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Israël (Chrétiens pour)

Les 'causes' du terrorisme, Annette Paquot - In memoriam
05/03/2011

Cet article a près de 5 ans d'âge. Si je le remets en course aujourd'hui, c'est non seulement parce qu'il n'a pas pris une ride, mais pour rendre hommage à l'auteure, décédée il y a trois années (voir l'hommage que lui a rendu Elias Levy en septembre 2008). Annette Pacquot était une femme belle et dotée d'une intelligence remarquable, mais aussi une femme de coeur, et une défenseuse intrépide de la vérité et de la justice. je ressens sa disparition comme une perte cruelle et irréparable. (Menahem Macina)
 
Tout, dans ce bref article, est dit avec une extrême économie de mots et dans un langage simple et limpide. On sent l'approche dépouillée de la spécialiste du langage, sans la sécheresse, voire la froideur, qui en sont souvent la rançon. Annette Paquot sait "déchiffrer", sur le palimpseste que nous en livre la presse, le texte original du "pacte" terroriste, rendu illisible au profane par les couches successives d''analyses' dont des 'spécialistes' de tout poil l'ont surchargé. Un guide sûr qu'il faut écouter. (Menahem Macina).
Article paru dans Le Devoir, 9 Juin 2006
Dans un éditorial sans ambiguïté et très ferme consacré aux suites de l'arrestation, à Toronto, des 17 personnes accusées de complot terroriste, et condamnant les pratiques religieuses extrémistes, Josée Boileau note avec justesse qu'«il est très agaçant de se faire dire que l'extrémisme est suscité par les stéréotypes ethniques véhiculés par ce qu'il faut bien appeler la majorité» (Le Devoir, 8 juin 2006).
Cette remarque pose la question des causes de l'extrémisme, du terrorisme, en général, et du terrorisme islamiste, en particulier. New York, Bali, Jérusalem, Madrid, Londres et maintenant Toronto : le terrorisme islamiste interpelle émotivement chacun de nous, qui sommes des cibles et ne voulons pas mourir. Il interpelle aussi notre raison. Nous sachant menacés, nous essayons d'évaluer l'importance et l'imminence de la menace, de définir sa nature exacte et, mettant notre raison au service de notre survie, de trouver les moyens d'y parer. 

Dans cette démarche intellectuelle, un des points auxquels s'attache le plus souvent notre réflexion est, tout naturellement, celui des «causes» du terrorisme. Comprendre, pensons-nous, c'est pouvoir reconstituer l'enchaînement des causes. Si elle y parvient, notre raison est satisfaite. Notre instinct de survie, lui aussi, est rassuré si nous pouvons répondre à cette question, car qui connaît les causes d'un phénomène peut s'y attaquer. Supprimer la «cause» du terrorisme, c'est briser cet enchaînement et donc pouvoir espérer échapper à la menace. 

Voilà ce qui explique, je crois, qu'on s'interroge, dans tant de forums publics et tant de conversations privées, sur les causes de ce phénomène. 


La logique de ceux qui attaquent
Cette question des causes, certains la posent fréquemment en s'attachant à ceux qui sont l'objet des attaques terroristes c'est-à-dire les Américains, les Britanniques, les Espagnols, les Israéliens, les Canadiens... bref, à nous, citoyens des démocraties occidentales, qui, à l'heure actuelle, sommes attaqués, ou à tout le moins menacés. Ils pensent que si les terroristes nous attaquent, veulent nous détruire, ou nous avoir à leur merci, c'est parce que nous sommes trop ceci, ou trop cela, parce que nous participons d'un système qu'ils réprouvent, ou parce que la politique que mènent certains de nos pays est orientée de telle ou de telle façon.
Mais il faut combattre cette façon de voir les choses. La cause du 11-Septembre ne se trouve pas chez les Américains, celle du terrorisme de l'Intifada ne se trouve pas chez les Israéliens, et celle du complot fomenté par les personnes récemment arrêtées à Toronto ne se trouve pas au Canada. La cause du machisme ne se trouve pas chez les femmes, celle de l'antisémitisme, chez les Juifs, celle du racisme contre les Noirs, chez les Noirs. La cause de l'Intifada ne se trouve pas dans l'occupation israélienne ni - a fortiori - dans la visite d'Ariel Sharon à l'esplanade des mosquées. Penser que la cause du terrorisme se trouve chez ceux qu'il attaque, c'est déjà donner raison aux terroristes, entrer dans leur logique et donc leur concéder un début de victoire. 

Même quand nous considérons les acteurs et reconnaissons que la haine et le mépris des femmes, des Juifs ou des Noirs se trouvent dans le coeur des machistes, des antisémites et des racistes, nous confondons trop souvent cause et motivation. Cette haine les pousse à agir mais ne constitue pas la cause de leur action. 


Responsables 

Il en va de même des terroristes : Dire que la cause du terrorisme réside dans le fait qu'ils sont pauvres, occupés, exploités, objets de préjugés négatifs, ou de discrimination, c'est ignorer que d'autres populations pauvres, occupées ou exploitées n'ont pas «produit» de terrorisme et qu'on peut subir la discrimination et les préjugés et lutter contre eux sans devenir terroriste kamikaze. En tant que sujets, ils sont responsables de ce qu'ils font et pourraient agir autrement. 

Oussama ben Laden aurait pu ne pas attaquer le World Trade Center, les terroristes palestiniens auraient pu ne pas faire sauter des autobus et des restaurants remplis de civils, et les jeunes Londoniens auraient pu ne pas mettre de bombes dans leur métro. Ces actes sont les réponses qu'ils ont choisi d'apporter à une situation donnée. 

Raisonner en fonction de causes fait l'impasse sur la responsabilité et sur la liberté. Penser un phénomène humain de façon aussi mécaniste nie aux acteurs leur pleine qualité de sujets responsables de leurs actes. Cela conduit aussi à une indulgence complaisante et dangereuse. 

Les terroristes agissent pour des raisons qui leur sont propres, ils sont inspirés par des motivations précises, et sans doute variées, et ils poursuivent des objectifs bien définis. Ni ces motivations ni les raisons qu'ils invoquent ne sont des causes. Ce n'est pas à leurs victimes d'assumer la responsabilité de leurs actions.
Annette Paquot *
© Le Devoir
* Annette Paquot, professeure titulaire à l'Université Laval, est membre du Conseil Editorial de l'ICRJ (voir notice ci-après).
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Texte aimablement communiqué par ISRANET *, Un service de L'I.C.R.J., l'Institut canadien de recherches sur le Judaïsme, Volume V, Numéro 238.

* Le Directeur d'ISRANET est le Professeur Frederick Krantz
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr-french@isranet.org
Internet : http://www.isranet.org/
Conseil Editorial
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Ori Bauer (Chercheur Associé, ICRJ)
Baruch Cohen (Directeur de recherches, ICRJ)
Jacqueline Douek (Assistante Directrice, ICRJ)
Jean-Claude Léon (Communauté Sépharade du Québec)
David Ouellette (Chercheur Associé; Journaliste, ICRJ)
Prof. Jean Ouellette (Univ. de Montréal)
Prof. Annette Paquot (Univ. Laval)
Edmond Silber (Chercheur Associé,ICRJ)
Mis en ligne le 14 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org

Update du 05 mars 2011