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La mort brutale de l'Arche, pose d'autres questions, les réactions de R. Draï et L. Worms
28/02/2011

dimanche 27 février 2011


[Je reproduis ici, tel quel, l'article que vient de mettre en ligne le site JForum.fr. Il donne à penser. Dans un premier temps, j'avais, un peu vite, dans un message posté sur Facebook, exonéré le FSJU de ce naufrage, que j'attribuais à la crise économique qui frappe durement tant les entreprises que les citoyens. La réaction de Raphaël Draï m'amène à réviser ma position. En effet, j'ignorais ce dont il nous informe, à savoir, qu'un « nouveau projet [est] en cours [...] qui bénéficier[a] cette fois des moyens miraculeusement recouvrés d'un FSJU se faisant fort d'assurer la métamorphose "up to date" de L'Arche...»

Sauf erreur, cette mesure sonne comme un désaveu du remarquable travail du rédacteur en chef de L'Arche et de sa collaboratrice, et semble n'être guidée que par des considérations mercantiles. Ce qui frappe et, personnellement, me choque le plus, c'est la non-concertation que dénonce R. Draï. Si la chose est avérée, c'est là un comportement régalien qui considère ce magazine comme un "produit" non rentable, dont il convient d'abandonner la commercialisation pour le bien des finances de l'entreprise. Sans tomber dans l'angélisme irréaliste ni dans l'idéalisme forcené, il me semble que ce média communautaire de haut niveau mérite mieux que d'être victime de problèmes de rentabilité. D'autant que, à en croire R. Draï, des finances, il y en a, mais pour une autre formule, dont seuls quelques "happy few" savent et décident à notre place qu'elle sera plus convéniente... Peut-être le sera-t-elle, mais pour qui? (Menahem Macina).]


Le président du FSJU, Jacques Benichou, vient d'adresser un courrier à l'équipe du mensuel L'Arche. "Il nous semble opportun d'amorcer une réflexion sur le rôle de ce média auprès de ses abonnés et lecteurs, de son positionnement et de sa ligne éditoriale." écrit-il.

En fait, l'Arche doit mettre la clé sous la porte car il n'est pas rentable... Tous les destinataires de ce courrier s'indignent notamment de la manière plus que cavalière dont aura procédé le FSJU pour infliger le licenciement du comité de rédaction.

Cette mort brutale, pose bien des questions sur la manière dont on entend aussi gouverner les hommes et les politiques communautaires.

Le Fonds Social était jusqu'à présent à l'abri des polémiques. Le départ prématuré de David Saada n'était pas un bon signe, surtout avec la manière dont les choses se sont passées. Comme à leur habitude, certains avaient cru bon ne pas faire de vagues, et au prétexte fallacieux du "Chalom", qui est la forme convenue de l'omerta communautaire, avaient rangé leur courage bien au fond de leurs poches avec un bon gros mouchoir par dessus.

La gouvernance communautaire dans son ensemble mérite mieux, que la Communauté-spectacle, et le mépris des principes les plus élémentaires que sont le respect des hommes, de leur travail, et de ce qui fonde notre patrimoine génétique à savoir l'impérieuse nécessité de dignité, ce que les Arabes découvrent peu ou prou, et ce que certains tendent, chez nous, à oublier.

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Réponse sans équivoque de Raphaël Draï


A mes amis et amies de L'Arche,

Chers amis et amies,

Ce dimanche matin, j'éprouve le besoin de faire le point avant de prendre une décision.

Ces dix derniers jours, les uns et les unes après les autres, nous avons appris avec consternation que L'Arche en était à son dernier numéro et qu'au fond, tous ceux et celles qui devaient y écrire à l'occasion le feraient à titre nécrologique.

Cette consternation s'est redoublée du fait qu'aucune concertation n'avait été entreprise en temps utile par les responsables actuels du FSJU qui ont par là même notifié leur congé pur et simple à Meir et à Myriam auxquels nous lient une amitié née parfois depuis des décennies. Chacune et chacune de nous les ont assurés de la constance d'un pareil sentiment.

Et puis, ce vendredi, nous avons reçu, ex-post facto, une lettre-circulaire de la nouvelle direction du FSJU qui nous signifiait collectivement cette décision, confirmant par là même l'absence de toute concertation à ce propos mais qui, au surplus, nous prenait pour des benêts en tentant de rassurer la cantonade qu'il ne s'agissait que d'une « pause réflexive ». Le style bureaucratique associé au management manipulatoire venait de pousser une nouvelle fleur d'anthologie.

