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A-Dura / France-2 (développements récents)

Le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et 'Actualité juive' condamnés pour avoir diffamé Jamal al-Dura
12/05/2011

Repris du Blogue de Véronique Chemla, 12 mai 2011


Le 29 avril 2011, la XVIIe chambre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a condamné le Dr Yehuda David, chirurgien, Clément Weill-Raynal, journaliste, et Actualité juive à payer solidairement 5 000 euros en dommages et intérêts à Jamal al-Dura pour l'avoir diffamé dans deux articles publiés en 2008. Le Tribunal a jugé diffamatoires des propos alléguant que, le 30 septembre 2000, ce Gazaoui avait participé à une mise en scène diffusée par France 2, puis avait imputé à tort à des tirs israéliens la mort de son fils Mohammed et ses anciennes blessures afin de berner l'opinion publique, et ce, avec la complicité de médecins palestiniens. Ce jugement laisse entières certaines questions, voire en suscite d'autres.

C'est un jugement de 13 pages à la motivation sévère, mais il ne convainc pas et ne clôt pas l'affaire al-Dura.

Des images aux blessures
L'affaire al-Dura a débuté le 30 septembre 2010, quand France 2 adiffusé le reportage de Charles Enderlin, son correspondant permanent à Jérusalem, déclarant en voix off sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma :

« Près de l'implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohammed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohammed est mort et son père gravement blessé ».

Jamal al-Dura a été filmé alité dans un hôpital à Gaza le 1er octobre 2000, puis à Amman (Jordanie) le 5 octobre 2000 lors de la visite du roi Hussein de Jordanie.
Une polémique a surgi rapidement sur l'origine des tirs - dès fin 2000, une enquête diligentée par le général israélien Yom Tov Samia, qui l'a confiée au physicien Nahum Shahaf, a exonéré Tsahal de toute responsabilité -, puis sur l'authenticité des faits allégués.
Le 23 octobre 2004, Talal Abu Rahma a filmé (13'04") Jamal al-Dura, à son domicile Gazaoui,  montrant les cicatrices censées remonter à l'incident du 30 septembre 2000. France 2 a diffusé ce film lors d'une conférence de presse le 18 novembre 2004 afin de mettre un terme à cette controverse.
Le 19 octobre 2006, la XVIIe chambre du TGI de Paris a condamné Philippe Karsenty, directeur de Média-Ratings, pour diffamation à l'égard de France 2 et de Charles Enderlin : il avait évoqué une « mise en scène » de ces images. Un jugement infirmé par la Cour d'appel de Paris qui a relaxé Philippe Karsenty le 21 mai 2008.
Les 4 septembre et 25 septembre 2010, Actualité juive a publié l'interview du Dr Yehuda David, chirurgien à l'hôpital Tel haShomer de Tel-Aviv, par Clément Weill-Raynal - article intitulé Les blessures de Jamal al-Dura existaient déjà en 1993 sans la moindre ambiguïté possible ! -, puis une réponse de ce journaliste à un droit de réponse de Charles Enderlin.
Le Dr Yehuda David y affirmait que Jamal al-Dura, victime en 1992, de blessures au couteau lors d'une rixe entre Palestiniens, avait d'abord été opéré dans la bande de Gaza : ces coups avaient sectionné les nerfs médian et cubital ; ils avaient induit une paralysie de la main droite. En 1994, le Dr David a opéré Jamal al-Dura à l'hôpital Tel haShomer de Tel-Aviv : pour restaurer la flexibilité des doigts de cette main droite, il a prélevé un tendon dans le pied et la jambe gauches du patient pour les transplanter dans sa main droite. Ce chirurgien a d'une part reconnu dans des cicatrices de Jamal al-Dura au pied et à la jambe gauches ainsi qu'à la main et à l'avant-bras droit les cicatrices de blessures originelles et celles de son opération, et d'autre part, il a mis en doute l'authenticité des faits allégués par Jamal al-Dura, en particulier l'imputation à des balles israéliennes d'autres blessures (artère fémorale).
Le 9 septembre 2008, le professeur israélien Raphaël Walden a écrit un "rapport" d'une page en se fondant seulement sur "le dossier médical de l'hospitalisation de Jamal al-Dura à l'Al-Hussein Medical City Hospital" d'Amman, le "1er octobre 2000". Il a énuméré les blessures de Jamal al-Dura selon leur localisation : "membre supérieur droit", "membre inférieur droit" et "membre inférieur gauche", en évoquant des "blessures par balles" dans les seuls deux membres inférieurs.
 
