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Israël (Société - mentalités)
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Les ONG sont en guerre avec Israël, G.M. Steinberg
18/07/2011

Mise à jour 26/09/04


Sur ce sujet, consulter aussi, sur notre site :

Middle East Quarterly, été 2004, voL XI/3

Traduction française : A. Bismut, pour upjf.org.
Original anglais : www.meforum.org/article/633

Les horreurs de l'Holocauste et le scandale suscité par la non-intervention des Alliés ont mis en exergue la nécessité de créer un système de référence et de défense des droits de l'homme, qui constitue, depuis, la base de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.(1)

Les Nations unies (ONU) et divers gouvernements ont beaucoup contribué à établir de nouvelles normes internationales, mais, avec le temps, un réseau d'organisations non gouvernementales (ONG) a fini par pratiquement mettre sous sa coupe cet engagement international. Les plus puissantes de ces ONG, telles Amnesty International, Human Rights Watch (HRW), la Commission internationale des Juristes (ICI) et d'autres, ont une énorme influence au sein de l'ONU, de l'Union Européenne (UE) et dans les capitales occidentales. Les ONG se sont massivement développées. En 1948, soixante-neuf ONG n'avaient qu'un rôle consultatif à l'ONU. En 2000, leur nombre dépassait les 2000, la majorité d'entre elles se définissant comme des “organisations universelles de droits de l'homme”.

A l'origine, les ONG n'étaient que peu présentes au Moyen-Orient. Durant les années 70, ces groupes ont joué un rôle central dans les accords d'Helsinki et ont mis en avant les droits de l'homme au sein de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Helsinki Watch (qui devint plus tard Human Rights Watch) et Amnesty International dénoncèrent les atteintes aux droits de l'homme dont étaient victimes les Juifs en Union Soviétique et dans les régimes communistes de l'Europe de l'Est, notamment dans le cas d'Anatoly (Nathan) Sharansky. A cette époque, il s'agissait bien de dénoncer les atteintes aux droits des individus dans les sociétés répressives.

Mais, depuis dix ans, les ONG ont énormément développé leurs programmes d'action, allant bien au-delà de la défense des droits humains. Les dirigeants de ces organisations disposent maintenant de plateformes et de financements massifs qui leur permettent d'influencer les plus hautes sphères de la politique, au bénéfice de ceux qu'elles considèrent comme étant faibles et opprimés. Les ONG se sont fortement impliquées dans les politiques de la guerre civile opposant le gouvernement colombien à la guérilla colombienne (les Fuerzas Armadas Revolucionarios de Columbia, ou FARC), dans le boycott qui a conduit à un changement de régime en Afrique du Sud, dans le débat concernant la légalité de la guerre en Iraq, et, également, dans les négociations complexes de la convention contre les mines anti-personnel. Les ONG sont également très présentes dans des processus de développement de sociétés civiles, qui sont le reflet explicite de programmes politiques et idéologiques de nombreux pays.

Ce faisant, elles ont pris certaines positions dans des conflits internationaux. Ce n'est nulle part plus évident que dans le conflit israélo-arabe. Les principales ONG, telles HRW, Amnesty et Christian Aid, en collaboration avec les médias et des groupes, telle [entre autres] la Commission des droits de l'homme de l'ONU, ont fortement soutenu le programme politique palestinien en utilisant la terminologie du droit international. En 2001, ce sont les ONG qui ont organisé et façonné le programme et les débats de la conférence des Nations Unies contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance (ou WARC, à Durban, en Afrique du Sud), événement qui tourna, en fait, à la coalition anti-israélienne.(2) Les ONG ont également été à l'origine d'une résolution de l'Assemblée Générale des Nations unies, qui a déféré le cas de la barrière de séparation israélienne devant la Cour de justice internationale de la Haye. Ces ONG ont ainsi acquis une très grande influence sur les décisions politiques de l'Union Européenne concernant le Moyen-Orient, au niveau collectif ou gouvernemental, et également au sein du Département d'État américain.

