Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Caroline B. Glick

Israël traité comme une république bananière, Caroline B. Glick
05/02/2011

The Jerusalem Post

Texte anglais originel : "Israel as the banana republic", 21 janvier 2011

Adaptation française : Sentinelle 5771

Sur le site Isranews.com, 21 janvier 2011

glick-thumb.jpg


Aussi longtemps que Livni restera puissante et fidèle à son projet, des forces du gouvernement des Etats-Unis, méprisant l'Etat juif, pourront se sentir à l'aise.

Deux documents rapportés cette semaine ont jeté une lumière troublante sur l'attitude du gouvernement des Etats-Unis à l'égard d'Israël. Le premier est une déclaration sous serment de 27 pages pour un mandat de recherche du FBI daté de 2004, ciblant le lobbyiste de haut niveau à l'AIPAC à l'époque, Steve Rosen, publié mercredi dans le Washington Times. Le second est un télégramme secret du Département d'Etat divulgué par WikiLeaks, d'octobre 2008, signé par la secrétaire d'Etat d'alors, Condoleezza Rice, ordonnant aux fonctionnaires des Etats-Unis d'espionner Israël. Tous deux indiquent que, dans certains domaines du gouvernement américain, Israël est considéré, au mieux, comme une république bananière et, au pire, comme un ennemi des Etats-Unis.

Le texte de la déclaration sous serment du FBI dirigé contre Rosen montre clairement que le FBI n'a aucune raison particulière de suspecter qu'il était agent israélien ou nuisait à la sécurité nationale des Etats-Unis. Les activités de Rosen pendant son mandat de lobbyiste de haut niveau à l'AIPAC, décrites dans cette déclaration : rencontres avec des officiels du gouvernement, des journalistes et des diplomates israéliens, étaient précisément le type d'activités que les lobbyistes à Washington pratiquent de manière régulière. Malgré cela, le FBI a suivi Rosen pendant cinq années et l'a mis en examen ainsi que son collègue de l'AIPAC, Keith Weissman, pour des accusations de trahison, accusations portées selon la Loi, presque oubliée, de 1917, sur l'espionnage. L'enquête du FBI et le procès qui suivit ont nui à la réputation de l'AIPAC, détruit la carrière des deux hommes, et causé un dommage incommensurable à la réputation de l'Etat d'Israël et de ses partisans juifs américains. Qu'il ait fallu cinq ans au Département de la Justice pour abandonner ces accusations scandaleuses témoigne de la force de l'engagement du FBI dans la criminalisation des défenseurs juifs américains d'une puissante alliance entre les Etats-Unis et Israël.

Ensuite, il y a le télégramme secret de Rice. Quelques jours avant les élections présidentielles de 2008, la secrétaire d'Etat donna instruction aux diplomates des Etats-Unis en Israël, au Liban, en Jordanie, en Egypte et en Arabie saoudite, ainsi qu'à la DIA et à la CIA, de mener une opération massive d'espionnage contre Israël. La recherche d'information couvrait tous les aspects du système politique, de la société, des infrastructures de communications d'Israël et de Tsahal.

Concernant Tsahal, par exemple, on demandait entre autres choses, aux diplomates et aux espions de collecter du renseignement sur les opérations militaires planifiées contre les Palestiniens, le Liban et la Syrie, et d'enquêter sur l'attitude des commandants militaires. On leur disait aussi de rassembler de l'information sur « les unités, l'équipement, les niveaux de maintenance, l'entraînement, le moral et la préparation opérationnelle de Tsahal ; les tactiques, les techniques et les procédures pour mener une contre-insurrection classique et non conventionnelle et les opérations antiterroristes de Tsahal ; ainsi que sur l'évaluation, par Israël, de l'impact du service de réserve dans les territoires sur l'état de préparation de Tsahal ». De même pour les dirigeants politiques, entre autres choses, Rice donnait consigne aux diplomates et aux espions de « fournir une information détaillée sur les plans du gouvernement ; les influences sur les politiques ; la manière dont les politiciens décident de lancer des frappes militaires ; ce que les dirigeants israéliens pensent des Etats-Unis ; et bien plus encore ».

Rice recherchait aussi de l'information sur divers aspects de la société israélienne. Elle donna consigne aux diplomates et aux espions des Etats-Unis de collecter de l'information sur tout, depuis « l'information sur les motivations concernant une augmentation de l'émigration d'une population israélienne hors d'Israël », jusqu'à une information détaillée sur les « colons » israéliens en Judée, Samarie et sur les Hauteurs du Golan. Concernant les « colons », entre autres choses, Rice voulait de l'information sur « les divisions entre divers groupes d'implantation ; des détails sur les budgets et subventions liés aux implantations ; les relations des pionniers avec l'establishment politique et militaire, y compris leur lobbying et les méthodes d'implantation ».