10 000 euros à verser à Jamal al-Dura
 
Le Tribunal n'a donc pas suivi les réquisitions de relaxe des prévenus proposées par Dominique Lefebvre-Ligneul, représentant le Parquet.
Il a condamné chaque défendeur à une amende de 1 000 euros, assortie d'un sursis total, et tous trois solidairement, à verser à Jamal al-Dura 5 000 euros à titre de dommages et intérêts, ainsi que 5 000 euros au titre de ses frais de justice.
Il a aussi ordonné la publication parActualité juive d'un communiqué sur ce jugement dans le mois suivant sa notification.
Il a débouté Jamal al-Dura du surplus de ses demandes.

Une diffamation établie
La diffamation est une « allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne » (article 29 de la loi du 29 juillet 1881).
Le Tribunal estime que les six passages incriminés de ces deux articles sont diffamatoires car ils allèguent que Jamal al-Dura a participé à un incident mis en scène et qu'il a rendu "des tirs émanant de l'armée israélienne" responsables de "blessures anciennes", dans le but de tromper l'opinion publique "en faisant croire que des blessures venaient de lui être infligées au cours d'une fusillade qui avait fait perdre la vie à son fils", et avec le concours de complices médecins palestiniens.
Poursuivis pour diffamation, les prévenus peuvent être relaxés s'ils prouvent la vérité des faits allégués - exception de vérité -, ou s'ils démontrent leur bonne foi.
La « preuve des faits diffamatoires doit être parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée ». Le Tribunal estime que celle des trois défendeurs ne l'est pas, et n'examine pas celle de Jamal al-Dura. Ainsi, il écarte des articles de presse et l'arrêt de la Cour d'appel de Paris de 2008 tançant Charles Enderlin au motif qu'ils ne "sont pas probants au regard des imputations dont la vérité est recherchée", ainsi que les témoignages de Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), et de Luc Rosenzweig, journaliste ayant enquêté sur l'affaire, car "ils n'ont pas permis d'établir la preuve recherchée par les prévenus". Quant à l'attestation du Dr Stéphane Romano du 7 juin 2010, certes, elle reconnaît que "l'aspect de la main et le handicap au membre supérieur de ce patient sont consécutifs à un traumatisme précédent son éventuelle implication dans la fusillade d'octobre 2000", mais "la description des blessures ne permet pas d'identifier celles qui proviennent des interventions précédentes et celles qui seraient nouvelles".
Par contre, le Tribunal retient le "document médical" que Jamal al-Dura "avait présenté lors de l'entretien télévisé du mois d'octobre 2004, ainsi que la capture d'écran du rapport médical (avec sa traduction) établi par les docteurs Ahmed Abdallah, Mohammed al Zaher et Hakem al Kadi, médecins de la cité médicale Al Hussein d'Amman en Jordanie, où il avait été hospitalisé le 4 décembre 2000", et qui "constate :  
- un état anémique grave dû à l'hémorragie;
- une double fracture (avec effritement osseux) au niveau de l'humérus droit;
- une fracture au niveau du bassin plus l'os de la "hanche droite";
- une section de l'artère, de la veine et du nerf au niveau de la cuisse droite (une intervention ayant été pratiquée dans la bande de Gaza);
- des blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes;
- d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit".
 
Ces "constatations distinguent clairement des blessures anciennes de la main droite d'autres blessures, dont il n'est pas dit qu'elles seraient anciennes et dont il y a lieu de croire, sur la foi de ce rapport, qu'elles auraient été constatées lors de l'admission de Jamal al-Dura à l'hôpital Al Hussein d'Amman".
 
Ces constatations "n'excluent nullement l'existence de blessures survenues postérieurement à l'intervention du docteur Yehuda David et ne permettent donc pas de rapporter la preuve des imputations diffamatoires".
 