En dépit de leur immense influence et de leur engagement politique, les objectifs, les structures et les activités des ONG ont été très largement exemptes de toute analyse et enquête indépendantes. De puissantes ONG dotées de budgets de dizaines de millions de dollars semblent ne rendre aucun compte à quelque organisme extérieur que ce soit.(3) Pour une part, le fait de ne pas rendre de comptes peut s'expliquer par un effet de halo : la prétention des ONG de se faire l'avocat de valeurs apolitiques, universelles et strictement éthiques, a eu pour résultat le présupposé, jamais remis en question, que ces organisations pratiquent ce qu'elles prêchent. Selon leurs déclarations et leurs activités, HRW, Amnesty et Christian Aid affirment qu'elles « parlent au nom des victimes » et que leurs actions sont exclusivement motivées par la lutte pour les droits humains.(4) On admet généralement que les États, les gouvernements (y compris ceux qui sont démocratiques) et les organisations politiques, défendent leurs intérêts propres. Au contraire, les ONG affirment qu'elles se réfèrent à des normes supérieures.

D'après leurs programmes, leurs sites Internet et leurs brochures servant à recueillir des fonds, les ONG seraient exclusivement motivées par la défense des droits de l'homme. Par exemple, Amnesty affirme explicitement qu'elle « ne soutient aucun gouvernement ou parti politique, ni ne s'y oppose… et qu'elle n'aspire qu'au respect impartial des droits de l'homme. »(5) HRW s'engage à rester objective et à combattre les atteintes aux droits de l'homme, quels qu'en soient les auteurs. La Commission Internationale de Juristes demande « une approche juridique impartiale, objective et professionnelle en matière d'application des droits de l'homme »(6) et le Réseau euro-méditerranéen des Droits Civiques (EMHRN) insiste sur la nécessité d'« établir un dialogue constructif avec les gouvernements » afin de garantir à tous les droits de l'homme.(7)

Toutefois, dans le monde hautement idéologique des ONG, chaque organisation a des intérêts, des partis pris et des programmes clairement discernables. Dans le monde des ONG, les termes et expressions de "victimes" ou "violations du droit international" n'ont jamais été définis de façon consistante et objective selon des critères vérifiables. En fait, ils reflètent les opinions politiques et les tendances idéologiques totalement subjectives de leurs dirigeants, de leurs donateurs et de ceux qui les financent. En réalité, pour de nombreuses organisations ostensiblement apolitiques, ce discours sur les droits de l'homme et l'aide humanitaire n'est qu'une façade commode qui leur permet de poursuivre leurs objectifs politiques. Le fait que de nombreux gouvernements (notamment en Europe et au Canada) contribuent financièrement à leurs activités est un autre moyen de dissimuler des partis pris politiques.

Cet article examine l'organisation et la sphère d'influence des ONG et documente leur engagement politique, à la lumière de quatre études de cas : la conférence de Durban en 2001 ; les attaques palestiniennes de 2002 et les représailles israéliennes (Jénine et l'opération 'Bouclier de défense') ; la campagne contre la barrière israélienne de séparation ; l'adoption des thèses palestiniennes à l'appui des exigences des réfugiés. Comme on le démontrera plus loin, dans le cas du conflit arabo-israélien, la plupart des ONG considèrent systématiquement les Palestiniens comme les victimes, et Israël comme l'agresseur (position dont on ne s'étonnera pas qu'elle soit partagée par l'ONU avec qui toutes les ONG collaborent étroitement).(8) En pratique, les ONG hyper-puissantes telles HRW, Amnesty, Oxfam, Christian Aid et la Commission Internationale de Juristes, sont devenues des composantes importantes du réseau de soutien politique et diplomatique de la cause palestinienne.

