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Éditorialistes

Gilles-William Goldnadel : « N'ayons pas peur de poser la question blanche », Interview de Patrice De Méritens
21/02/2011

Sur le site Le Figaro.fr, 21 févier 2011

[Des propos décoiffants, heureusement subversifs, formulés dans un style brillant et avec une maîtrise bienvenue de la langue française. Goldnadel n'est pas seulement un brillant pénaliste, c'est aussi un véritable homme de lettres et un critique éclairé de notre société. (Menahem Macina).]


Au terme d'un demi-siècle de macération historique, suivie d'une infinie repentance, l'homme blanc s'est mis à se haïr lui-même. Dans son nouvel essai, l'avocat pénaliste, Gilles-William Goldnadel, aborde la question de front. Démontant les schémas du terrorisme intellectuel de la bien-pensance, il nous livre les fruits de sa réflexion sans craindre de faire scandale.

Avec la Shoah et l'esclavage, la question juive et la question noire font partie de nos schémas mentaux. Mais que signifie la « question blanche» ?

Gilles-William Goldnadel - La question blanche n'est rien d'autre que la suite logique de l'idéologie victimaire dont nous souffrons depuis plusieurs décennies et, particulièrement, de la détestation pathologique et suicidaire de l'Etat-nation occidental, directement issue du choc médiatique de la Shoah. Non pas la révélation des crimes hitlériens à l'ouverture des camps d'extermination, en 1945, mais l'explosion médiatique à retardement, survenue au milieu des années 60, qui a produit un traumatisme énorme, émotionnel, tripal [lire : viscéral], au sein des chaumières chrétiennes occidentales. Le Chagrin et la Pitié [de Max Ophuls], les travaux de l'historien américain Paxton, sur Vichy, suivis, plus tard, du drame de l'holocauste scénarisé dans les films, ont provoqué une sorte de séisme dévastateur et fondateur. Le fameux «CRS-SS!» hurlé en mai 1968 par la première génération quasi-adulte qui venait de prendre en pleine face l'horrible révélation fut un lapsus symptomatique de la confusion qui régirait désormais les rapports sociétaux, culturels, politiques, nationaux comme internationaux. «Nous sommes tous des Juifs allemands!», se vantaient-ils en chœur. Dépassant de loin la critique sur la qualité d'étranger de Cohn-Bendit par Georges Marchais, ce slogan allait marquer la judéité imaginaire et souffrante dont ils se revendiqueraient désormais. Intéressant oxymore qui plaçait la victime et le bourreau dans la même proposition : comment l'inconscient collectif européen, longtemps convaincu de la supériorité de la civilisation blanche, pouvait-il admettre sans sombrer que celle-ci avait accouché de la barbarie suprême ? Pour continuer à vivre désormais sans Dieu, et sauf à soutenir que l'unique peuple allemand était à l'origine du Mal (ce qui serait revenu à adopter le mode de pensée du Führer stigmatisant les Juifs), il fallait bien faire porter l'infâme chapeau par la structure de l'Etat-nation moderne. A commencer par l'armée et la police. Mais, plus profondément et radicalement, c'est l'homme occidental qui serait désormais secrètement haï. Après la condamnation justifiée, mais devenue obsessive, du racisme pratiqué par les Blancs, nous voici ouvertement passés au racisme anti-Blancs. D'où la question blanche.

Les Blancs n'ont donc pas le monopole du racisme...

Loin de là ! Et personne, en vérité, n'a ce triste monopole. Ce qui n'empêche pas les belles âmes de vouloir faire croire le contraire. Si la traite transatlantique incombe aux seuls Européens, on se garde d'évoquer la traite négrière pratiquée par les Arabes depuis le VIIe siècle. Officiellement arrêtée en 1920, elle perdure à destination de certains pays musulmans, et cela dans l'indifférence la plus totale. Nous vivons en pleine amnésie. Qui ose se souvenir de l'esclavage pratiqué par les barbaresques ? Jusqu'au XIXe siècle, les chrétiens des côtes méditerranéennes pouvaient être capturés et mis en esclavage à Alger, à Tunis, à Tripoli, à moins, comme le dit Molière dans Les Fourberies de Scapin, que ce ne fût en Egypte : «Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?» Il n'y avait pas que les barbaresques : la devchirmé ottomane [voir Wikipedia], l'enlèvement systématique de jeunes chrétiens, convertis de force à l'islam, puis fanatisés, grossissait les rangs des janissaires. Les travaux de certains historiens en rendent compte, mais il demeure impossible de s'y intéresser explicitement dans les médias. Je me souviens d'un débat avec une éminence socialiste portant sur l'esclavage. Lorsqu'on lui a fait remarquer que la traite arabe n'avait rien à envier au commerce triangulaire en matière de crime contre l'humanité, elle a opté pour une discrétion de bon aloi, au motif qu'il ne fallait pas « désespérer les banlieues » ! Consternant.