Pour résumer cet extrait du jugement fondé sur un argument chronologique : sur la base de ce "rapport médical", les "constatations" lors de l'admission de Jamal al-Dura dans cet hôpital, "le 4 décembre 2000" ne permettent pas, selon le Tribunal, d'exclure l'hypothèse de blessures postérieures à 1994.
 
Sur la bonne foi, la jurisprudence requiert la réunion de quatre conditions : l'absence d'animosité personnelle, un but légitime, la prudence dans l'expression et une enquête préalable sérieuse.
 
Certes, le Tribunal reconnaît l'absence d'animosité du journaliste et du chirurgien à l'égard de Jamal al-Dura, ainsi que la nécessité d'informer sur un reportage ayant donné lieu à un "débat public et la polémique" et ayant généré une "affaire internationale particulièrement médiatisée", les "images de la mort du jeune Mohammed ayant fait le tour du monde et étant devenues emblématiques de la cause palestinienne".
 
Cependant, le Tribunal reproche au Dr David d'avoir manqué de prudence dans ses déclarations, de n'avoir pas examiné récemment Jamal al-Dura ni lu ses dossiers médicaux à Gaza et en Jordanie avant de s'exprimer sur certaines blessures. Quant à Clément Weill-Raynal, le Tribunal blâme son "engagement rédactionnel", son "acquiescement" aux propos du chirurgien, et une rétention d'informations à l'égard de celui-ci et des lecteurs, sans "donner au lecteur des éléments contradictoires lui permettant d'apprécier "la thèse de la mise en scène" développée".
 
Les trois défendeurs vont interjeter appel de leur condamnation.
 
Des avocats interrogés, seule Me Orly Rezlan, avocate de Jamal al-Dura, m'a répondu. Le 1er mai 2011, Me Orly Rezlan s'est réjouie de cette décision qui "reflète le contenu des débats à l'audience. Le docteur David a admis que son dossier médical ne pouvait expliquer les cicatrices les plus impressionnantes constatées sur le corps de Jamal al-Dura et en particulier, la cicatrice à l'aine... Il est ainsi démontré que les blessures de Jamal al-Dura ne préexistaient pas à la fusillade. Ce procès aura permis de poser à ce médecin des questions précises et de montrer les limites de son propos”.
 
Carences informatives et contradictions
Pourtant, le jugement laisse dubitatif par certaines assertions - notamment l'avis négatif sur l'enquête sérieuse menée par Clément Weill-Raynal -, ses contradictions et ses carences informatives, ainsi que ses partis pris non motivés : le Tribunal cite des déclarations officielles israéliennes anciennes (octobre et novembre 2000), mais non celles plus récentes, par exemple la lettre de la Direction nationale de l'Information auprès du Premier ministre, le 21 octobre 2010réfutant toute responsabilité israélienne dans la "mort de Mohamed al-Dura" ou les déclarations de Daniel Seaman, alors responsable du Bureau de presse gouvernemental (GPO), affirmant fin septembre 2007 au cabinet israélien d'avocats Shurat HaDin que "le cameraman Talal Abu Rahma a mis en scène tout l'incident" et précisant en 2008 que ce cameraman s'était vu "retirer sa carte de presse par le GPO" car il était impliqué "dans la mise en scène d'événements dans la bande de Gaza". On pourrait donc retourner au Tribunal le reproche de rétention d'informations qu'il adresse à Clément Weill-Raynal.
 
A cet égard, on comprend mal les louvoiements du gouvernement israélien entre deux thèses inconciliables : celle de la "mise en scène de l'incident al-Dura" et celle de la "mort de Mohammed al-Dura" selon "une forte probabilité" par des "balles palestiniennes". Il conviendrait qu'il fixe enfin sa position, et en tire toutes les conséquences.
 
Ce jugement du Tribunal suscite de nombreuses questions :

1. A quelle date Jamal al-Dura a-t-il été hospitalisé dans "la cité médicale Al Hussein à Amman en Jordanie" ?
            - "sur la foi" du rapport jordanien d'hospitalisation de Jamal al-Dura à Amman, le Tribunal écrit que ce patient y "avait été hospitalisé le 4 décembre 2000".
  
