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Contentieux palestino-israélien

L'Etat hébreu peut-il négocier avec une Autorité Palestinienne qui trahit les dogmes inculqués à son peuple, Bertrand Ramas-Muhlbach
05/02/2011

Texte repris des Blogs Aschkel.info et Lessakele.

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Pour © 2010 aschkel.info et © 2010 lessakele


Ce 25 janvier 2011, la chaîne arabe d'information Al Jazzera, (associée au quotidien britannique The Guardian), a publié « the Palestine Papers », soit 1684 documents officiels palestiniens, concernant ce que la chaîne qatarie, coutumière des doubles-jeux, dit être les dessous des négociations israélo-palestiniennes au cours des 12 dernières années. Ces documents indiquent clairement que les responsables de l'Autorité Palestinienne ont tenu un double langage : en interne, le discours restait d'une extrême intransigeance alors que dans la communication avec les responsables israéliens, les concessions offertes paraissaient considérables.

Ainsi, et pour ce qu'il en est de Jérusalem, les responsables palestiniens ont toujours affirmé à leur peuple ne jamais renoncer à un pouce de la « ville sacrée ». Pour autant, et de son côté, le négociateur palestinien Erekat a déclaré le 30 juin 2008 (au cours d'une réunion avec l'ex-ministre des Affaires étrangères Tipzi Livni), accepter renoncer à la plus grande partie de la ville (en ce compris le Mont du Temple, le quartier arménien de la Vieille Ville et Sheikh Jarrah, quartier arabe de Jérusalem situé sur la route du Mont Scopus) : « Ce n'est pas un secret que nous avons proposé dans notre carte, de vous offrir la plus grande Yourshalayim (Jérusalem, en hébreu) dans l'histoire, mais nous devons discuter le concept d'al-Qods», propos une nouvelle fois confirmé le 15 janvier 2010 en présence de David Hale, l'adjoint de Georges Mitchell. On apprend d'ailleurs que la discussion concernant le statut du Mont du Temple (l'esplanade des mosquées) est étrangère à la philosophie palestinienne concernant les supposés « lieux saints de l'Islam », mais semble surtout uniquement dictée par le souci d'assurer la survie politique de l'Autorité palestinienne.

Ainsi, a-t-il reconnu le 1er octobre 2009 (en présence de l'émissaire spécial américain Georges Mitchell) : « L'inquiétude à propos d'al Qods orientale (Jérusalem-Est), en fin de compte, est politique et liée à la pérennité de l'Autorité palestinienne. Si nous fermons les yeux sur ce genre d'arrangement, les conséquences seront graves sur l'Autorité palestinienne et sa direction». Clairement, il est préférable, pour la survie de l'Autorité Palestinienne, de ne parvenir à aucun accord plutôt que d'exclure Jérusalem des négociations, ce qu'a encore rapporté le négociateur palestinien Khaled Al Joundi le 1er septembre 2009. Qu'en émerge-t-il, sinon le refus de donner, ensuite, corps à l'objet de ces discussions?

Cette trahison des dogmes inculqués aux Palestiniens [alors que toute l'éducation de masse va exactement en sens inverse!] concerne également la renonciation au démantèlement des implantations à Jérusalem Est (à l'exception de Har Homa) dont les responsables palestiniens ont accepté le maintien sous souveraineté juive et leur annexion au sein de l'Etat hébreu. L'ancien Premier Ministre palestinien Ahmed Quorei a ainsi annoncé, le 15 juin 2008 : « C'est la première fois dans l'histoire que nous faisons une proposition comme celle-là alors que nous l'avions refusé à Camp-David». En contrepartie, il a simplement exigé le transfert, au profit des Palestiniens, d'un territoire équivalent [ce qu'on peut rapprocher des propositions d'Avigdor Lieberman]. S'est simplement posée la question de savoir qui verserait les fonds pour reloger les familles palestiniennes (550 personnes) menacées d'expulsion par les tribunaux israéliens. La réponse a été donnée le 13 octobre 2009, par le négociateur Saeb Erekat à l'émissaire des Nations Unies, Robert Serry : « C'est Salam Fayad qui doit payer les sommes d'argent aux familles, pas vous ni les Jordaniens ».

