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Contentieux palestino-israélien

Affrontements sur les frontières israéliennes, nouvelles réalités et nouveau défi, Dr Mordechai Kedar
18/05/2011

 


Original anglais : "Confrontation along Israel's Borders: New Realities and a New Challenge", sur le site de BESA (Begin-Sadat Center for Strategic Studies), 17 mai 2011-05-18

Traduction française par Danilette, sur son Blog, 18 mai 2011

 

Résumé : les confrontations le long des frontières israéliennes, qui se sont produites hier [15 mai] au cours de la journée de la Nakba, reflètent les nouvelles réalités régionales et une perception de la faiblesse d'Israël ; à long terme il s'agit d'un affaiblissement du pouvoir de dissuasion d'Israël. Et ce n'est pas fini ; actuellement, au Moyen-Orient, il existe une dynamique d'escalade. Israël doit donc être résolu dans sa défense, mais il doit également faire preuve de retenue et de modération.

Pendant des années j'ai entendu parler des plans des réfugiés palestiniens à Gaza, au Liban et en Syrie prévoyant de marcher en masse sur les frontières israéliennes, sous l'œil, attentif et avide de gros titres, de la presse internationale, en particulier des médias arabes. Israël n'oserait jamais tirer sur des manifestants, analysait-on, surtout s'ils marchaient sans armes et n'utilisaient pas la violence. Je ne suis pas le seul à avoir écrit et parlé à ce sujet dans les médias israéliens. Mais rien ne s'était matérialisé jusqu'à aujourd'hui.

Les affrontements violents le long des frontières d'Israël, dimanche dernier ont été rendus possibles par un certain nombre de facteurs régionaux et diplomatiques qui ont fusionné ensemble.

1.   D'abord et avant tout, le développement du sentiment du « yes, we can », la croyance que des masses sans armes peuvent surmonter et vaincre des dictateurs. La protestation non violente est la nouvelle arme non conventionnelle de jeunes gens, chômeurs, frustrés, une arme contre laquelle le régime est supposé être sans défense. les Tunisiens, les Égyptiens, les Yéménites et les Syriens utilisent et ont utilisé cette arme contre leurs dirigeants. Maintenant, les Palestiniens l'ont adoptée pour l'utiliser contre Israël. 

2.   Le second point est le développement de Facebook et Twitter, moyens par lesquels un public peut s'organiser en dépit des efforts du régime pour l'étouffer et avec lesquels des dirigeants peuvent mobiliser une rébellion sans risque de révéler leurs vrais noms. Les médias sociaux ont été, en effet, un moyen utilisé pour organiser les événements de dimanche.

3.   Le troisième changement est la participation des régimes syrien et libanais aux événements, en effet un convoi d'autobus de Palestiniens mécontents n'aurait jamais pu atteindre dimanche la frontière syrienne avec Israël,  à l'insu de ces gouvernements et sans leur consentement. La coopération de ces régimes découle de leurs efforts pour transférer leurs problèmes internes sur Israël et détourner les objectifs des caméras de ce qui se passe en Syrie, au Liban et dans la bande de Gaza, pour les focaliser sur Israël et ses actions contre les Arabes. Récemment, des habitants syriens de Deraa ont été filmés en train de crier : « Nous espérons qu'Israël va nous occuper parce que les militaires syriens sont bien plus cruels que l'armée israélienne ». Le régime syrien croit que les cadavres sur la frontière israélienne vont aider à rétablir la santé mentale des civils de Deraa.

4.   Le quatrième élément nouveau est le lien entre la Syrie, le Liban et Gaza, la connexion iranienne. Ces trois zones sont toutes sous l'influence des ayatollahs et il n'y a pas de meilleure date pour imputer à Israël la pagaille du Moyen-Orient que le 15 mai, la soi-disant célèbre journée de la Nakba.

5.   Mais nous ne devons pas négliger le facteur israélien qui a un impact important sur les Arabes. Ces dernières années, les joueurs arabes ont vu et compris qu'Israël fait des concessions chaque fois qu'il est soumis à des pressions externes. Le Likoud, qui historiquement était fortement opposé à la création d'un État palestinien est aujourd'hui prêt à en accepter un. Le consensus israélien qui a existé pendant des années sur la ville unifiée de Jérusalem est aujourd'hui sur le point de se fissurer. Même la question du retour des réfugiés palestiniens, considérée autrefois comme anathème dans tout le spectre politique, commence à être envisagée, du moins dans une certaine mesure, par certains hommes politiques de la gauche israélienne. Lorsque les ennemis d'Israël voient qu'il transige avec ses principes de base sous la pression extérieure et quand ils se rendent compte que ses lignes rouges sont devenues rose pâle, cela augmente leur espoir que des pressions supplémentaires seront récompensées par de nouvelles concessions. Les adversaires d'Israël pensent, par exemple, qu'une forte pression des réfugiés palestiniens entraînera sans doute les Israéliens à céder, de guerre lasse, sur ce point également.

En dépit de la seconde guerre du Liban en 2006 et de l'opération « Plomb durci » en 2008-2009, l'image actuelle d'Israël est l'image d'un Etat faible, passif, un État qui peut être calomnié dans le monde entier par Richard Goldstone, un État où l'annonce de plans pour construire 1600 logements à Jérusalem suffit à susciter la colère du locataire actuel de la Maison-Blanche. Les pays voisins ont la certitude que la société israélienne, en particulier l'élite qui vit dans une Tel-Aviv ostensiblement hédoniste, pacifiste, post-sioniste, vendra tout ce qui lui était autrefois sacré en échange d'un retour à la paix et à la tranquillité dans la rue Shenkin [*] parce qu'elle a perdu la volonté de se battre.

[*] NDT : La rue Shenkin à Tel Aviv est un peu ce que Les "Champs Elysées" sont à Paris.

 

Dans le même temps, Israël s'est transformé en lépreux, aux yeux de beaucoup, à cause de l'antisémitisme classique amplifié par le sentiment de culpabilité que ressent l'Europe à propos de ses démons de l'Holocauste et du colonialisme. (Pour se racheter, il est bien plus facile de battre la coulpe des Juifs que de battre sa propre coulpe). On s'attend donc à ce qu'Israël renonce à employer la force contre des réfugiés non armés, comme le font Kadhafi, en Libye, ou Assad en Syrie.

Les événements de dimanche [15 mai] ne sont pas les derniers. Actuellement, au Moyen-Orient, il existe une dynamique d'escalade. Chaque personne tuée aujourd'hui devient le martyr des funérailles du lendemain, ces funérailles devenant à leur tour une protestation violente, et leurs victimes, à leur tour, devenant des martyrs le lendemain. Aussi, Israël doit-il peser soigneusement ses actions pour faire face à la nouvelle réalité. Israël doit être résolu diplomatiquement et ferme militairement, mais aussi faire preuve de retenue et de mesure, car un nombre croissant de morts ne fera qu'aggraver la situation. 

 

© Dr Mordechai Kedar *

 

* Mordechai Kedar est chargé de cours au département d'arabe, et chercheur associé au Centre Begin-Sadate d'Etudes Stratégiques, Université Bar-Ilan.

 

La version anglaise de cet article a été publiée en premier sur le Jerusalem Post, le 16 mai.