            - se fondant sur le "rapport médical d'hospitalisation" de Jamal al-Dura à Amman, le professeur Raphaël Walden mentionne, dans son "rapport" évoqué devant le Tribunal, une autre date d'hospitalisation : le "1er octobre 2000".
 
            - le film montré par France 2 devant la Cour d'appel de Paris le 27 février 2008 et sur son site Internet, indique que "le lendemain des faits", donc le 1er octobre 2000, "Jamal al-Dura est allongé sur son lit d'hôpital à Gaza" (11'13").
 
            - le rapport médical jordanien traduit par la MetulaNews Agency (ou Mena) est signé par les docteurs Issam Albshari, Mohamed Altihar et Hakim Alkadi. Il indique que Jamal al-Dura a été admis dans cet hôpital al-Hussein "le 1er octobre 2000, après avoir été transféré de la bande de Gaza, Camp de El Burej, des suites de blessures par balles deux jours avant son transfert", soit le 29 septembre 2000. Or, le reportage de France 2 sur l'incident al-Dura remonte au 30 septembre 2000.
 
            - Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Mena, a indiqué :

"en date du 26 novembre 2000, la Direction de la Coordination et des Liaisons de l'armée israélienne fait parvenir par courrier au chef de la Commission d'enquête sur les événements du 30 septembre 2000 à Nétzarim, Nahum Shahaf, un compte-rendu des "Mouvements de sorties à l'étranger de Jamal Mohammed Ahmed Dura – carte d'identité 942395930". Le rapport des mouvements de sorties est signé par Yekhezkel Dgani, le coordinateur de l'Enregistrement de la population – mirsham ha-okhluzinn -, l'administration israélienne en charge du Contrôle de l'Habitant. Le compte-rendu référence les cinq derniers mouvements de Jamal. Or, ce document mentionne spécifiquement que c'est le 4 octobre qu'A-Dura [Nda : "La carte d'identité israélienne et le rapport jordanien mentionnent Dura et A Dura, ce qui est équivalent", précise Stéphane Juffa] a quitté le territoire alors contrôlé par l'Etat d'Israël, au poste de l'aéroport de Dahanya, dans le sud de la Bande de Gaza".
 
C'est d'autant plus étrange qu'il ressortait des débats que Jamal al-Dura avait été hospitalisé une seule fois dans cet hôpital jordanien en 2000.
 
2. Quelles blessures ? Quelles cicatrices de quelles blessures ?
Il est regrettable qu'après les dix heures d'audience du 8 février 2011, et même en reprenant la teneur du "rapport médical" de trois médecins de l'hôpital Al Hussein à Amman, le Tribunal ne fournisse pas des données essentielles et indispensables : nombre, nature et localisation exacte des blessures de Jamal al-Dura attribuées aux tirs israéliens le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim. De même, manquent les comparaisons entre les blessures de 1992, celles opérées en 1994 et celles datant du 30 septembre 2000.
 