Rice manifestait aussi un vif intérêt pour tous les détails liés aux infrastructures des communications, militaires et non militaires, d'Israël. Par exemple, elle ordonna aux officiels américains de collecter de l'information sur « les spécifications actuelles, les faiblesses, les forces, et les améliorations prévues, en matière d'infrastructure nationale des télécommunications, de réseaux, et de technologies utilisées par le gouvernement et l'armée, le renseignement et les services de sécurité, et le secteur public ».

Enfin, Rice demandait des données personnelles sur les dirigeants israéliens. Elle voulait « leurs numéros de téléphone officiels et personnels, les numéros de fax et adresses courriel des principaux dirigeants civils et militaires ».

Par comparaison, le premier aspect frappant du scandale d'un espion israélien fabriqué par les Etats-Unis, d'un côté, et leur opération massive d'espionnage contre Israël de l'autre, c'est l'hypocrisie choquante de tout cela. Mais l'hypocrisie n'est pas la vraie question. Celle que démontrent les documents, c'est que les Etats-Unis mènent une politique profondément hostile à Israël malgré un soutien massif du public américain en faveur d'Israël. Et donc, alors que les deux tiers des Américains soutiennent Israël, une minorité de l'establishment du gouvernement des Etats-Unis traite Israël avec haine et mépris. Et la question se pose de la manière dont cette minorité parvient à s'en sortir.

Une partie de la réponse a été révélée cette semaine, suite à la décision du ministre de la défense, Ehud Barak, lundi dernier, de quitter les rangs du Parti Travailliste. Pour comprendre comment les deux questions sont liées, il est important de comprendre la détresse du Parti Travailliste depuis l'absence du processus de paix avec l'OLP en 2000.

Depuis que le processus de paix a pris fin avec le début de la guerre terroriste palestinienne en septembre 2000, l'immense majorité des Israéliens ont considéré la stratégie politique du Parti Travailliste de compromis à tout prix, comme dangereuse et erronée. Résultat : depuis 2000, la politique du Parti Travailliste a été marginalisée. La situation n'a fait qu'empirer pour le Parti Travailliste depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas et la victoire aux élections palestiniennes organisées à la suite du retrait unilatéral de Gaza en 2005.

Malgré le fait que sa stratégie politique soit extrêmement impopulaire, deux facteurs ont permis au Parti Travailliste de continuer à se présenter comme un parti essentiel pour le gouvernement.

Le premier facteur, ce sont les médias. Comme cela a été leur pratique depuis la naissance de l'Israël moderne, depuis la disparition du processus de paix, les médias ont aidé les membres du Parti Travailliste en diabolisant la Droite, et les politiciens de Droite et en particulier le Likoud. Oeuvrant main dans la main avec les politiciens de Gauche, les médias ont mené une politique personnelle de destruction des dirigeants de l'aile droite. En diabolisant les des gens comme le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, et le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, ils ont rendu le coût du soutien au Likoud et à la Droite trop lourd à porter pour beaucoup d'Israéliens.

Dans le même temps, les médias complotaient avec la Gauche pour présenter les dirigeants de celle-ci comme des hommes d'Etat audacieux, héroïques, doués et responsables. En maintenant d'autorité le contenu de leur politique en dehors de la discussion et en concentrant le débat sur des attaques personnelles et des symboles, les médias sont parvenus à maintenir les dirigeants de Droite sur la défensive et ont fait office de bouclier pour les politiciens de Gauche contre des attaques importantes concernant leur stratégie politique radicale.

La seconde raison pour laquelle le Parti Travailliste a été capable de conserver son costume de Parti de gouvernement est qu'il a bénéficié du soutien énergique du Département d'Etat américain et des gouvernements européens, qui ont, l'un et l'autre, soutenu sa politique radicale.

Jusqu'à la formation du gouvernement Netanyahou, il y a deux ans, le Parti Travailliste était le Parti politique favori du Département d'Etat. Les dirigeants travaillistes, de Shimon Pérès jusqu'en bas de l'échelle, étaient l'objet d'attentions et de considérations constantes. En retour, les dirigeants travaillistes étaient trop heureux d'aider les Américains et les Européens à cacher leur hostilité fondamentale envers Israël en proclamant que leurs stratégies politiques anti-Israël étaient en réalité une politique pro-Israël.

C'est ainsi qu'en 2003, les dirigeants du Parti Travailliste ont activement comploté, avec le Département d'Etat, pour préparer la fameuse « Feuille de route » pour une paix israélo-palestinienne, malgré l'opposition à ce plan du Premier ministre d'alors, Ariel Sharon.