Pas question d'évoquer le trafic pratiqué par les Africains eux-mêmes. Il suffit pourtant de lire les récits des voyageurs du XVIIIe siècle, les Noirs se capturant entre ethnies, s'entre-esclavagisant, ou vendant leurs frères aux Blancs pour la traite. Mais telle est notre schizophrénie : le racisme étant réputé être une invention blanche, l'esclavage ne saurait être commis par les autres. Corollaire : la souffrance ne peut être blanche. Comme l'explique le professeur américain Robert Davis, spécialiste de la traite barbaresque : la souffrance blanche est devenue pour l'intelligentsia une antinomie. Compassion interdite ! Revers de la médaille racialiste, la xénophilie est devenue outil de terrorisme intellectuel. Pour autant, avec les multiples massacres de chrétiens en terre d'islam, nous commençons à sortir de cette torpeur, de cette stupeur, de cette terreur qui nous paralysent. L'épouvantail du racisme et, particulièrement, de l'islamophobie que l'on ne cesse d'agiter devant nous est en train de perdre sa paille. Une bombe explosant dans une église copte ? Rien de nouveau sous le soleil aveuglant d'Orient. Cela fait des décennies qu'on liquide les chrétiens au Nigeria, en Malaisie, au Soudan. Sans oublier les carnages interethniques. Si l'évocation du racisme entre peuples de couleur est politiquement incorrecte, la véritable ignominie est de ne pas en parler. La souffrance noire n'intéresse que si elle est provoquée et commise par les Blancs. Les belles âmes se moquent de la souffrance des Noirs, dès l'instant qu'elles ne peuvent pas incriminer le Blanc détestable et détesté.

A l'origine de cette auto-flagellation, vous diagnostiquez une idéologie victimaire...

Oui. A mesure que l'on s'est éloigné de l'horreur nazie, de l'espace-temps des massacres, la médiatisation de la Shoah s'est accélérée. On ne se guérit pas d'un tel traumatisme, bien au contraire. S'est donc mise en place, au fil des dernières décennies, une idéologie victimaire qui a pris l'aspect d'une religion profane postchrétienne, avec à peu près les mêmes composantes, et dont l'élément central est la mort sur la croix. La Shoah vécue comme une sorte de nouvelle crucifixion du Juif en pyjama rayé. A l'instar du Christ, ce Juif ne sourit pas, il ne se plaint pas, il est sans défense, et nous aboutissons à une réconciliation dans un premier temps avec lui, qui était détesté depuis deux mille ans, puisque déicide.

Dans le cadre de cette nouvelle religion, qui a ses grands prêtres et ses grand-messes, on observe une déclinaison de saints et de démons. Dans le pavillon des saints, on admire le Juif mort, merveilleusement sacrifié, mais qui sera arraché de sa croix au lendemain de la guerre des Six-Jours, pour avoir trahi l'idéal postchrétien en prenant l'uniforme israélien. Les mêmes qui adorent le Juif en pyjama rayé, l'abhorrent en kaki. Et le voilà remplacé sur la croix par la victime palestinienne. Ainsi, dans le pavillon des saints, retrouvera-t-on toute une kyrielle de minorités souffrantes allant de l'étranger à l'immigré, au clandestin, jusqu'aux minorités sexuelles.

De l'autre côté, dans le panthéon sombre des démons, on repère la figure, à juste titre honnie, d'Adolf Hitler, puis de Pétain, puis, par un glissement certain des valeurs, du franchouillard et, pourquoi pas, de l'hétérosexuel. Dans un coin de ce panthéon négatif, on reconnaît clairement l'Israélien, le Juif vivant qui se défend, rendant coup pour coup à l'ennemi, quand ce n'est pas au décuple. On comprendra donc pourquoi l'homme blanc, sous forme de fantasme global, se retrouvera dans cette géhenne. Sondant l'inconscient collectif occidental hanté par le crime suprême commis par Hitler au nom de la race blanche, il est aisé de cerner les causes de notre haine intérieure et de notre auto-flagellation.