Selon le Tribunal, ce "rapport médical" jordanien évoque des "blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes". Par cette précision, ses trois auteurs ont donc opéré une distinction parmi toutes les blessures, vraisemblablement par souci d'informer précisément leurs collègues sur la spécificité de certaines blessures - "par balles" - et de guider le patient vers une prise en charge médicale adéquate pour chaque type de blessures.
A contrario, et ipso facto, les autres blessures constatées - "une double fracture (avec effritement osseux) au niveau de l'humérus droit, une fracture au niveau du bassin plus l'os de la "hanche droite", une section de l'artère, de la veine et du nerf au niveau de la cuisse droite (une intervention ayant été pratiquée dans la bande de Gaza)" et "d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit" - ne résulteraient donc pas de balles. Et elles ne pourraient donc pas avoir été causées par des balles israéliennes le 30 septembre 2000.
Poursuivons ce raisonnement respectueux du sens littéral du "rapport médical" rédigé par trois praticiens jordaniens :
- ce "rapport médical" jordanien exclut ipso facto toute nouvelle blessure "au niveau de la main droite" et toute nouvelle "section du nerf cubital droit". L'état de la main droite de Jamal al-Dura se trouve donc en l'état résultant de l'opération chirurgicale effectuée par le Dr Yehuda David dans un hôpital réputé de Tel-Aviv en 1994.
- pourquoi le bras droit jusqu'à la main de Jamal al-Dura, hospitalisé le 1er octobre 2000 à Gaza, est-il entouré d'un plâtre ou bandage taché de rouge (surtout au niveau de la main, 11'12'') ? Surtout si seul "l'humérus droit" a subi une "double fracture" ?
- quand "l'intervention à la cuisse droite" a-t-elle été pratiquée "dans la bande de Gaza" ? Et dans quel l'hôpital ?
- quid du petit rond sur la fesse droite de Jamal al-Dura présenté comme la cicatrice d'une "blessure par balle" du 30 septembre 2000, filmé par Talal Abu Rahma le 23 octobre 2004 (13'40'') et omis par ce "rapport médical" jordanien et par le Tribunal qui a vu ce film ? Admettons qu'un médecin de cet hôpital d'Amman n'ait pas vu cette "blessure par balle" sur la fesse droite de Jamal al-Dura. Mais trois !? Ces trois médecins de l'hôpital d'Amman ont-ils ausculté leur patient à son arrivée ou se sont-ils fiés au dossier médical de l'hôpital palestinien en s'en inspirant largement ? De quand date ce petit rond ? A l'audience, le Dr Yehuda David avait informé le Tribunal que des Palestiniens tirent une balle dans la fesse de ceux qui sont soupçonnés d'avoir collaboré avec l'Etat d'Israël.
- Combien de "blessures par balles" ? "Neuf" selon des "sources médicales palestiniennes". Le Tribunal évoque, "sur la foi" du "rapport médical" jordanien, "des blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes". Dans le film tourné par Talal Abu Rahma pour France 2 le 23 octobre 2004 sur les cicatrices provoquées par des "blessures par balles" le 30 septembre 2000, Jamal al-Dura dirige son index le long de tracés de ce qui semble de longues et fines cicatrices sur sa jambe gauche (13'47), puis désigne dans sa jambe droite ce qu'il présente aussi comme deux cicatrices de blessures : une petite zone que l'on peine à distinguer et qui semble au-dessous d'un rond foncé près du genou (14'22''), et un petit rond près du pied (14'28'') :
- Jambe gauche. Selon le "rapport" du professeur Walden, Jamal al-Dura a " deux blessures par balles" situées " au milieu et au tiers supérieur". Cependant, Jamal al-Dura désigne de son index ce qui semble des cicatrices qui parcourent sa jambe du genou jusqu'au pied, donc bien au-delà du "milieu" de la jambe (13'47''-14'19''). Le Dr Yehuda David affirme que certaines cicatrices datent de son opération chirurgicale en 1994.
- Jambe droite. Selon le "rapport" du professeur Walden, Jamal al-Dura aurait de "multiples blessures par balles" et une "blessure par balle au tiers supérieur du tibia". Jamal al-Dura ne désigne que deux zones de cicatrices de "blessures par balles". Pointée par l'index de Jamal al-Dura, la zone du petit rond près du pied droit apparaît dépourvue de plâtre ou bandage et sans aucune blessure le 1er octobre 2000 dans le film de France 2 (11'21'') ; elle ne peut donc pas correspondre à une blessure par balle israélienne le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Comment Jamal al-Dura a-t-il pu se tromper ? Reste donc une "blessure par balle au tiers supérieur du tibia". Cette prétendue cicatrice est peu visible, et la caméra de Tala Abu Rahma la quitte rapidement pour se déplacer vers le petit rond près du pied.
- Quels calibres de balles ? A la différence du "rapport médical" jordanien cité par le Tribunal, le "rapport" du professeur Raphael Walden ne distingue aucune différence de calibre dans les balles censées avoir blessé Jamal al-Dura. Comment des balles de même calibre, provenant du même endroit, tirées par les mêmes soldats, peuvent elles provoquer des blessures tantôt aux "cicatrices" minuscules et rondes et tantôt aux cicatrices longues et fines ?
- Comment une fusillade aussi nourrie dans la durée - « Les balles pleuvaient autour de nous comme de la pluie » et ce, "pendant 45 minutes" selon Talal Abu Rahma -, a-t-elle pu laisser sur le corps de Jamal al-Dura si peu de (cicatrices de) blessures par balles, toutes étrangement focalisées "au niveau des deux jambes", alors que sa tête était visible au-dessus du baril pendant 16 secondes sans être atteinte par des balles (7'58''-8'03'' et 8'19''-8'30'') ? "Les armes utilisées [par les soldats israéliens] sont des fusils d'assaut, capables de tirer par rafales et dont la cadence de tir est de six cents à huit cents coups à la minute. En supposant même qu'un seul tireur ait tiré 50 coups à la minute, le nombre de coups de feu sur une durée de 40 minutes aurait été de DEUX MILLE...", écrit l'expert balistique mandaté par Philippe Karsenty dans son rapport du 19 février 2008.
- Comment concilier "l'hémorragie" évoquée dans ce "rapport médical" jordanien et l'absence de sang sur les vêtements, le sol et le mur derrière Jamal al-Dura, pendant et après les "tirs venus des positions israéliennes" ? Piètres médecins palestiniens ? "Du sang sur un tee-shirt blanc, cela se voit", a ironisé le Dr David Yehuda interviewé par Michel Zerbib sur Radio J, le 5 mai 2011. Et sur un pantalon bleu aussi, serait-on tenté d'ajouter. Le commentaire du film présenté par France 2 à la Cour d'appel de Paris en 2008 allègue qu'une tache près du bras droit serait du sang (8'14''). Mais le "rapport médical" jordanien, auquel le Tribunal accorde une telle "foi", ne relève des "blessures par balles" qu'au "niveau des deux jambes".
Quel crédit accorder à ce "rapport médical" jordanien ? 

