Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Dans son nouveau livre, 'Israël Peut-il survivre?', Michel Gurfinkiel parle des dangers de l'hostilité anti-israélienne mondiale
14/05/2011

 

Merci Guitel

 

GURFINKIEL-LIVRE.jpg

 

Interview  de Michel Gurfinkiel

 

Par Guitel Ben-Ishay

pour leptithebdo et pour  © 2011 www.aschkel.info

 

Au milieu de toute la littérature pro-palestinienne, il se trouve certains auteurs et intellectuels qui osent défendre un autre point de vue. Michel Gurfinkiel est de ceux-là. Journaliste et écrivain, il exerce également des responsabilités aux Consistoires de France et de Paris. Il a publié récemment un ouvrage au titre provocateur :

Israël peut-il survivre ? La nouvelle règle du jeu.

Nous l'avons interrogé sur ce livre. Il nous a fait part de ses analyses sur de nombreux sujets qui nous touchent particulièrement.

 

Le P'tit Hebdo : Vous avez publié de nombreux ouvrages sur le thème d'Israël. Pourquoi ?

Michel Gurfinkiel : Je suis juif, et c'est une bonne raison, en soi, de s'intéresser à Israël. Mais je pense que je l'aurais fait si je ne l'avais pas été. L'histoire du peuple d'Israël et de la nation israélienne moderne est extraordinaire, singulière et unique. A ce titre elle a toujours fasciné l'ensemble de l'humanité. Avec d'ailleurs des conséquences diverses et multiples, qui vont de l'affection au rejet. 

Lph : Vous êtes le fondateur et le président de l'Institut européen de géopolitique Jean-Jacques Rousseau. Vos prises de position envers Israël vous ont-elles porté préjudice dans votre travail ?

M.G : Personne ne m'a ouvertement empêché de dire ou d'écrire ce que je pensais. Et si j'ai souvent été en butte à des formes feutrées de censure ou d'ostracisme dans certains médias ou dans certains milieux, mon « non-conformisme » m'a valu, dans d'autres médias et d'autres milieux, une curiosité ou une attention particulière, même ou surtout si l'on ne partageait pas mes idées. Ceci compense cela.

Lph : Venons-en à votre dernier livre. Pourquoi un tel titre ? Ne craignez-vous pas de faire le jeu de ceux qui pensent justement qu'Israël n'est pas viable ?

M.G : L'un des thèmes de mon livre est qu'Israël est beaucoup plus sain, performant, fonctionnel et donc viable que la plupart des autres pays du début du XXIe siècle. Mais il est aussi le seul Etat au monde que d'autres Etats ou des organisations militantes refusent de reconnaître ou veulent détruire. Israël vient d'être admis à l'unanimité à l'OCDE, le club des pays les plus riches, les plus développés et les plus libres du monde. Mais parallèlement, il fait l'objet de condamnations répétées et massives à l'Onu, une organisation dominée par des Etats sous-développés, dysfonctionnels et non-démocratiques. Dans un tel contexte, la question de sa survie à moyen ou long terme est donc pertinente et légitime. En tout cas, on me l'a posée si souvent que j'ai décidé d'y répondre méthodiquement.

Lph : Ce livre est très documenté et extrêmement précis dans les faits et les chiffres. A qui le destinez-vous en priorité ?

M.G : Aux Juifs, aux Israéliens, et aux non-Juifs pro-israéliens, en espérant qu'il les aidera à mieux cerner les enjeux et mieux défendre Israël. Mais aussi aux personnes qui ne connaissent pas Israël ou qui souhaitent, en toute bonne foi, s'informer sur le conflit qui oppose depuis si longtemps ce pays à ses voisins arabes ou islamiques. Et même à ceux qui sont a priori hostiles à Israël mais qui acceptent d'entrer dans un vrai débat. J'ai conçu et écrit ce livre de manière à ce qu'il soit accessible et utile à tous les lecteurs.

Lph : Avez-vous cherché à pallier les déficiences de la « hasbara », de la défense d'Israël auprès de l'opinion publique mondiale?

M.G : Tout n'a pas été négatif, loin de là, dans les efforts de « hasbara » des autorités israéliennes. Mais certains thèmes, porteurs, ont été en effet sous-estimés, pour des motifs idéologiques ou pragmatiques. Les Israéliens ont longtemps hésité, par exemple, à mettre en parallèle le problème des réfugiés juifs des pays islamiques et celui des réfugiés arabes palestiniens, ou à rappeler comment le problème des réfugiés arabes a été artificiellement grossi, au lendemain même de la guerre de 1948. Ils ont négligé des arguments importants en matière de droit international, notamment sur le droit du peuple juif à l'ensemble de la Terre d'Israël. Ils ont également minimisé l'aspect fondamentalement religieux du conflit. J'ai essayé de revenir sur ces questions et de les expliciter.

Lph : L'un des chapitres s'intitule : « Barack Hussein Obama ». Comment le jugez-vous par rapport à ses prédécesseurs?