Ces concessions, en aparté, quant aux engagements donnés aux Palestiniens – qui bloquent tout progrès depuis 18 ans -, portent également sur l'exigence du soi-disant droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël. Le Président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a ainsi précisé, lors d'une réunion tenue le 24 mars 2009 : « Sur le nombre des réfugiés, il serait illogique de demander à Israël d'en prendre 5 millions ou même 1 million parce que cela signifierait la fin d'Israël » (un chiffre de 100 000 aurait été proposé). Pour autant, et dans le même temps, Mahmoud Abbas a toujours affirmé ne jamais renoncer à ce que les Palestiniens considèrent être un droit fondamental. Peuple ou partenaire, un des deux devra être trahi : le paradoxe veut qu'il soit logiquement impossible de négocier avec une entité non-démocratique, qui n'a que le mandat de la force de sa parole.

Enfin, et plus grave encore, d'un point de vue palestinien, le support de presse Al Jazzera, - qui, visiblement, a pour mission d'accentuer les clivages au profit de l'Iran -, a prétendu révéler que l'Autorité Palestinienne était informée du lancement de l'opération «plomb durcie» à Gaza en décembre 2008. Plus précisément, le Président de l'Autorité palestinienne aurait répondu : « Je n'ai pas l'intention de revenir à Gaza à bord d'un char israélien ». Ainsi, et ostensiblement devant les Palestiniens, Mahmoud Abbas condamne l'opération, ne se privant pas de la qualifier comme étant un crime de guerre en réclamant une condamnation internationale d'Israël, alors qu'il n'a rien fait pour l'empêcher, ni même averti ses compatriotes de l'imminence de son déclenchement…

La question peut donc légitimement se poser de savoir s'il est possible de faire confiance à des co-contractants qui opèrent dans la plus parfaite opacité, sans aucun mandat et qui trahissent les personnes qu'ils sont censés représenter, pour des motifs exclusivement personnels, ou de maintien fictif d'une structure gestionnaire et diplomatique. Les responsables palestiniens ont bien essayé, (sans véritablement convaincre), de soutenir que ces révélations participaient d'une conspiration destinée à éliminer le Président Mahmoud Abbas et son entourage, pour aider le Hamas à prendre le pouvoir. D'ailleurs, de nombreux Palestiniens eux-mêmes considèrent que les responsables de l'Autorité Palestinienne ne sont qu'un Cheval de Troie mis à la tête de l'Autorité palestinienne par les Américains et les Israéliens, dans le but d'exécuter le programme du “grand Israël”. Pour le Hamas, ils ont trahi leur peuple et doivent par conséquent quitter la scène politique. Pour certains adeptes du djihad, il s'agit d'un crime passible de la peine de mort, alors que d'autres, plus circonspects, avouent n'avoir jamais vraiment eu confiance dans les responsables de l'Autorité palestinienne. En tout état de cause, l'on voit mal comment négocier avec des personnes qui ne seraient pas considérées comme représentatives des engagements auprès des membres de leur peuple qui les ont, un temps, mandatés pour défendre leurs intérêts. Ceci nous ramenant aux élections “précipitées” de 2006, le Hamas étant le plus populaire.

Notons au passage, que ces publications ont également révélé l'absence de transparence dans les négociations, des responsables politiques de l'Etat hébreu. Ils auraient ainsi, non seulement, proposé le retour de 25.000 réfugiés palestiniens en Israël sur cinq ans, mais également des échanges de territoires, et le transfert aux Palestiniens du contrôle de quatre localités situées à cheval sur Israël et la Cisjordanie (refusé par les Palestiniens). Inversement, et dans un souci de réciprocité, il n'a pas été demandé à l'Autorité Palestinienne qu'elle accepte le droit au retour des juifs chassés de la bande de Gaza en 2005, sur les terres désertiques qu'ils occupaient et qu'ils exploitaient…

En tout état de cause, il semble difficile pour l'Etat hébreu de poursuivre des négociations avec une Autorité palestinienne dont les dernières déclarations appelant à reprendre le combat contre Israël témoignent d'ailleurs de l'absence d'intégrité intellectuelle. Mieux vaut donc laisser se dénouer les événements contemporains du monde de l'Islam qui devraient être grandement instructifs sur les positions futures à adopter. Dans le mouvement de contestation générale des dogmes autoritaires ou islamiques qui sclérosent toute avancée réelle, les Palestiniens pourraient bien, dans un avenir proche, se débarrasser eux-mêmes de leur propres dirigeants, à Gaza comme à Ramallah. Des consignes ont été données, de part et d'autre, pour empêcher toute expression de fraternité avec ce qui se passe dans le monde arabe, lui-même devant être d'une solidarité sans faille à l'égard de la Cause...


Bertrand Ramas-Muhlbach


Mis en ligne, le 4 février 2011, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org