Le mot «race» peut-il encore être prononcé aujourd'hui?

S'agit-il ou non d'un gros mot ? Il est banni chez nous, alors qu'il fait librement partie du vocabulaire américain, expressément utilisé dans une optique antiraciste. Ne pas nier l'outil racial en matière de statistiques ou de lutte contre la discrimination - même si l'on n'approuve pas telle ou telle mesure - permet précisément de contrer le racisme. Or, en France, avec notre habituelle schizophrénie, on nous explique qu'il existerait une sorte de racisme sans races. La science laisse à penser que, si le concept a perdu une grande partie de sa validité sur les plans biologique ou anthropométrique, il n'en est pas de même sur le plan génétique. Mais, très largement en raison du traumatisme post-Shoah, on refuse d'en parler. A l'intérieur de ce non-dit, je repère la mauvaise querelle faite dernièrement au sociologue Hugues Lagrange pour avoir osé évoquer les critères ethniques en matière de violence au sein de l'immigration. L'initiative de ce chercheur, qui ne saurait être taxé de racisme et dont les opinions de gauche sont publiquement avérées, prouve que les mentalités changent. Sans pour autant freiner l'émergence de nouvelles aberrations : on veut bien parler désormais de la race noire, mais en creux. Pour expliquer toutes les discriminations qu'elle subirait...

Si bien que l'on déteste l'homme blanc sans jamais faire référence à son origine ?

Pas question en France d'aborder le domaine de la blanchitude ou de la blanchité - whiteness en anglais, concept des sciences humaines contemporaines, sociologie et anthropologie, permettant de penser le blanc comme une couleur de peau parmi d'autres. Le paradoxe est que j'ai moi-même vécu une sorte de métamorphose que je raconte dans un chapitre de mon livre intitulé : « Comment un petit Juif est devenu un Blanc fort détestable ». Je devais avoir 8 ans, je vivais à Gournay, en Normandie, je faisais du vélo. De temps en temps, un grand-père unijambiste venait prendre le frais dehors. C'était une sorte de garde-champêtre estropié de la guerre de 14-18, vieil antisémite qui délirait parfois. Comme je le titillais en lui rappelant qu'après tout, Jésus était juif, il me fixa et répondit doctement : « Non, il était de race blanche ». J'en ai tiré la conclusion qu'à l'époque, les Juifs n'étaient pas tout à fait blancs, et Jésus, pas tout à fait juif... Mais les décennies ont passé, les consciences se sont alourdies de la Shoah, il y eut parallèlement la montée en puissance d'Israël, et c'est ainsi que, dans le ressenti des peuples, Jésus, réconcilié avec la souffrance des Juifs, a pu se re-sémitiser - l'iconographie sulpicienne d'un Christ aux yeux bleus passant à une représentation purement sémitique après Vatican II, y compris au cinéma avec un Jésus parlant araméen - tandis que les Juifs devenaient des Blancs à part entière. Sans doute les événements historiques sont-ils plus prégnants pour un Juif que pour tout autre : au travers de la guerre des Six-Jours, de Mai 68, et des mouvements démographiques issus de l'immigration, je crois être passé, aux yeux de mes contemporains, du statut de métèque toléré à celui de Blanc détestable, avocat de la cause perdue de l'Occident. Israël, avec Tsahal, est devenu, pour son malheur, médiatique le dernier des maudits Blancs. Un Blanc au carré ! Le drame du Juif, c'est sa boiterie face à l'histoire : à l'époque du nationalisme triomphant, il était apatride, et voilà qu'à l'heure du « dé-nationalisme » il est celui qui défend, bec et ongles, un Etat-nation occidental. L'anachronisme juif ! Là est le vertige : j'ose suggérer que, pendant que le Blanc se faisait juif par tropisme victimaire, le Juif - l'Israélien et, par procuration, tous les autres -, se faisait blanc. Etre juif, pour moi, c'est savoir dire non, et ne pas céder à la mode intellectuelle. Dans les années 30, j'aurais été antifasciste. Dans les années 50, j'aurais été anticommuniste. C'est ainsi que, de manière clairement assumée, je soutiens que l'anti-gauchisme et l'anti-islamisme incarnent les humanismes obligés du XXIe siècle.

