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Michèle Alliot-Marie plongée dans la réalité palestinienne, Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach
05/02/2011

Texte repris du site Ashkel.info, 23 janvier 2001

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A l'occasion de son premier voyage à Gaza, ce 21 janvier 2011, la ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a pu se convaincre du mode particulier de fonctionnement des Palestiniens. L'accueil, plus que discourtois, n'a pas été à la hauteur de l'honneur dû à son rang : huées, jets d'œufs et de chaussures sur les voitures blindées du cortège français, et, pour bloquer sa voiture, deux enfants, en pleurs et terrorisés, ont été allongés devant les roues des 4x4 des Nations Unies transportant la délégation, avant d'être récupérés par leur famille quelques minutes plus tard. La conseillère française pour le Moyen-Orient, Valérie Hoffenberg, a également été blessée par l'envoi d'un projectile. Cet épisode devrait être grandement instructif pour la ministre des Affaires étrangères, en ce qu'il révèle tous les aspects de la société palestinienne avec ses incohérences, sa violence, ses préjugés et ses raisonnements à l'emporte-pièce.

La première réalité (pour ceux qui n'en seraient pas parfaitement convaincus), tient à la pleine et entière souveraineté des Palestiniens sur la bande de  Gaza. Ils y élisent démocratiquement les personnes chargées de les représenter, emploient librement les fonds alloués pour leur budget (et ce, sans contrôle), et décident seuls de qui peut ou non pénétrer sur leur territoire. S'agissant de la ministre française des Affaires étrangères, elle n'était pas la bienvenue. Des  Palestiniens ont donc brandi une pancarte sur laquelle figurait sa photo barrée d'un trait rouge avec la mention : «get out of Gaza» (sors de Gaza). Bien évidemment les Palestiniens disposent également de forces de sécurité pour rétablir l'ordre et qui ont aidé le convoi à repartir.

Par ailleurs, la société palestinienne, d'une extrême sensibilité, exploite la moindre information - peu importe sa véracité - pour déchaîner passion et haine à l'endroit d'autrui. Le jour de la visite de Michèle Alliot-Marie, l'emportement palestinien était la conséquence des propos tenus par le père du soldat franco-israélien Guilad Shalit (enlevé le 25 juin 2006 par un commando palestinien), qui a réaffirmé le 20 janvier 2011 : « détenir un otage sans le laisser rencontrer des représentants de la Croix-Rouge est un crime de guerre ». Or, le service arabe de la radio israélienne a attribué ces propos à la ministre française, alors que ces mots ne sortaient pas de sa bouche. Une fois encore, les Palestiniens ne se sont pas inquiétés du sérieux de l'information et ont laissé libre cours à leurs débordements de haine et de violence, sans même s'intéresser aux intentions de la ministre.

Notons également l'absence de dimension morale dans l'analyse palestinienne des actes à l'origine d‘un emprisonnement. Les Palestiniens reprochent à la ministre sa partialité dans le traitement de la situation du soldat franco-israélien, Guilad Shalit, et de celle des prisonniers palestiniens détenus dans les geôles en Israël. Aussi, sur l'une des pancartes, était-il inscrit : « Il y a Guilad Shalit, mais aussi 8000 prisonniers palestiniens ». Le porte parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, a rejeté la qualification de crime de guerre, retenue pour Guilad Shalit, et déclaré : «nous exhortons la France à revoir sa position qui ne sert pas le rôle qu'elle joue dans la région». Ce faisant, les Palestiniens mettent en parallèle le cas du soldat israélien et  celui des prisonniers palestiniens, alors qu'Israël est un Etat de droit, où les personnes arrêtées ne le sont pas de façon arbitraire, mais uniquement en raison de leur participation à un acte qualifié de crime ou de délit. Elles bénéficient de la présomption d'innocence, du respect du droit de la défense et enfin, de conditions de détention compatibles avec les principes de dignité, avec un accès aux soins, le bénéfice de visites et un certain confort. Pour sa part, l'enlèvement d'une personne (ajouté à l'absence d'information sur les conditions de sa détention), qu'elle soit militaire ou non, est qualifié de crime dans les pays démocratiques. Les deux situations ne peuvent donc en aucun cas être mises en parallèle.