Car ensuite, dès samedi soir, nous apprenions par « Kesharim » ( « Les liens » – sic - ) qu'en réalité, un nouveau projet était en cours, toujours non concerté, qui bénéficierait cette fois des moyens miraculeusement recouvrés d'un FSJU se faisant fort d'assurer la métamorphose « up to date » de L'Arche ; L'Arche qui est devenue un bien public communautaire et qui ne se réduit pas à une nue propriété, matérielle et morale, de cette institution dont ses nouveaux dirigeants pourraient disposer de manière discrétionnaire. Il apparaît aussi que les pigistes aient des droits à faire valoir mais que ces droits resteront lettre-morte.

Toutes ces pratiques paraissent dénoter un manque de respect, individuel et collectif, inadmissible pour les hommes et les femmes de pensée et d'écriture que nous sommes, et au regard de ce que nous représentons en d'autres lieux encore.

Elles font preuve vis-à-vis de nos amis, Meir et Myriam, d'une brutalité qui n'est plus de mise, fût-ce à France-Télécom.

Elles conduiront à faire de L'Arche, où Meir, depuis prés de vingt ans, a su constamment nous réunir, en dépit parfois de nos divergences déclarées sur d'autres scènes, une « publication – maison » à visée « pédagogique ». Nous savons en effet parfaitement ce que signifie cette épithète, sorti du domaine de l'enseignement, pour l'exercice de la pensée. L'expérience montre enfin qu'un titre traumatisé de la sorte ne survit pas longtemps.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'est mise en cause la distorsion, dans nos institutions, entre les valeurs proclamées et les comportements, lesquels par leur cynisme et leur brutalité démonétisent ces valeurs complaisamment affichées. C'est pourquoi j'ai pris, pour ma part, la décision de ne collaborer d'aucune manière au projet qui semble se mettre en place après cette inconvenante manœuvre et ne ferai aucune proposition dans ce cadre.

Je suis disponible pour tout échange qui permettra de ne pas raréfier d'avantage l'espace éditorial dans la communauté juive de France, qui y préservera notre exigence de liberté et garantira que le fait accompli ne fasse plus loi de soi.

Avec toute mon amitié

Raphaël Draï

 

 

Questionnement et réflexions de Laurent Worms


À l'attention de M. Jacques Bénichou

Monsieur,

J'accuse réception de votre mail qui soulève quelques réflexions.

Vous nous annoncez que la parution de l'Arche est « suspendue » car il vous semble opportun d'amorcer une réflexion sur le rôle de ce média. Comment comprendre votre urgence d'interrompre la parution de l'Arche, alors que depuis plusieurs mois le Proche Orient et le monde arabe traversent une crise sans précédent dont l'issue, plus qu'incertaine, risque d'avoir de graves conséquences sur la place d'Israël dans le monde ?

La première réflexion n'aurait-elle pas plutôt suscité le désir de soutenir ce magazine, l'unique à assurer un contre poison face à la désinformation généralisée en France sur cette question.

L'Arche est le seul media de la presse écrite qui ait apporté de la lumière grâce au travail d'investigation professionnel, sérieux et objectif de Meïr Waintrater et de son équipe, au moment de l'offensive sur Gaza ou de l'arraisonnement de la flottille - dite de la paix - alors que la presse française se faisant l'écho des islamistes se déchaînait contre Israël. Et tant d'autres fois auparavant.

Dans votre brève missive, vous ne nous informez pas des raisons profondes et si urgentes qui ont fait prendre au FSJU cette décision brusque. Des raisons financières ? Dans ces conditions toutes les démarches ont-elles été réalisées pour trouver un équilibre financier, ou de nouveaux mécènes ? Est ce pour des raisons « rédactionnelles » ? l'Arche ne correspondant plus à certaines tendances idéologiques d'une partie de la communauté Juive au sein du FSJU ? La communauté devra-t-elle se contenter pour toute information et analyse de l'actualité des bulletins sommaires des différentes communautés religieuses ?

À ces interrogations légitimes, aucune ébauche de réponse ou d'explications dans votre lettre. Ce qui est bien regrettable. À plus forte raison quand il s'agit d'un titre de la qualité de l'Arche, unique porteur en France de la grande tradition de la pensée intellectuelle Juive.

En arrêtant l'Arche, une décision radicale - ne soyons pas naïfs, derrière votre langage patelin, il s'agit bien d'un arrêt définitif – Le FSJU prend une décision inopportune et semble-t-il, hélas, irréfléchie.

À l'heure actuelle, l'Arche est un outil indispensable pour assurer et diffuser une véritable information sur Israël et pour lutter contre l'antisémitisme actuel repeint d'anti-sionisme. Par ailleurs, en arrêtant l'Arche, vous privez la communauté Juive du dernier média de réflexion intellectuelle dont l'éthique est basée sur une pensée éclairée, l'ouverture d'esprit, si chères au judaïsme français issu de ses grands penseurs.

Que restera-t-il à la communauté juive pour s'informer ?

Avec désapprobation et regrets,

Cordialement,

Laurent Worms

 

[Article aimablement signalé par Bernard Musicant.]


Mis en ligne, le 28 février 2011, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org