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Contentieux palestino-israélien

Benjamin Netanyahou et Barack Obama ont discuté pendant plus de deux heures hier à Washington, Claude Lévesque
21/05/2011

 

[Cette situation ne vous en rappelle-t-elle pas une autre ? C'était en 2003. Le drame se jouait alors entre le président américain Jimmy Carter et le Premier ministre israélien Menahem Begin. Aujourd'hui, les protagonistes ont changé, mais le scénario est toujours le même, l'injonction identique : «Israël tends ton cou au glaive de ceux qui en veulent à ta vie». Pour l'observateur désillusionné que je suis, habitué de longue date au cynisme des grandes manœuvres de la politique internationale menée au nom de la « raison d'Etat », l'avenir proche est ici parfaitement lisible. Je l'ai déjà plusieurs fois décrit, au risque de passer pour un prophète de malheur et/ou un exalté, je le réitère : Quels que soient les reproches de la conscience des meilleurs d'entre eux, les responsables des nations n'en peuvent plus de l'irrédentisme arabe à propos d'Israël. Notre peuple est devenu pour eux un « ami » encombrant. Prendre parti en sa faveur équivaut à un suicide économique et stratégique et à l'aliénation d'une opinion publique intoxiquée, qui a depuis longtemps adopté le  "narratif" palestinien, et qui ne veut pas la paix, mais qu'on lui fiche la paix. « Notre secours est dans le nom du Seigneur », dit un psaume (124, 8). Oui, mais à quel prix ! Dieu vienne en aide à Israël ! (Menahem Macina).]

Photo : Agence Reuters


Article paru sur le site LeDevoir.com, Québec, 21 mai 2011

 

Le Premier ministre d'Israël, Benjamin Netanyahou, a répété hier, en présence de Barack Obama, que les frontières de 1967 sont « indéfendables », rejetant du coup la pièce maîtresse du discours que son hôte avait prononcé la veille.

« Si Israël est prêt à faire des compromis généreux pour la paix, il ne peut revenir aux lignes de 1967, car [elles] sont indéfendables » [*],

a-t-il affirmé devant la presse à l'issue d'une rencontre à huis clos avec le président américain à la Maison-Blanche.

« Une paix fondée sur des illusions s'écrasera en définitive sur le roc de la réalité du Moyen-Orient. [...] Pour qu'il y ait la paix, les Palestiniens devront accepter certaines réalités fondamentales »,

a-t-il dit devant les caméras, infligeant un camouflet au président des États-Unis, qui est resté imperturbable.

Barack Obama a tout de même qualifié l'entretien de plus de deux heures d'« extrêmement utile », tout en admettant qu'il subsiste « quelques différends » entre les deux pays sur la façon de relancer le processus de paix au Proche-Orient. 

Outre ce processus, les deux hommes auraient discuté de divers sujets, dont la vague démocratique qui balaie le monde arabe, la situation en Syrie et en Iran.
Jeudi, le chef de la Maison-Blanche avait, pour la première fois depuis le début de son mandat, parlé d'un État palestinien dans les frontières de 1967 (celles qui ont prévalu entre 1948 et la guerre des Six Jours). Le même jour, l'État d'Israël approuvait la construction de 1500 nouveaux logements pour les Juifs à Jérusalem-Est.

Prenant la parole après son hôte, dont il dit partager les vues sur l'insaisissable paix au Proche-Orient, Benjamin Netanyahou a énuméré une série de conditions non négociables qui, en fait, rendent difficilement conciliables les positions israélienne et américaine.

Le Premier ministre israélien a donc rejeté l'idée de prendre les frontières de 1967 comme base de négociation avec les Palestiniens.

« Rappelez-vous qu'avant 1967, Israël ne mesurait que neuf milles de large »,

a-t-il lancé. Benjamin Netanyahou a aussi écarté hier toute possibilité de négocier avec une Autorité palestinienne dont ferait partie le mouvement islamique Hamas, qui ne reconnaît pas à l'État d'Israël le droit d'exister. Pour M. Netanyahou, le proto-gouvernement présidé par Mahmoud Abbas doit choisir entre une alliance avec le Hamas et la paix avec l'État juif.
Le parti Fatah de M. Abbas et le Hamas, qui contrôlent respectivement la Cisjordanie et la bande de Gaza, se sont réconciliés récemment après des années de brouille.

Les Palestiniens ont immédiatement rejeté « une ingérence inacceptable » et demandé à Barack Obama de faire pression sur le Premier ministre israélien.

« La position de Netanyahou est un rejet officiel de l'initiative de M. Obama, de la légitimité internationale et du droit international »,

a déclaré le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina.
Benjamin Netanyahou a également écarté l'idée que des réfugiés palestiniens puissent un jour revenir dans ce qui est devenu l'État d'Israël.
Dans un discours attendu portant surtout sur le « printemps arabe », Barack Obama avait fait part jeudi de son irritation devant le blocage des négociations israélo-palestiniennes.

« Les États-Unis croient que les négociations doivent aboutir à deux États dotés de frontières permanentes »,

avait-il affirmé.

« Nous croyons que les frontières d'Israël et de la Palestine doivent être basées sur les lignes d'armistice de 1967, moyennant des échanges de territoires négociés afin que soient établies des frontières sûres et reconnues par les deux camps. »

Il avait immédiatement reçu, par voie de communiqué, une fin de non-recevoir de la part de M. Netanyahou.

Le Premier ministre d'Israël rencontrera demain l'AIPAC, le principal lobby juif aux États-Unis. Barack Obama s'adressera également aux membres de l'AIPAC. Mardi, un discours devant les deux chambres du Congrès est à l'ordre du jour de M. Netanyahou.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a « salué chaleureusement » hier la position américaine telle qu'énoncée par Barack Obama.

« La grande ouverture du président Obama est d'avoir parlé des frontières de 1967 pour la première fois. Il commence à nous rejoindre plutôt que l'inverse »,

a ajouté un diplomate européen de haut rang.

L'Europe et les États-Unis restent toutefois divisés sur l'opportunité de reconnaître à l'automne un État palestinien à l'Assemblée générale des Nations unies.

© Le Devoir

Avec l'Agence France-Presse

 

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Note de Menahem Macina


 [*] Voir ma mise en ligne de ce jour sur le site Debriefing.org, « Hier Carter, aujourd'hui Obama : « Israël tends ton cou au glaive de ceux qui en veulent à ta vie

 

Mis en ligne le 21 mai, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org