Sur ce point, et comme autre réalité du conflit, on peut citer le traitement de l'information par les services de presse en France. Dans leur manière d'évoquer l'incident, la question n'a pas été de savoir si l'enlèvement d'une personne (et l'absence de nouvelles la concernant pendant plus de quatre ans et demi), était ou non un crime de guerre (ou un crime tout court), mais bien celle d'avoir attribué un propos à la ministre Michèle Alliot-Marie alors qu'elle n'en était pas l'auteur. A cet égard, les titres sur le sujet ont bien souligné l'absence de solidarité française dans cette qualification retenue par le père du soldat. Un éminent quotidien national a titré « MAM chahutée à cause d'un malentendu », pendant qu'un autre évoquait « des propos qui lui ont été attribués par erreur au sujet du soldat israélien Guilad Shalit », quant au troisième, il évoquait encore : « les manifestants reprochent à MAM des propos qui lui ont été attribués à tort ».

Une autre réalité locale tient aux contre-vérités, tant juridiques qu'historiques, soutenues par la communauté internationale. Ainsi, et pour tenter de rassurer sur ses intentions, Michèle Alliot-Marie a avancé : «On connait très bien notre position qui est d'être opposés aux colonisations», tout en réaffirmant son attachement aux frontières  de 1967 comme base des négociations de paix. En réalité, Michèle Alliot-Marie qui est docteur en droit, et ancien maître de conférences à l'Université de droit de Paris I, sait parfaitement que la ligne d'armistice avec la Jordanie de juin 1967 n'a jamais constitué les frontières de l'Etat palestinien. Plus précisément, en droit international, les Palestiniens ont été reconnus dans les années 60 comme constituant une « nation » avec cette particularité de ne disposer d'aucun territoire, véritable exception parmi les nations reconnues par l'Onu. Il est donc juridiquement impossible d'inventer, de façon rétroactive, les frontières d'un Etat qui n'a jamais existé. D'ailleurs, et s'il est vrai qu'au cours des années 60, les Palestiniens ont caressé  l'espoir de disposer d'un Etat, ils n'y sont pas parvenus. Leur tentative d'assassiner le roi Hussein de Jordanie, le 1erseptembre 1970, a avorté  et provoqué une réaction musclée des Jordaniens contre les fedayins de l'Olp, à l'origine de milliers de morts palestiniens (septembre noir 1970) et de l'expulsion, en juillet 71, de Yasser Arafat et de ses combattants au Liban. Leur refus de respecter la souveraineté jordanienne s'est donc soldé par un massacre, non par les frontières d‘un Etat palestinien de 1967.

Enfin, parmi les positions controversées de la ministre, il est possible de citer son appel à la levée complète du blocus du territoire peuplé d'1,5 million d'habitants, dont 85% dépendent de l'aide internationale : «Le blocus de Gaza engendre la pauvreté et nourrit la violence. Au nom des valeurs de liberté et de dignité que nous avons en partage, la France appelle Israël à y mettre fin». Il est étrange qu'en contrepartie, la ministre n'ait pas appelé les Palestiniens à renoncer à leur  projet d'anéantir Israël, toujours au nom des valeurs françaises de liberté et de dignité.

Les réalités juridiques et historiques n'ont décidément rien à voir avec la réalité palestinienne. Après avoir reconnu l'Etat palestinien de Gaza contre renonciation à la lutte armée, seront discutées les frontières de l'Etat palestinien de Cisjordanie.

 

Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

 

© 2010 aschkel.info et © 2010 lessakele

 

Mis en ligne le 23 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org