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L'affaire Strauss-Kahn : pouvoir et nature humaine, par l'abbé Alain René Arbez
17/05/2011

On ne sait pas encore de manière définitive si DSK est coupable  des faits qui lui sont reprochés. Si la justice américaine confirme son inculpation sur la base de preuves irréfutables, il y aura de quoi méditer sur la signification de cette situation sidérante. Un homme politique de cette envergure, doué de grandes qualités humaines, de compétences incontestables, se retrouve anéanti, au seuil même d'une virtuelle candidature à l'échelon national.

Quel enseignement tirer de ce choc, non seulement médiatique mais profondément humain  ? Il est toujours ambigu d'accorder trop d'importance aux rumeurs, mais celles-ci évoquent avec insistance des comportements de DSK dans des domaines où vie privée et vie publique interfèrent, qu'on le veuille ou non.

Ainsi, on a affaire à un homme sympathique, cultivé, brillant dans ses compétences professionnelles, mais apparemment pathologique dans ses attitudes envers les femmes. Il semble, selon divers témoignages, que cette gigantesque contradiction soit abyssale et implique des actes délictueux au regard de la loi.

Comment en est-on arrivé là ? DSK n'est-il que la partie visible d'un iceberg qui, pour le coup, fait froid dans le dos ? Le fait d'exercer le pouvoir politique, de gérer les grands dossiers, et de fréquenter les sommités de ce monde et les milieux planétaires décideurs, confèrerait-t-il en même temps une telle illusion de toute-puissance, un tel sentiment d'invulnérabilité ? Cela autoriserait-il toutes les conduites ? Il semble que oui, et DSK, pris à son propre piège, n'est certainement pas le seul à se trouver pris dans cet engrenage périlleux.

On peut donc, d'une part, mener de main de maître son travail de politicien reconnu et d'influence mondiale, et, d'autre part, s'adonner à des dérives sexuelles prédatrices, en jouant sur le principe du respect de la « vie privée ». La question n'est pas posée ici au niveau d'apparences, ou d'inhibitions de pères-la-pudeur.

Cela révèle en tout cas qu'une éthique personnelle minimale doit être exigible de personnalités engagées au service du public et exerçant des responsabilités au plus haut niveau. Les milieux politiques sont évidemment constitués de personnes aux appartenances très diverses, aux profils multiples sur le plan idéologique comme sur le plan moral.

Mais l'effondrement de certaines valeurs fondamentales depuis une cinquantaine d'années, l'émergence d'un individualisme hédoniste et la sublimation de sous-cultures déstructurantes ont préparé le terrain à ces dérapages et posé les bases d'un nihilisme extrêmement dangereux pour la cohésion sociale des communautés humaines.

C'est ainsi que les simples citoyens de la base perçoivent avec anxiété qu'à droite comme à gauche des personnalités en vue peuvent se permettre de consommer tout ce qui se trouve sur leur passage : standing, train de vie, affairisme, sexe, dans un épicurisme effréné, alors que tant de mal lotis se serrent la ceinture et sont incapables de réaliser les désirs plus simples d'une vie humaine.

Cette gravissime fracture est psychologique, mais elle est surtout éthique, et j'ajouterai – au sens large – spirituelle. Sur quoi débouchera-t-elle ?

 

© Abbé Alain René Arbez

 

17 mai 2011