommandé à l'administration d'obliger Moubarak à abdiquer et cause la chute de son régime en suspendant toute assistance économique et militaire jusqu'à cette échéance.

Les recommandations de ce panel d'experts ont été applaudies par les nombreux amis de ses membres dans tout le spectre politique. Par exemple, le rédacteur en chef de la revue conservatrice, Weekly Standard, William Kristol, a félicité le panel dimanche et écrit : « Il est temps, pour le gouvernement américain, de jouer un rôle actif […] pour faire aboutir en Egypte une transition de type Corée du Sud/ Philippines/Chili, allant d'une dictature soutenue par les Américains jusqu'à une démocratie libérale soutenue par les Américains et jouissant d'une popularité légitime.

Le problème de cette recommandation est qu'elle est entièrement fondée sur la nature du régime de Moubarak. Si le régime était le plus gros problème, alors sûrement le retrait du soutien des Etats-Unis serait chose sensée. Cependant, la caractéristique des manifestants n'est pas libérale. En fait, leur personnalité est un problème plus important que celui du régime qu'ils cherchent à renverser.

Selon une enquête d'opinion de l'institut Pew, menée en Egypte en juin 2010, 59 % déclaraient soutenir les islamistes. 27 % seulement déclaraient soutenir les ‘réformateurs'. La moitié des Egyptiens soutiennent le Hamas, 30 % soutiennent le Hezbollah, et 20 % soutiennent al Qaïda. De plus, 95 % d'entre eux s'ouvriraient avec bienveillance à l'influence islamique dans la vie politique. Si cette préférence se traduit en une stratégie réelle de gouvernement, il est clair que l'Islam qu'ils soutiennent est la version salafiste d'al Qaïda.

82 % des Egyptiens soutiennent l'exécution par lapidation des adultères, 77 % soutiennent le châtiment par le fouet et l'ablation de la main pour les voleurs. 84 % soutiennent l'exécution de tout musulman qui change de religion.

Quand elles en ont la possibilité, les foules des rues ne se gênent pas pour montrer ce qui les motive. Ils attaquent Moubarak et son nouveau vice-président, Omar Souleiman les traitant de marionnettes des Américains et agents sionistes. Les Etats-Unis, ont dit les manifestants à Nick Robertson, de CNN, sont contrôlés par Israël. Ils haïssent Israël et veulent le détruire. Voilà Pourquoi ils haïssent Moubarak et Souleiman.

Tout cela démontre que si le régime tombe, celui qui lui succèdera ne sera pas une démocratie libérale. L'autoritarisme militaire de Moubarak sera remplacé par le totalitarisme islamique. Le plus grand allié arabe des Etats-Unis deviendra son plus grand ennemi. Le partenaire de paix d'Israël deviendra de nouveau son ennemi le plus sérieux.

Comprenant cela, les officiels et les commentateurs d'Israël ont été presque unanimes dans leurs réactions négatives à ce qui se produit en Egypte. Tsahal, le Conseil de Sécurité Nationale, les agences du renseignement, ainsi que le gouvernement et les médias sont tous tombés d'accord sur le fait que la totalité de l'approche régionale d'Israël changerait énormément en cas de renversement du régime égyptien.

Aucun des scénarii envisagé n'est positif.

Ce qui a le plus déconcerté les officiels et commentateurs israéliens, ce n'est pas la force des protestations contre le régime, mais la réponse américaine. A part l'extrême gauche, les commentateurs des principaux journaux et stations de radio et télévision ont, sur un mode variable, décrit la réponse des Etats-Unis aux événements d'Egypte comme irrationnelle, irresponsable, catastrophique, stupide, aveugle, traîtresse, et effrayante.

Ils ont souligné que le comportement de l'administration Obama – ainsi que celui de nombreux critiques de premier plan – est responsable de conséquences potentiellement désastreuses pour les autres alliés arabes des Etats-Unis ayant un régime autoritaire, pour Israël, et pour les Etats-Unis eux-mêmes.

La question que la majorité des Israéliens posent est : « pourquoi les Américains se comportent-ils de façon aussi destructrice ? Pourquoi le président Obama et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton envisagent-ils le tableau d'une évolution qui conduira nécessairement à la transformation de l'Egypte en première théocratie salafiste islamique ? Et pourquoi les commentateurs conservateurs et les politiciens républicains les pressent-ils d'être même encore plus affirmatifs dans leur soutien aux émeutiers des rues ? 

Les Etats-Unis ne comprennent-ils pas quel va être le résultat de leur action dans la région ? Ne parviennent-ils vraiment pas à comprendre ce qui arrivera à leurs intérêts stratégiques au Moyen Orient si les Frères Musulmans soit forment le prochain régime, ou constituent le véritable pouvoir derrière le prochain régime du Caire ?

Malheureusement, la réponse est qu'en effet, les Etats-Unis n'ont aucune idée de ce qu'ils font. La raison pour laquelle la seule superpuissance mondiale (rapidement déclinante) conduit aveuglément, c'est parce que ses dirigeants sont piégés entre deux modèles de politique narcissique, irrationnelle, et qu'ils sont incapables voir ce qui s'est produit dans le passé.

Le premier modèle est celui du projet de démocratie de l'ancien président George W. Bush et de son soutien simultané à des élections ouvertes.

Les partisans de Bush et les officiels du gouvernement précédent ont passé le mois dernier depuis les émeutes en Tunisie à se réjouir de ce que les événements prouvent que la poussée de Bush en faveur de la démocratisation du monde arabe était la bonne approche.