La présente analyse s'appuie sur les recherches du projet "NGO Monitor". consacré aux ONG, et se concentre sur les ONG de droits de l'homme.(9) En collaboration avec le Jerusalem Center for Public Affairs, et soutenu par la Fondation de la famille Wechsler, le projet NGO Monitor a été créé dans le but de surveiller et d'analyser les activités politiques des principales ONG, notamment dans le conflit israélo-arabe. Sa fonction est « d'observer les observateurs ». Cette tâche est similaire, dans son concept, aux autres actions internationales de surveillance des ONG, telles que celles menées par l'American Enterprise Institute et l'Institute for Public Affairs en Australie.

Que les choses soient claires au plan méthodologique : strictement parlant, l'appellation d'ONG des droits de l'homme ne s'applique généralement qu'aux organisations dont les activités sont exclusivement consacrées aux droits de l'homme, et qui ne sont nullement engagées dans d'autres domaines, tels l'aide humanitaire ou le soutien politique à une cause donnée. Ainsi, le Mouvement de Solidarité Internationale (ISM), clairement pro-palestinien, ne ressortissent pas à cette catégorie, pas plus que d'autres organisations humanitaires, telle CARE. Elles n'entreront donc pas dans le cadre de la présente analyse, même si parfois leurs activités recouvrent ou complètent celles des ONG de droits de l'homme.


Structure des ONG

Du fait de leur haut niveau moral, les ONG attirent le soutien financier de philanthropes, de particuliers qui partagent leurs idéaux, et de gouvernements. Ces fonds leur permettent de lancer des campagnes de relations publiques spectaculaires et de rencontrer des diplomates et des politiciens. En Europe, des ministres et des législateurs consultent régulièrement des responsables d'ONG, et de ces consultations résultent souvent des lignes politiques gouvernementales concernant des conflits, notamment le problème israélo-palestinien. Des responsables de l'Union européenne [UE], ainsi que des parlementaires, s'entretiennent régulièrement avec des responsables d'ONG, et les résultats de ces rencontres ont un impact politique réel. Par exemple, en janvier 2004, un rapport parlementaire britannique consacré au développement des territoires palestiniens a largement privilégié les conclusions de groupes comme Christian Aid, Oxfam et Save the Children.(10)

Au sein de l'ONU, les ONG sont à l'origine de nombreux et puissants lobbies et, comme on le démontrera, plus loin, dans les études de cas, elles exercent une influence majeure sur de nombreuses actions et programmes de l'ONU, notamment pour des problèmes définis en termes de droits de l'homme. La déclaration suivante du secrétaire général donne une idée de ce partenariat : « les ONG sont des partenaires essentiels et indispensables pour les gouvernements et la communauté internationale, elles sont un moteur de conceptualisation et d'implémentation de décisions prises dans la plupart des débats de l'ONU »(11)

Les ressources dont disposent les ONG leur donnent également accès aux médias. Des responsables et des porte-parole des plus grandes ONG, tels que Kenneth Roth, de HRW, et Irene Kahn, d'Amnesty, sont régulièrement invités par les chaînes de radio et de télévision, et leurs analyses sont souvent publiées dans les pages de libres opinions des grands quotidiens. Leurs analyses et leurs allégations d'atteintes aux droits de l'homme sont relayées par tous les médias et présentées comme impartiales, objectives et fiables.(12)

Dans le réseau des ONG, les grandes et les petites organisations coexistent et se renforcent mutuellement. Les grandes ONG forment le sommet de la hiérarchie et ont le plus de ressources et d'influence. Amnesty se vante d'avoir un demi-million de membres, un budget annuel de 30 millions de dollars et d'être présente dans 140 pays. Human Rights Watch a un budget annuel de 22 millions de dollars, et Christian Aid a reçu 58 millions de livres sterling en 2002. Ces superpuissances du réseau des ONG de droits de l'homme ont des liens avec de nombreux groupes locaux auxquelles elles distribuent des fonds, donnent accès aux médias et fournissent du personnel, et ce en échange d'informations et de visibilité sur le terrain afin d'accroître leur propre crédibilité.

