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Éditorialistes

Angélisme et trompe-l'œil, Jacques Brassard
05/02/2011

Sur le Blog de l'auteur, 4 février 2011

Comme vous tous, par les temps qui courent, je regarde à la télé les manifestations gigantesques qui ont lieu en Tunisie d'abord, en Égypte ensuite, et même en Jordanie et au Yémen. Les images nous montrent des foules qui hurlent leur colère, et des régimes autoritaires qui vacillent et se lézardent.

Évidemment, comme toujours dans ces cas-là, des reporters dépêchés sur les lieux recueillent les commentaires enfiévrés des manifestants et mettent en relief le désir de liberté et l'aspiration à la démocratie. À TVA comme à Radio-Canada, les reportages tendent tous à montrer et à démontrer qu'il s'agit d'une révolution, c'est-à-dire d'un renversement de régime, et dont l'issue quasi inéluctable sera la naissance d'une démocratie véritable. Et les reporters de s'extasier béatement devant la ferveur et l'enthousiasme des manifestants, convaincus d'être les accoucheurs d'un État libre et démocratique.

Or, il y a beaucoup d'angélisme et une approche jovialiste chez les reporters, de même que chez les chefs d'État et ministres occidentaux, dans leur évaluation des évènements, supposément révolutionnaires qui se déroulent dans cette région du monde. De l'angélisme et une compréhension superficielle de ces convulsions qui secouent des régimes autoritaires qu'on croyait immuables.

Car, voyez-vous, dans toute cette immense partie du monde, la démocratie n'a jamais existé. Il n'y a jamais eu de régime qu'on aurait pu désigner comme étant démocratique. Jamais ! Par conséquent, il n'y existe aucune culture démocratique. Toutes les valeurs qui sont la substance d'une démocratie - état de droit, libertés reconnues et constitutionnalisées, système judiciaire indépendant du pouvoir politique, pluralisme politique, alternance pacifique en matière d'accession au Pouvoir -, toutes ces valeurs n'ont jamais pris racine dans ces pays.

Quand le communisme s'est effondré en Europe de l'est, les peuples concernés ont été en mesure, après avoir balayé leurs dictatures, de renouer avec une expérience et une culture démocratiques antérieures à la mise en place des régimes totalitaires par Staline. Dans le monde arabo-musulman, ce n'est pas cela du tout. La démocratie ne fait pas partie du vécu historique de ces peuples. Sauf au Liban, où vit une importante communauté chrétienne. Mais, aujourd'hui, la démocratie libanaise est chose du passé. Le Hezbollah, organisation islamiste et terroriste, commanditée et armée par la mollahcratie iranienne, a fait main basse récemment sur l'État libanais par un véritable coup d'état. Adieu, démocratie !

En fait, le seul et unique État pleinement démocratique de cette partie du monde, c'est Israël. Une authentique démocratie ! Ce qui d'ailleurs ulcère et pousse au mensonge tous les Amir Khadir de ce monde.

Ceux qui s'imaginent que les régimes qui remplaceront les autocraties de Tunisie, d'Égypte et d'ailleurs, seront meilleurs et plus favorables à la liberté et à la démocratie se font des illusions. Ils sont bernés par des trompe-l'œil.

« Dans les conditions qui prévalent en Égypte, écrit Stéphane Juffa, de Metula News Agency, si l'armée perdait la main, tous les indices montrent que le nouveau régime serait encore moins démocratique et plus répressif que celui de Moubarak. Avec, en prime, un risque de voir les Frères Musulmans, principale force organisée en dehors de l'armée, s'approcher du trône pour ne plus le lâcher.»

C'est ça la réalité sociopolitique de ces pays. Ce sont tous des pays musulmans, et l'Islam qui y domine, ce n'est pas l'Islam modéré que l'on souhaite en Occident (d'ailleurs, existe-t-il vraiment ?), mais l'Islam radical, extrémiste, l'Islam de la charia intégrale, l'Islam anti-occidental et antisémite, pour qui la liberté est un vice et la démocratie, une tare.

Dans de telles circonstances, la politique d'Obama est carrément irresponsable et dangereuse. Son angélisme de gauche risque d'avoir des conséquences désastreuses pour l'Occident tout entier. Il fait preuve d'un messianisme imbécile. Il se voit comme un accoucheur de démocratie dans un pays où elle n'a jamais existé. Et pour la faire naître, il croit utile de larguer son allié Moubarak. Exiger des élections dans un pareil chaos, ça ne peut que reproduire, mais à grande échelle, ce qui s'est passé dans la bande de Gaza : l'accession des barbus obscurantistes au pouvoir. N'oublions pas que le Hamas est une branche des Frères Musulmans.

Si l'Égypte bascule dans l'islamisme, les Américains (et l'Occident) ne perdront pas seulement leur principal allié dans cette partie du monde, mais ils vont se retrouver face à un camp islamo-totalitaire (Iran, Syrie, Gaza, Liban) puissamment renforcé par l'inclusion du pays qui contrôle le canal de Suez.

Voilà pourquoi Caroline Glick, l'analyste toujours lucide et pénétrante du Jerusalem Post, qualifie

« la réponse des Etats-Unis aux événements d'Égypte, comme étant irrationnelle, irresponsable, catastrophique, stupide, aveugle, traîtresse et terrifiante ».

Voilà qui n'est guère ambigu !

Caroline Glick nous rappelle par ailleurs qu'un sondage de juin 2010 révélait que 59% des Égyptiens déclaraient soutenir les islamistes, que 82% soutiennent la lapidation des adultères, 82% approuvent le fouet et la main coupée pour les voleurs, et 84% acquiescent à l'exécution de tout musulman qui change de religion. Merveilleuses conditions d'implantation de la démocratie, n'est-ce pas? 

Attention, je ne suis pas en train de vous dire que je ne suis pas démocrate et que j'ignore que le régime Moubarak est corrompu et despotique.

Je dis simplement que le fait de larguer un allié ne conduira pas à l'instauration inévitable d'une démocratie et aura plutôt pour effet non seulement de favoriser l'arrivée au pouvoir des islamistes anti-occidentaux et antisémites, mais également de précariser les alliances avec d'autres États de la région (Arabie, Yémen, Jordanie et même l'Irak) et d'accentuer l'insécurité et l'encerclement de la seule démocratie de toute cette partie du monde, Israël.

Jimmy Carter, qui est sans doute le pire président américain du XXe siècle, porte une très large responsabilité dans l'apparition d'un régime totalitaire islamiste en Iran. Il a laissé tomber le régime du Shah (qui, il est vrai, n'était pas très exemplaire sur le plan démocratique) pour se retrouver avec un régime bien pire encore.

Aujourd'hui, Obama le Messie est en voie de surpasser Carter en aveuglement et en angélisme, car il aura perdu comme alliés le Liban, la Turquie et l'Égypte, consolidant ainsi l'aire d'influence de la tyrannie des Mollahs.

C'est le nabot frénétique de Téhéran qui doit se frotter les mains!


© Jacques Brassard

 

[Texte repris par Aschkel.info et aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 5 février 2011, par Menahem Macina, sur le site Debriefing.org