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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

M. Hessel est obsédé par Israël, par Richard Prasquier
05/02/2011

Article publié dans Libération du 21 janvier 2011

Mardi, Libération publiait un texte de plusieurs ex-élèves de l'Ecole normale supérieure qui protestaient contre l'annulation d'un débat-conférence de Stéphane Hessel, prévu dans les locaux de l'ENS, notamment sur la question du boycott d'Israël. Le texte mettait en cause Richard Prasquier, président du CRIF, qui s'était réjoui de son annulation. Richard Prasquier explique ici pourquoi il s'est opposé à la tenue de cette conférence et pourquoi le boycott d'Israël lui semble «illégal». Dans un autre texte, le Syndicat de la magistrature, qui devait être représenté au débat, déplore que, depuis une circulaire de février 2010, les procureurs poursuivent systématiquement les militants appelant au boycott des produits israéliens.

Richard Prasquier explique ici pourquoi il s'est opposé à la tenue de la conférence dans les locaux de l'ENS.


Texte repris du site du CRIF, 21 janvier 2011

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Photo : D.R.

 «Dans cette conférence, il ne s'agissait pas de soutenir le boycott, mais de débattre de la liberté d'expression, en particulier autour de la question israélo-palestinienne…», écrivent les signataires de la tribune publiée par Libération le mardi 18 janvier. Ben voyons ! Cet intitulé respectable avait peut-être été proposé à la direction de l'Ecole normale supérieure : mais ce n'aurait été qu'un faux. Car les affiches publiées sur Internet ne laissaient aucun doute : il s'agissait, autour de Stéphane Hessel, de soutenir les militants «persécutés» du collectif BDS, à savoir Boycott, désinvestissement, sanction.


Persécutés par qui ? Par la loi. Poursuivis et pas persécutés. On appréciera le décalage de sens. Car la loi française est claire, et les tribunaux ont constamment condamné les partisans du boycott. La seule exception est une procédure annulée pour un vice de forme, et c'est indûment que BDS se targue de ce résultat pour invoquer une incertitude dans la loi. Et lorsque M. Hessel est venu réclamer du ministre de la Justice de ne pas poursuivre les partisans du boycott, et qu'il a laissé entendre, dans son blog – à tort, je pense –, qu'il avait trouvé en lui une oreille sympathisante, pourquoi personne ne s'est-il alarmé de cette pression peu admissible sur les pouvoirs publics pour les inciter à ne pas faire respecter la loi ?

Israël est la cible unique de ce boycott et M. Hessel, qui s'identifie lui-même à la défense universelle des droits de l'homme, a fait de la détestation d'Israël une véritable obsession. N'est-il pas baroque qu'il n'ait jamais trouvé motif à boycotter la Syrie de M. Assad, la Libye de M. Kadhafi, ou la Birmanie des généraux ? Le boycott ne serait pas illégal, nous dit-on, ce sont les implantations qui le sont. La résolution du Conseil de sécurité de novembre 1967, dans sa version anglaise de référence, autorise des modifications par rapport aux lignes de cessez-le-feu de 1948. Sujet essentiel dans la négociation israélo-palestinienne que nous appelons de nos vœux.

Les cibles du boycott sont des produits commercialisés par la société israélienne Agrexco. On dit qu'ils proviennent des «colonies». En fait, seul 1% dûment identifié, est originaire de la Cisjordanie. 99% proviennent de l'Israël aux frontières d'avant 1967. Un peu moins d'ailleurs : Agrexco commercialise depuis trente ans, à la satisfaction des producteurs locaux, fraises et fleurs, depuis Gaza. En réalité, le boycott est illégal, mensonger, et il nuit à ceux qu'il prétend soutenir. Ce n'est pas un outil de critique, c'est un instrument de délégitimation d'Israël, qui vise le seul Etat démocratique de la région. Est-ce cela qu'il faut promouvoir à l'université ?

Quant à la liberté d'expression, qu'est-ce d'autre que la possibilité d'exprimer des opinions divergentes ? Admirons la pluralité du casting annoncé autour de Stéphane Hessel :

  • une déléguée de Palestine active à Bruxelles,
  • une députée arabe israélienne particulièrement outrancière envers Israël,
  • un militant juif israélien qui fait de la haine du sionisme sa raison de vivre,
  • et un magistrat, fer de lance du boycott.

Il se serait agi, en réalité, d'un meeting politique et non d'un débat contradictoire : est-ce le rôle de notre université d'en être le réceptacle ? L'ENS a eu, l'an dernier, un avant-goût de cette liberté d'expression, lors d'un débat sur la philosophie du sionisme, interrompu aux cris de «sales sionistes» et «assassins d'enfants». Injures et menaces proférées, à n'en pas douter, par ceux-là mêmes qui, cette fois, s'apprêtaient à faire la leçon.

Que ceux-là osent invoquer la liberté d'expression rappelle ces dictatures qui se prétendaient des démocraties populaires. Toute ma vie témoigne de mon attachement à la pluralité des expressions, indispensable au progrès humain dans tous les domaines. Je n'ai pas de leçon à recevoir de M. Hessel, qui dit que les dirigeants du Hamas sont modérés et que les roquettes sur Sderot sont des «jeux d'enfants». Je m'étais ouvert au ministre, au cabinet du recteur et à d'anciens normaliens, pour savoir s'ils partageaient ma stupéfaction devant l'incongruité de cette entreprise. Je n'ai rien exigé, mais j'ai approuvé l'annulation de cette réunion de propagande, prise par la direction de l'ENS. J'ai alerté, ce qui est mon rôle le plus strict.

Devant cette offensive parée des oripeaux des bons sentiments, l'heure est à la vigilance démocratique et citoyenne. Au cœur de la république, le Crif n'y faillira pas. Ce sont les sectaires qu'il faut boycotter.

 

© CRIF

 

[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 21 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org