Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Bayefski

Jusqu'où l'antisémitisme peut-il aller trop loin ? Par Anne Bayefsky
05/02/2011

The Jerusalem Post

Texte anglais original: "How much anti-Semitism is too much?", 15 janvier 2011


Traduction française : Menahem Macina

bayefsky.jpg


De récents incidents qui ont eu lieu aux Nations Unies, montrent que la plupart des diplomates ne savent pas où mettre la limite lorsqu'ils laissent les discours de haine traîner en longueur, sans quitter les lieux.

De récents télégrammes diffusés par WikiLeaks révèlent que des diplomates onusiens sont aux prises avec une question épineuse : jusqu'où l'antisémitisme d'inspiration onusienne peut-il aller trop loin ? A l'origine, l'ONU a été édifiée sur les cendres du peuple juif, et c'est aux victimes de l'Holocauste qu'elle doit ses fondements en matière de droits de l'homme. Dans l'ONU d'aujourd'hui, comme nous le savons, des diplomates sont agglutinés dans le hall jouxtant l'Assemblée générale et, « écouteurs aux oreilles », ils tentent d'évaluer la durée du discours de haine que ceux qui sont à l'intérieur supporteront avant de quitter les lieux.

Le thème spécifique du télégramme (de WikiLeaks) émanant de hauts fonctionnaires américains à Stockholm, était un discours du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. La Suède occupait alors la présidence tournante [de l'Union Européenne], et il incombait aux diplomates suédois de décider à quel moment Ahmadinejad franchissait les "lignes rouges" convenues. Ce qui se produisit, c'est que quelques membres de l'Union Européenne quittèrent les lieux, tandis que les Suédois restaient à leur place. Selon le télégramme, les Suédois furent gênés par l'« embarrassant manque de coordination de l'Union Européenne » - mais pas par le fanatisme diffusé mondialement par le puissant porte-voix de l'Union Européenne.

Ce qui a perturbé les Européens pourrait être le b a ba de la théorie du complot juif. Ahmadinejad a utilisé sa tribune à l'ONU pour décrire les Juifs comme

« une petite minorité [qui] domine la politique, l'économie et la culture de la majeure partie du monde par ses réseaux compliqués, et a créé une nouvelle forme d'esclavage […] pour réaliser ses ambitions racistes ».

Pourtant, cela n'a fait quitter leur siège qu'à 11 des 192 membres de l'ONU, dont les Américains, Israël ayant choisi de ne pas assister au discours.

Cinq mois plus tôt, en avril 2009, Ahmadinejad était monté à une autre tribune fournie par l'ONU, à Genève, et s'était mis à nier l'Holocauste, affirmant que le « régime sioniste » avait été créé « au prétexte de la souffrance juive ». Et de récidiver, lors de la conférence (sur l'antiracisme) dénommée "Durban 2" :

« Le terme sionisme personnifie le racisme qui recourt faussement à la religion et abuse des sentiments religieux pour cacher sa haine et sa face hideuse ».

Cette fois, Le Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, Navi Pillay et le Secrétaire général, Ban Ki-moon, étaient restés collés à leur siège. Auparavant, neuf Etats, dont les Etats-Unis et Israël, avaient décidé de boycotter la séance, tandis que le reste des Etats européens et quelques autres s'étaient levés tardivement pour sortir.

En septembre 2010, Ahmadinejad profita d'une invitation à New York pour suggérer que les attentats du 11 novembre 2001 étaient un crime commis de l'intérieur,

« des éléments au sein du Gouvernement américain avaient orchestré l'attaque » au bénéfice du « régime sioniste ».

A cette occasion, six pays, dont les Etats-Unis, se dirigèrent vers la sortie. Israël avait estimé d'entrée de jeu qu'il ne valait pas la peine d'être présent.

Le jeu des chaises musicales n'est pas la seule réponse à l'antisémitisme qui a ses quartiers à l'ONU. La grande majorité des assistants écoutent attentivement et beaucoup applaudissent. Il arrive que personne ne bouge du tout. Le 8 juin 2010, le représentant syrien prononça une allocution devant le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU :

« Israël […] est un Etat fondé sur la haine […] Permettez-moi d'évoquer un refrain chanté par un groupe d'enfants dans un autobus en Israël, je cite : "De mes dents, je vous arracherai la peau. De ma bouche, je sucerai votre sang". »

L'administration Obama, qui avait décidé de faire partie du Conseil, avait un délégué présent, mais ni lui, ni quelque autre membre du Conseil ne bougèrent. Des officiels de l'ONU, qui interrompent systématiquement tout propos qu'ils estiment insultant pour les Etats arabes, ne dirent pas un mot.