Dans une large mesure, l'influence des principales ONG et la capacité qui en découle de récolter des fonds philanthropiques et gouvernementaux, dépendent du maintien de ces relations étroites avec des ONG locales implantées dans des régions spécifiques. Cela corrobore leurs affirmations de liens avec la base. De leur côté, les ONG locales bénéficient d'une plus grande attention à leurs objectifs, grâce à leurs relations avec de grandes organisations. Celles-ci leur procurent les ressources et les relations indispensables à des actions de relations publiques et de lobbying efficaces, ainsi que des liens directs avec les médias et les gouvernements.

Mais ces petites ONG qui, pour la plupart, opèrent dans des environnements tiers-mondistes, sont souvent très dépendantes des pouvoirs en place. S'agissant du conflit israélo-arabe – dans lequel les ONG internationales de droits de l'homme investissent plus que dans tous les autres conflits dans le monde – la plupart des interlocuteurs des ONG sont des groupes palestiniens et arabo-israéliens. Parmi ces groupes, on compte le Comité palestinien des droits de l'homme et de l'environnement, le Miftah, le Al-Haq, le Al-Mezan, et le Adalah. De même que la plupart des autres organisations "civiles" palestiniennes, ces groupes sont étroitement liés à l'OLP de Yasser Arafat et ne peuvent – ni ne veulent – s'écarter de la ligne officielle. Une analyse des activités et des programmes d'action d'un grand nombre de ces ONG démontre que beaucoup de questions essentielles, telles que les conséquences humanitaires des attentats terroristes palestiniens, ou même la question de la corruption au sein de l'Autorité palestinienne, ne figurent même pas dans leur ordre du jour.(13)

Les grandes ONG elles-mêmes recrutent leurs responsables dans le monde du militantisme politique. Par exemple, Joe Stork, responsable de la section Moyen-Orient de HRW, a été, pendant des années, rédacteur en chef du Middle-East Report, une publication dont la ligne politique a fait – et fait toujours – preuve d'un parti pris hostile aux politiques d'Israël et des États-Unis. Les opinions politiques de la plupart des dirigeants des ONG reflètent souvent leur étroite association avec l'ONU. Jeremy Rabkin a mis en lumière le lien entre les ONG et les rapports de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, qui a « condamné Israël à six reprises en 2001, et à huit reprises en 2002, alors qu'aucun autre État n'a jamais fait l'objet de plus d'une condamnation en une année. »(14) De nombreux responsables d'ONG ont un très fort préjugé favorable à la victimisation tiers-mondiste, et un parti pris hostile aux "hégémonistes" que sont les États-Unis, l'Occident et Israël.(15)

De par la nature même de leur organisation, les ONG de droits de l'homme sont susceptibles de faire preuve d'a priori. Elles tirent leurs informations de groupes locaux, et louent les services d'anciens activistes politiques pour les traiter. De ce fait, comme on le verra dans les exemples qui suivent, les ONG trahissent systématiquement les principes mêmes d'objectivité et d'impartialité qu'elles affirment incarner.


Durban et le "racisme"

La Conférence mondiale de l'ONU contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui en découle, s'est déroulée à Durban, en septembre 2001. Cette conférence de haut niveau a eu lieu sur fond d'échec des accords d'Oslo et d'une année de violence intense, en particulier sous forme d'attentats terroristes palestiniens de masse et de représailles israéliennes. En fait, cette conférence n'a donné lieu qu'à une condamnation automatique d'Israël et, plus généralement, elle a remis en course le motif : sionisme = racisme.(16) Ce qu'on a appelé le "processus de Durban" est un élément-clé de la stratégie qui vise à isoler Israël, avant d'internationaliser le conflit israélo-palestinien et d'imposer à Israël une solution inéquitable(17)

Le programme de l'ONU pour Durban (et les activités qui s'y rapportent, avant et après la Conférence) – contenait une invitation aux « ONG désireuses d'être représentées par des observateurs ». Sous les auspices de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, dirigée par Mary Robinson, deux conférences, distinctes mais conjointes, furent organisées : l'une pour les délégués gouvernementaux et, parallèlement, un forum plus large et plus visible pour les ONG. Le programme et les textes préliminaires furent rédigés au cours d'une quatrième (et ultime) conférence préliminaire à Téhéran, dont Israël et les ONG israéliennes furent automatiquement exclus par le gouvernement iranien. En leur absence, le projet de résolutions a inclus des références à « un holocauste commis par les israéliens » et à « l'antisémitisme d'Israël ».(18)