Le problème est que, alors que le diagnostic de Bush sur les dangers du déficit de démocratie dans le monde arabe était correct, son antidote pour résoudre ce problème était totalement erroné. Bush avait raison sur le fait que la tyrannie nourrit le radicalisme et l'instabilité et qu'elle est donc dangereuse pour les Etats-Unis. Mais sa croyance dans le fait que des élections libres résoudraient le problème du radicalisme et de l'instabilité arabes était complètement fausse. A la base, la croyance de Bush était fondée sur une vision narcissique des valeurs occidentales comme étant universelles.

Quand, sous la pression des Etats-Unis, les Palestiniens ont eu l'opportunité de voter à des élections libres et ouvertes en 2006, ils ont voté pour le Hamas et son projet politique totalitaire. Quand, sous la pression des Etats-Unis, les Egyptiens ont eu la liberté limitée de choisir leurs parlementaires en 2005, là où ils le purent, ils ont élu les Frères Musulmans totalitaires pour les diriger.

L'échec de cette politique a convaincu Bush de cesser son soutien aux élections, au cours de ses deux dernières années à son poste.

De façon frustrante, l'insistance de Bush pour des élections a rarement été portée à son crédit. Sous l'appellation de modèle de politique alternative fascinant les élites de la politique étrangère américaine – l'anticolonialisme – les opposants de gauche à Bush n'ont jamais discuté le fait que le problème de sa politique est qu'elle présumait faussement que les valeurs occidentales seraient universelles. Aveuglés par leurs dogmes anti-occidentaux, ils ont affirmé que sa proposition en faveur de la liberté n'était rien de plus qu'une version moderne de l'impérialisme missionnaire chrétien.

C'est son modèle anticolonialiste, avec l'hypothèse fondamentale que les Etats-Unis n'ont aucun droit de critiquer les non-Occidentaux, qui a formé la politique étrangère de l'administration Obama. C'est son modèle anticolonialiste qui a amené Obama à ne pas soutenir les protestataires pro-occidentaux qui cherchaient à renverser le régime iranien à la suite des élections présidentielles truquées de 2009.

Comme Obama l'a exprimé, à l'époque : « Il est improductif, étant donné l'histoire des relations des Etats-Unis avec l'Iran, d'être perçus comme commettant une ingérence, le président des Etats-Unis s'ingérant dans les élections iraniennes ».

Et c'est ce modèle anticolonialiste qui a guidé la cour qu'Obama a faite aux régimes syrien, turc et iranien, et son manque de volonté de venir en aide au mouvement du 14 mars au Liban.

De plus, puisque ce modèle affirme que les griefs du monde non occidental envers l'Occident sont légitimes, la politique d'Obama au Moyen-Orient est fondée sur l'opinion que la meilleure façon d'avoir un impact sur le monde arabe est de se joindre à sa campagne contre Israël. C'était le thème central du discours d'Obama devant un auditoire dominé par les membres des Frères Musulmans au Caire, en juin 2009.

Comme le modèle pro-démocratique, le modèle anticolonialiste est narcissique. Alors que les champions de la démocratie occidentale croient que tout le monde est né avec les mêmes valeurs démocratiques libérales, les post-colonialistes croient que les non-Occidentaux ne sont rien de plus que des victimes de l'Occident. Ils ne sont responsables d'aucune de leurs pathologies parce qu'ils ne sont pas des acteurs. Seuls les Occidentaux (et les Israéliens) sont des acteurs. Les non-Occidentaux sont des objets, ils ne peuvent pas être tenus pour responsables, quoi qu'ils fassent, parce qu'ils sont totalement contrôlés par des forces qu'ils ne maîtrisent pas.

Par définition, les anticolonialistes doivent toujours soutenir les forces les plus anti-occidentales, comme étant « authentiques ». A la lumière de l'alliance de 30 ans entre Moubarak et les Etats-Unis, il paraît sensé que le président Obama prenne d'instinct le parti des protestataires.

Nous y voilà. La stratégie politique des Etats-Unis à l'égard de l'Egypte est dictée par l'irrationalisme narcissique de deux parties s'opposant à un débat politique qui n'a rien à voir avec la réalité.

Ajoutez-y la préoccupation électorale d'Obama pour apparaître comme étant du bon côté de la justice et nous avons une politique des Etats-Unis totalement en opposition avec les intérêts des Etats-Unis.

Cela représente un défi décourageant, peut-être insurmontable pour le reste des alliés arabes autoritaires des Etats-Unis. Jusqu'à présent, en Jordanie et en Arabie Saoudite, des populations rétives ont craint de s'opposer à leurs dirigeants parce que les Etats-Unissoutiennent ces régimes. Maintenant que les Etats-Unis abandonnent leur plus important allié et prennent le parti de leurs pires ennemis, les Hashémites et les Saouds ne paraissent plus aussi puissants dans leur rue arabe. On peut en dire autant du leadership koweitien et des forces politiques proaméricaines en Irak.

Pour ce qui est d'Israël, le comportement de l'Amérique envers l'Egypte devrait conduire à mettre de côté l'idée qu'Israël peut faire davantage de sacrifices territoriaux dans des régions comme les Hauteurs du Golan et la Vallée du Jourdain en échange de garanties de sécurité des Etats-Unis. Le comportement des Etats-Unis aujourd'hui – et le fait qu'ils jettent Moubarak par-dessus bord est le signe assez clair qu'on ne peut se fier aux garanties desEtats-Unis.

Comme l'a écrit le Professeur Barry Rubin cette semaine : « Il n'y a pas de bonne politique pour les Etats Unis concernant le soulèvement égyptien, mais l'administration Obama pourrait bien adopter quelque chose qui soit proche de la pire des options ».

Malheureusement, étant donné le manque d'idées du débat américain en matière politique étrangère, il est probable que cette situation ne fera qu'empirer.

 

Caroline B. Glick

© The Jerusalem Post

 

[Article aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne, le 4 février 2011, par Menahem Macina, sur le site France-israel.org