A l'évidence, des années d'antisémitisme sous l'égide de l'ONU ont tué la sensibilité des démocraties. Les 29 et 30 novembre 2010, l'Assemblée Générale des Nations unies a parrainé sa Journée de Solidarité de l'ONU avec le Peuple Palestinien, par les habituels points anti-Israël à l'ordre du jour.

De la scène centrale de New York, via la Libye et la Syrie, fut émis ce qui suit :

  • « Le Sionisme est, en réalité, la pire forme de racisme » ;
  • « Le cancer des implantations dans les territoires palestiniens » ;
  • « Israël dévoile et dresse sa face hideuse » ;
  • « Le nom d'Israël est devenu synonyme de mots tels que : agression, meurtre, racisme, terrorisme ».

De nombreux Etats ont exprimé leur opposition à la « judaïsation » - terminologie onusienne pour le crime de [la présence] de tout Juif dans un territoire arabe. Ils ont crié au « massacre », à l' « apartheid », à l' « épuration ethnique », au « génocide », au « racisme », à la « brutalité », aux « crimes contre l'humanité », à la « torture », au « meurtre de sang-froid » et à la « barbarie » d'Israël. Cette culpabilité aurait débuté « il y a plus de 60 ans », c'est-à-dire, avec la création d'Israël.

Les auditeurs n'auraient eu aucune difficulté à discerner que la fiction d'un Etat juif cancéreux, avec ses hideux occupants juifs assoiffés de sang, était de l'antisémitisme. Mais pas un pays n'a bougé. Le marteau onusien [du président de séance] n'a pas interrompu les intervenants. Il n'y a eu que les amabilités consistant à remercier et à saluer Monsieur le Président et Monsieur l'Ambassadeur, et les excellences et distingués délégués.

Au terme d'une année de deux poids, deux mesures, de discrimination et d'incitation à la haine, 80 pour cent des résolutions de l'Assemblée Générale critiquant des pays précis pour leurs violations des droits de l'homme s'adressaient à l'Etat juif. Seuls six des 191 membres des Nations unies, dont les Etats-Unis, ont été l'objet de critiques en matière de droits de l'homme. Et maintenant, la moitié des résolutions et décisions condamnant des pays spécifiques, adoptées par le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, prennent pour cible Israël.

Cette année sera la pire, car le Siège des Nations unies se prépare à accueillir, en septembre, le premier sommet des « chefs d'Etat et de Gouvernement » sur le racisme. Dénommé « Durban 3 », d'après son célèbre homonyme de 2001, qui eut lieu à Durban, en Afrique du Sud, il a pour but de « mobiliser la volonté politique […] à la mise en œuvre, intégrale et efficace, de la Déclaration de Durban ». Cette déclaration accuse Israël de racisme sans mettre en cause aucun autre Etat.

Contrairement à Durban I et II, auxquels peu de dirigeants mondiaux assistèrent, Durban 3 a l'intention de constituer une occasion en or pour Ahmadinejad et Cie, et promouvoir l'idée que le sionisme est un racisme. D'une tribune de New York, quelques jours après le dixième anniversaire des attentats du 11-Septembre, [ces gens] enseigneront la tolérance aux Américains. Alors que le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, a refusé d'être présent, Obama hésite encore.

En juin 1979, le Pape Jean-Paul II effectua un pèlerinage de neuf jours en Pologne, que l'on peut voir dans un film récent et émouvant, intitulé "Neuf Jours qui ont Changé le Monde". Avec la puissance de la foi et de la conviction morale, [le pontife romain] appelait des millions de gens au changement, mettant l'empire soviétique sens dessus dessous. Quel contraste avec les représentants de l'Union européenne d'aujourd'hui, qui se cachent dans les couloirs de l'ONU, avec leurs écouteurs, et avec l'administration Obama, embarrassée, qui se demande si elle ira ou non [à l'assemblée de Durban 3] !

Où sont les dirigeants du monde de notre temps, prêts à relever le défi et à condamner, avec la puissance de la foi et de la conviction morale, un empire onusien, héritier de la vision d'Eléonore Roosevelt, et devenu si hostile à nos valeurs les plus chères?


Anne Bayefsky

 

© The Jerusalem Post

 

* L'auteure est directrice de l'Institut Touro des Droits de l'Homme et de l'Holocauste, et membre permanent du Hudson Institute.

 

[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 22 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org