A Durban, les ONG et leurs représentants ont été au centre de l'attention générale. Leur participation à la conférence avait été financée par des subventions de l'ONU, de certains gouvernements (le Canada et l'UE) et par des organisations philanthropiques, telle la Fondation Ford.(19) Une ONG palestinienne regroupant plus de quatre-vingt dix organisations concentra ses ressources sur Durban et mit sur le devant de la scène des personnalités, telle Hanan Ashrawi, ancienne ministre de l'éducation d'Arafat et porte-parole fréquent de l'Autorité palestinienne.(20) Le Comité palestinien de la protection des droits de l'homme et de l'environnement (plus connu sous les initiales LAW), qui avait reçu une subvention de plus d'un million de dollars de la Fondation Ford, ainsi que des subventions de plus d'une trentaine de sponsors, dont l'Union européenne, a joué un rôle central dans les comités directeurs, les ateliers de discussion et autres activités relatives à Durban, basés sur le motif d'Israël, « État qui pratique l'apartheid ».(21)

La déclaration finale, adoptée d'un commun accord, était une condamnation sans équivoque d'Israël et de sa politique. Ce document affirmait que « les victimes visées par le genre d'apartheid et de nettoyage ethnique israéliens étaient en particulier les enfants, les femmes et les réfugiés(22) et il appelait à une politique d'isolement complet et total d'Israël, en tant qu'État pratiquant l'apartheid… à l'imposition de sanctions et d'embargos obligatoires, à une rupture totale de tous les liens (diplomatiques, économiques, sociaux, aide et entraînement militaires) entre tous les États et Israël ».(23) La déclaration des ONG condamnait aussi Israël pour « perpétration de crimes racistes contre l'humanité, incluant nettoyage ethnique et actes de génocide ».(24) Le document ne contenait aucune référence à la terreur palestinienne, ni à l'existence d'ateliers de fabrication d'engins explosifs dans des zones à grande densité de population. De plus, les ONG redéfinissaient l'antisémitisme en y incluant le « racisme anti-arabe ».(25)

Ce résultat déclencha immédiatement un immense tollé, notamment de la part des États-Unis. Que des ONG locales aient fait pression en faveur de déclarations extrémistes, c'était une évidence, mais qu'en était-il des grandes organisations internationales telles que la Fondation Ford, HRW, Amnesty et la Commission internationale de juristes ?

HRW, qui a son siège à New York, tenta d'éviter une perte de crédibilité (et de dons) en prenant ses distances par rapport à ces incitations anti-israéliennes et à l'ordre du jour politique éhonté de Durban.(26) Pourtant, les faits montrent que la complicité de HRW dans ce qui est résulté de Durban n'est pas mince. Anne Bayefsky, experte en matière de droits de l'homme, a montré que Kenneth Roth, directeur de HRW, a bel et bien affirmé le rôle de premier plan qu'a joué son organisation à Durban, lorsqu'il a déclaré : « Il est clair que les pratiques racistes d'Israël sont un sujet de discussion approprié ».(27) Au forum des ONG de Durban, HRW et d'autres groupes contribuèrent à empêcher les représentants des ONG israéliennes (dont l'Association internationale des avocats et juristes juifs, ou IAJLJ) de faire partie du comité des ONG internationales de droits de l'homme. Au cours de cette assemblée, Reed Brody, directeur juridique de HRW, déclara que les représentants des groupes juifs n'étaient pas les bienvenus.(28)

La conférence de Durban a donc constitué un élément important de la stratégie politique visant à isoler Israël de la communauté internationale, et les réseaux d'ONG ont joué un rôle central dans cette stratégie.