Quel lien faites-vous entre gauchisme et islamisme?

Dans le village-monde, ces deux produits totalitaires ont fusionné sur la toile dans une haine commune de l'Occident et de la judéité. Instrumentalisation très claire opérée par les post-trotskistes qui demeure assez largement en majesté dans les médias. L'un des exemples les plus flagrants, mais aussi dérisoires, est la façon dont Besancenot regarde avec concupiscence les gros bataillons de l'islam, comme une sorte de lumpenprolétariat propre à être utilisé. Ce n'est pas un hasard s'il est capable de nous dire que l'on peut être, sans contradiction, féministe et voilée...

Mais vous sentez un changement dans les mentalités ?

Les yeux commencent à se dessiller. Le terrorisme intellectuel ne fait plus peur, et dire la vérité ne relève plus d'une propension au suicide. Mais il faut demeurer lucide. La haine de l'Etat-nation a mis en place des valeurs différentes, notamment en matière de sécurité et d'immigration. L'Etat occidental n'est plus qu'un géant ligoté et émasculé dès lors qu'il entend user des prérogatives régaliennes qui fondent sa raison d'être. « La populace déchaînée, c'est la barbarie », disait Freud. Mais voici nos Etats-nations, remparts contre la barbarie, empêchés d'utiliser toute légitime violence - selon le mot de Max Weber - par une opiniâtre idéologie victimaire. Ainsi de la régulation des flux migratoires. Sitôt qu'il envisage des reconduites aux frontières, l'Etat voit son autorité remise en cause avec l'hyperbolique reductio ad hitlerum. Comparer le sort des Roms d'aujourd'hui avec celui des Roms et des Juifs d'hier revient, au reste, à un négationnisme par banalisation. Nous sommes ici au cœur de notre perversion intellectuelle.

On concevrait aisément qu'un franc débat s'instaure, où les partisans de l'ouverture absolue des frontières s'exprimeraient, mais ils s'en gardent bien, sachant que la majorité tient à la nation, au pays. Aussi n'y a-t-il pas débat, mais sournois et constant blocage des institutions, accompagné de glapissements de retour à un passé au goût de cendres. C'est au cœur de ce fantasme moralement et politiquement inacceptable que s'est construite l'idéologie immigrationniste que nous payons, en même temps que les immigrés.

En quoi les immigrés payent-ils cette situation?

Les Français se sont globalement bien conduits en matière d'immigration, de protection sociale et d'éducation, raisons pour lesquelles on veut tellement venir en France. Mais, si l'on n'avait pas déprécié à ce point notre population autochtone, les immigrés, notamment ceux de la nouvelle génération, n'auraient pas cru à cette propagande, et l'antagonisme qui prévaut aujourd'hui n'existerait pas. La difficulté vient de ce qu'il y a eu trop d'immigrés qui n'ont pu être intégrés ni assimilés au bon moment. Il y a une vraie responsabilité de la part de ces gens qui exigent l'entrée, immédiate et sans conditions, de tout immigré sur le sol national, le droit de stationner pour, la seconde d'après, se plaindre que le malheureux n'a pas le logement, la situation, le revenu et l'accueil qu'il mérite. Il y a là un mélange d'irénisme et d'hypocrisie dont les immigrés sont les premiers à payer la facture. Ils sont pris en otage, et la situation vire à l'aigre. On l'a vu dernièrement avec la querelle à propos des mosquées. Nous voici infectés de cette grave maladie du racisme ordinaire, dont le racisme anti-Blancs, que nous nous sommes inoculé nous-mêmes. Prendre conscience de la question blanche n'est nullement scandaleux. Le vrai scandale serait précisément qu'une telle réflexion puisse constituer un scandale.


Gilles-William Goldnadel *

 

* Avocat pénaliste, président d'Avocats sans frontières, président de France-Israël, et membre du comité directeur du Crif, est l'auteur de vigoureux essais politiques: « Le Nouveau Bréviaire de la haine » (2001) et « Les Martyrocrates » (2004). Il publie aujourd'hui « Réflexions sur la question blanche ».

 

© LeFigaro.fr

«Réflexions sur  la question blanche.  Du racisme blanc au racisme anti-blanc», par Gilles-William Goldnadel. Jean-Claude Gawsewitch éditeur. 300 p., 22,90€

 

Mis en ligne le 21 février, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org