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Post-sionisme
Haine de soi juive

Propagande : quand l'AFP agite le spectre de la « théocratie » en Israël, P.-I. Lurçat
05/07/2011


Article repris du Blog de l'auteur, 5 juillet 2011

Chronique de la désinformation ordinaire

afp.jpgAlors que la menace de la « flottille de la haine » et de nouveaux affrontements coûteux pour Israël en termes d'image s'estompe, grâce aux efforts diplomatiques couronnés de succès de Binyamin Nétanyahou et de son ministre des Affaires étrangères, les médias français cherchent désespérément d'autres moyens de calomnier et de diffamer l'Etat juif. L'observateur attentif de la désinformation aura d'ailleurs remarqué que c'est souvent dans les périodes d'accalmie que les journalistes occidentaux commettent leurs plus « beaux » chefs d'œuvre de propagande anti-israélienne, comme si l'actualité n'était qu'un prétexte pour accomplir leurs basses œuvres. C'est dans ce contexte que s'inscrit la dépêche publiée hier par l'Agence France Presse, signée Marius Shattner, sous le titre « Israël, le spectre de la théocratie ».

L'idée que l'Etat hébreu serait une fausse démocratie ou encore une démocratie fragile menacée par le « spectre de la théocratie » n'est certes pas nouvelle, et d'autres propagandistes l'ont souvent agitée bien avant M. Shattner. Mais il faut reconnaître que c'est fort à propos que celui-ci ressort de derrière les fagots ce marronnier d'une certaine presse, alors que les médias français regorgent d'articles faisant l'éloge du « printemps arabe » et de la démocratisation en cours des pays arabo-musulmans (y compris, hélas, la récente tribune d'un grand rabbin fort peu lucide). L'idée qui sous-tend la dépêche est donc que le Moyen-Orient serait soumis à deux tendances contraires : démocratisation et laïcisation des pays arabes, et « théocratisation » en Israël…

rav lior.jpgLe prétexte à ce morceau de bravoure de l'AFP est la récente affaire du rabbin Dov Lior, ou, pour reprendre les termes de la dépêche, « le défi lancé à la justice par des rabbins ultranationalistes, minoritaires mais influents », qui « fait planer le spectre de la théocratie en Israël où la religion n'a jamais été séparée de l'Etat ». On pourrait consacrer plusieurs pages d'analyse à ces quelques lignes, dignes de l'ancienne Pravda, mais je me contenterai de quelques remarques. Tout d'abord, notons le procédé, cousu de fil blanc, qui consiste à parler de « rabbins minoritaires mais influents », tout en reconnaissant quelques lignes plus bas que « le camp ultra-orthodoxe ne partage pas, en règle générale, les opinions radicales des deux rabbins »…


Que la religion n'ait jamais été séparée de l'Etat en Israël est évidemment un mensonge grossier, assené comme une vérité, suivant le principe goebbelsien qui veut que plus le mensonge est gros, plus il est accepté. Israël - comme chaque visiteur le découvre en arrivant, même pour la première fois, dans notre pays - est un pays profondément laïque où tous les cultes sont libres, y compris évidemment le judaïsme. (Tel-Aviv est même considérée comme une ville « gay friendly », [favorable aux homosexuels] contrairement à Gaza ou Téhéran, où Monsieur Shattner devrait aller faire un tour). Le fait que le shabbat soit chômé, ou que des Juifs pratiquants siègent à la Knesset ou au gouvernement ne change rien à cette réalité, et dire que la « religion n'a jamais été séparée de l'Etat » est aussi absurde que de dire par exemple, que la France est une théocratie catholique parce que les stations de métro y portent souvent le nom de Saints !

Il faut être ignare ou menteur pour assener de telles contre-vérités, dont même le touriste débarquant à [l'aéroport] Ben Gourion peut s'apercevoir qu'elles sont démenties par les faits. Marius Shattner n'est pourtant pas un touriste : c'est un des plus anciens correspondants de l'agence France Presse en Israël, pays où il habite depuis plus de vingt ans. Mais voilà le hic : Monsieur Shattner est loin d'être objectif, et sa dépêche s'explique, plus encore que par la politique de désinformation systématique de cette officine liée au quai d'Orsay, par ses idiosyncrasies et par sa vie familiale…

schattnerultraorthodoxes.jpg

Shattner est, en effet, comme il le raconte dans son dernier ouvrage, le père d'une heureuse jeune femme élevée dans l'ignorance totale de la religion juive, qui a redécouvert ses racines et est devenue fort pratiquante, au point de vivre aujourd'hui à Méa Shearim, au grand déplaisir de son géniteur, qui a commis un livre entier pour tenter de comprendre ce qu'il avait bien pu faire au Bon Dieu pour mériter un tel « sort ». Ces circonstances privées expliquent sans doute que le correspondant de l'AFP veuille aujourd'hui faire croire aux lecteurs de France et de Navarre – et du reste du monde * - que l'Etat juif est menacé par le spectre de la théocratie, spectre dont les premières victimes sont ses propres petits-enfants, qui grandissent en étudiant la Torah et les mitsvot sous la férule de rabbins encore plus « fanatiques » que ceux dont parle la dépêche publiée hier par l'Agence France Presse. Si les petits-enfants de M. Shattner sont privés de la lecture de Babar, c'est bien, n'est-ce pas, que le spectre de la théocratie nous menace !

Pierre Itshak Lurçat

* 24 heures après sa publication, la dépêche est déjà reprise sur plus de 29.000 pages Internet !