L'importance du Parti Travailliste a remonté en flèche avec la formation du Parti Kadima, à la fin de 2005. Composé de membres du Likoud à coloration gauchiste récente, menés par Sharon et des anciens de la Gauche du Parti Travailliste comme Pérès, Kadima a hérité du costume du Parti travailliste comme nouveau Parti dirigeant de Gauche. Le Parti Travailliste a été en mesure de maintenir son importance pour les Etats-Unis en rejoignant la coalition d'Olmert et en défendant une stratégie politique encore plus radicale que celle défendue par Olmert et Livni.

Mais ensuite, le Likoud et la Droite ont gagné les élections de 2009. Kadima, dirigé par Livni, est allé dans l'opposition, et le Parti Travailliste, dirigé par Ehud Barak, a rejoint la coalition.

En tant que chef de l'opposition, Livni est devenue encore plus bruyante dans la défense de la politique de la Gauche radicale et du gouvernement Obama. Livni a clairement et carrément fait retomber sur Netanyahou la culpabilité de l'absence de processus de paix et des relations amères entre Israël et l'administration Obama.

Pour sa part, Barak a été mis dans une position intenable. Pour justifier son partenariat avec Netanyahou, il a œuvré étroitement avec le gouvernement Obama et a fait un lobbying actif auprès de Netanyahou pour faire prévaloir les positions favorites des Etats-Unis. Le gouvernement Obama l'a récompensé en le recevant à Washington et en le louant ouvertement comme son « ministre des Affaires étrangères » favori.

Mais, du fait du radicalisme de son propre Parti et de l'hostilité de l'administration Obama envers Netanyahou, Barak n'a jamais été en mesure de donner pleine satisfaction, que ce soit à son Parti, ou aux Américains. Il n'a jamais été capable de se placer à la Gauche de Livni.

Selon le journal Haaretz et les dirigeants du Parti Travailliste, qui se sont opposés à Barak, la fin de partie pour Barak est survenue fin décembre [2010] avec la publication, par Haaretz, d'un rapport affirmant que le gouvernement Obama s'était fâché contre Ehud Barak en raison de son incapacité à convaincre Netanyahou de prolonger le gel de la construction juive en Judée et Samarie pour une période supplémentaire de 90 jours. Selon Haaretz, Livni avait remplacé Barak comme politicien israélien favori du gouvernement Obama.

Depuis la publication de l'article, Ehud Barak ne pouvait plus maintenir la contradiction entre la stratégie politique radicale du Parti Travailliste et ses prétentions au statut de parti dirigeant. Sans soutien américain, il était impossible de maintenir la cohésion du Parti Travailliste.

C'est pourquoi, quand il annonça sa rupture avec le Parti Travailliste lundi dernier, Ehud Barak expliqua que ce Parti était devenu un Parti radical, foyer des post-sionistes qui considèrent que seul Israël doit porter la responsabilité de l'absence de paix. Les post-sionistes l'ont rejeté quand il a perdu son soutien international, de sorte qu'il ne pouvait plus aller nulle part, sauf dans les bras sionistes de Netanyahou, qui l'attendaient

Voilà pourquoi également Livni et le parti Kadima ont si durement attaqué Barak. Dans un entretien à la Radio de l'Armée, lundi dernier, Livni, dont la carrière politique est due uniquement à sa décision de trahir les électeurs du Likoud, a qualifié la rupture de Barak avec le Parti Travailliste « d'acte le plus dégueulasse » de l'histoire [d'Israël]. Plus important, la femme qui prétend que Netanyahou est le seul coupable de l'absence de paix avec les Palestiniens et qu'il a tort de ne pas s'incliner face à toutes les exigences des Etats-Unis, a protesté : « Que Barak traite de post-sionistes ceux qui veulent la paix, c'est inouï ». Cela nous ramène à la chasse aux sorcières anti-Israël du FBI et au télégramme d'espionnage de Rice.

Barak a perdu sa capacité de servir de marionnette à l'aile anti-Israël du gouvernement des Etats-Unis parce qu'il était incapable tant de servir Netanyahou que de le renverser. En mettant la pression sur Ehud Barak pour qu'il réalise l'impossible, les officiels anti-Israël du gouvernement des Etats-Unis ont provoqué, par inadvertance, la disparition du Parti Travailliste.

Cependant, avec Kadima dirigé par Livni, ils peuvent garder courage. Leur soutien à Livni la renforce. Grâce à cela, Livni est capable de garder le contrôle du plus grand Parti de la Knesset.

Aussi longtemps que Livni restera puissante et fidèle à son projet, les forces du gouvernement des Etats-Unis qui méprisent l'Etat juif, pourront dormir tranquilles. Bien que la majorité des Américains veuillent que leur gouvernement soutienne Israël, protégés par Kadima, ces officiels du gouvernement des Etats-Unis seront en mesure de poursuivre une stratégie politique qui traite Israël avec le mépris dont on fait preuve à l'égard d'une république bananière.


© Caroline B. Glick

 

[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 24 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org