Pourtant c'est sur ce "rapport" que le Tribunal se fonde - "il y a lieu de croire, sur la foi de ce rapport" - avant de conclure que la "preuve des imputations diffamatoires" n'est pas apportée.
Curieusement, le Tribunal qualifie de "déclaration péremptoire" une observation du Dr Yehuda David induite par son expertise acquise en particulier sur les champs de guerre au sein d'unités de Tsahal. Ce chirurgien émérite a affirmé, notamment à l'audience, que Jamal al-Dura n'aurait pas survécu - il se serait "vidé de son sang en quelques minutes sans pouvoir atteindre l'hôpital de Gaza" - si son artère fémorale avait été touchée par des balles de M16 israéliens ce 30 septembre 2000.
 
Une information majeure
En qualifiant de "limitée" la portée de la révélation du Dr Yehuda David, le Tribunal minore sans raison une information capitale.
En effet, en 2000, Jamal al-Dura a attribué toutes ses blessures à Tsahal. C'est aussi ce qui ressort de ce film de Talal Abu Rahma pour France 2 en date du 23 octobre 2004. Un film intégré dans celui montré par France 2 et Charles Enderlin à la Cour d'appel de Paris le 27 février 2008 et visible sur le site Internet de France 2(13'04''). 

En rappelant son opération de chirurgie réparatrice de 1994, le Dr Yehuda David a non seulement annihilé les allégations de Jamal al-Dura, de Talal Abu Rahma et de France 2 en ce qui concerne les membres opérés, mais a réduit le crédit à apporter à leurs allégations d'autres "blessures par balles".
Et ce chirurgien se voit conforté dans ses affirmations par le dit "rapport médical" jordanien qui évoque, aux dires mêmes du Tribunal, "d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit", et donc, a contrario, aucune autre nouvelle blessure à cette main droite de Jamal al-Dura.
Enfin, on peut s'interroger sur le choix de Jamal al-Dura d'avoir judiciarisé les questions visant ses blessures, alors qu'il aurait pu répondre aux questions de Clément Weill-Raynal et de Luc Rosenzweig, venir s'exprimer devant le Tribunal et surtout accepter d'être examiné par les experts d'une commission d'enquête indépendante chargée d'établir la vérité sur ce qui s'est produit le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim, et dont la constitution a été demandée par Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) en 2008, puis en 2011.
D'autant que les autorités israéliennes ont toujours indiqué qu'elles ne mettraient "aucun obstacle à ses déplacements".
Il est désolant qu'aucune institution publique française - en particulier la direction de France Télévisions, le ministère de la Culture et de la Communication et le  CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) - ne soit intervenue depuis tant d'années pour mettre un terme à ces questionnements légitimes sur "l'incident al-Dura".