M.G : Le peuple américain a toujours eu une grande empathie naturelle avec le peuple juif et Israël, fondée sur l'héritage biblique mais aussi sur ce que l'on a appelé « l'hébraïsme politique », une doctrine qui voit dans le judaïsme une des sources majeures de la démocratie moderne. Au niveau des dirigeants américains, les choses sont plus complexes. Depuis 1948, les présidents américains n'ont pas toujours apporté un soutien sans faille à Israël, loin de là. Certains d'entre eux ont été profondément hostiles à l'Etat juif, notamment Jimmy Carter ou George Bush père. Ronald Reagan, qui a été globalement pro-israélien tout au long de ses deux mandats, de 1981 à 1989, est passé lui-même par une brève phase anti-israélienne en 1982.

Dans ce contexte, le comportement distant et souvent négatif de Barack Obama, au moins dans les deux premières années de son mandat, n'a rien d'exceptionnel. La principale différence, c'est que le président actuel cherche à « désoccidentaliser » la nation américaine, à mettre fin à l'ancrage judéo-chrétien de l'Amérique, à ouvrir ce pays aux autres cultures ou religions, et notamment à l'islam. Une telle évolution  serait certainement très dangereuse pour Israël. Une Amérique qui cesserait de fonder son identité sur la Bible s'éloignerait nécessairement de l'Etat juif.

Lph : Qu'est-ce que la mort d'Oussama Ben-Laden va changer pour Barack Obama ?

M.G : Le président cherche à instrumentaliser cette exécution extrajudiciaire à des fins politiciennes. Il prétend qu'il a « donné l'ordre » en arrivant à la Maison Blanche, de retrouver Ben-Laden et de l'éliminer. En réalité, cet objectif était depuis 2001 le premier de la guerre contre le terrorisme déclenchée par son prédécesseur, George W. Bush. En termes stratégiques, la mort de Ben-Laden ne changera rien. Al-Qaïda n'est pas une organisation centralisée, mais une galaxie d'organisations autonomes, unies par une même idéologie mais capables d'opérer indépendamment les unes des autres.

Lph : Vous parlez aussi de la « rue arabe ». Quelle est votre analyse des révolutions arabes ?

M.G : Il n'y a pas une révolution arabe, mais plusieurs révolutions plus ou moins simultanées, avec des origines et des portées différentes. Jusqu'à présent, la plupart de ces mouvements restent enfermés dans le populisme unanimiste qui domine le processus politique arabe : l'ochlocratie (« pouvoir de la foule ») pour lui donner son nom savant. Les gouvernements tombent, mais la société ne change pas, et les blocages demeurent. A commencer par la détestation fantasmatique de l'Occident et d'Israël. La vraie révolution dont le monde arabe a besoin est d'ordre culturel : une conversion aux valeurs de diversité, de différence, de tolérance, de liberté individuelle sans lesquelles la démocratie politique n'est qu'un leurre. Nous n'y sommes pas encore.

Lph : La volonté affichée de beaucoup d'États, dont la France, de reconnaître un État palestinien déclaré unilatéralement fait-elle partie de ce que  vous appelez le « scenario Zacharie » ?

M.G : Les événements tels qu'ils se déroulent actuellement ne sont pas sans rappeler ce qui est décrit dans ce livre biblique : une coalition mondiale qui monte à l'assaut d'Israël. Même si cette épreuve ne fera, selon le prophète Zacharie, que précéder une intervention divine et la libération finale et complète du peuple juif, elle a de quoi inquiéter. L'Europe actuelle est très hostile à Israël. Je ne trouve aucune excuse aux dirigeants européens lorsqu'ils parlent de reconnaître un Etat palestinien dans les « frontières de 1967 ». Ces frontières « internationales » qu'ils prétendent octroyer aux Palestiniens, ils en privent, jusqu'à ce jour, les Israéliens, notamment en refusant d'installer leurs ambassades à« Jérusalem-Ouest ». Cette contradiction est un aveu : une partie des classes politiques européennes et une partie plus large encore des chancelleries européennes militent en fait pour le démantèlement d'Israël en tant qu'Etat.

Lph : Quel regard portez-vous sur les Juifs francophones qui ont décidé de s'installer en Israël ?

M.G : Israël peut-il survivre ? Oui. Je ne serai pas aussi affirmatif quant à l'avenir des communautés juives d'Europe. Je ne suis pas rassuré lorsque je vois l'évolution de la société française, par exemple.

Ceux qui ont fait le choix de l'Alya ont fait le bon choix. Pour eux. Et pour Israël. A travers son vécu et son expérience historique, le judaïsme français et francophone apporte beaucoup, me semble-t-il, à l'État juif.

 

« Israël peut-il survivre ? La Nouvelle règle du jeu ». Par Michel Gurfinkiel. Editions Hugo & Cie, 19,50 euros.

Points de vente : Librairie Vice-Versa à Jérusalem (1 rue Shimon ben Shatah)

                         Librairie du Foyer à Tel-Aviv (14 kikar Masaryk).