Les "crimes de guerre" israéliens

Un parti pris politique entacha également les réactions des ONG aux opérations militaires d'avril 2002, à Jénine (Opération "Bouclier de défense"), suite à de graves attentats terroristes palestiniens de février et mars 2002. Le camp de réfugiés de Jénine formait le noyau du réseau terroriste palestinien. Pour agir contre lui, Israël décida de ne pas procéder à des bombardements aériens, qui auraient coûté la vie à beaucoup d'innocents. L'armée israélienne a donc choisi de déployer son infanterie. Au cours de l'intense combat rapproché qui dura plusieurs jours, entre 50 et 60 Palestiniens (dont beaucoup étaient armés) et 30 soldats israéliens furent tués. Pendant l'affrontement, les dirigeants palestiniens lancèrent une campagne de propagande politique de grande envergure, accusant Israël d'avoir massacré des centaines de civils.

Les responsables des ONG eurent la vedette dans les reportages de presse, qui donnèrent un large écho (la plupart du temps sans aucun recul critique) à ces allégations de "massacres". La BBC rapporta les propos de Derrick Pounder, membre d'Amnesty International, selon lequel tout semblait indiquer qu'il s'agissait d'un massacre.(29) Si Roth (HRW) et Kahn (Amnesty) s'abstinrent de reprendre des fausses déclarations concernant les pertes humaines palestiniennes, leurs commentaires publics, ainsi que leurs communiqués de presse et leurs reportages faisaient largement référence à des allégations non corroborées de "crimes de guerre" israéliens.(30) Des mois après les événements, les ONG rendirent publics d'autres rapports détaillés avec des conclusions identiques, qui eurent pour résultat une autre fournée de reportages de presse marquants.

En Angleterre, Christian Aid – l'une des plus riches et plus puissantes ONG d'Europe – réalisa Peace under Siege [La paix assiégée], un film consacré à l'opération "Bouclier de défense", qui fut inclus dans sa campagne de collecte de dons. Il faut savoir qu'au Royaume Uni, Christian Aid bénéficie d'un important soutien de la part des grandes Eglises, dont l'Eglise anglicane. D'après l'exposé de sa mission, son objectif est de « favoriser toute les entreprises charitables qui soulagent et combattent la malnutrition, la famine, la maladie, les épidémies, ou la détresse, dans le monde entier… de favoriser toute action charitable qui fait progresser ou aide d'autres oeuvres charitables de cette nature, entreprises par le Conseil britannique des Eglises, ou avec son soutien, ou son approbation… tirant son inspiration du rêve d'un monde nouveau où tous pourront bénéficier d'un avenir meilleur et plus juste ».(31) Cet ordre du jour politique bénéficie d'une très grande légitimité au sein de l'élite politique de la gauche anglaise.

Le film de Christian Aid insiste sur l'affirmation selon laquelle la politique anti-terroriste israélienne a essentiellement pour but de ruiner l'économie palestinienne et de détruire ses infrastructures. Son analyse des « racines de la pauvreté palestinienne » met l'accent sur la politique israélienne dans laquelle « un enfant palestinien est abattu à chaque coin de rue ». Les attentats-suicide ne sont que brièvement mentionnés, dans un passage qui dure quatre secondes, et cette mention est suivie de plusieurs minutes d'images illustrant les dommages provoqués par les représailles israéliennes. Le film omet de mentionner les attentats terroristes qui ont précédé l'opération "Bouclier de défense", et l'existence d'ateliers de fabrication d'engins explosifs, situés au sein de la population civile. De plus, des scènes de tanks repoussant des ambulances figurent largement dans le film, alors que les images des souffrances endurées par les Israéliens sont quasiment inexistantes.(32)

Les réactions politisées des ONG de droits humains aux événements de Jénine et à l'opération "Bouclier de défense" trouvent leur illustration dans les multiples condamnations de "crimes de guerre" israéliens et de l'usage "disproportionné", "indiscriminé" et "excessif" de la force. L'initiative de cette rhétorique a souvent été le fait d'ONG palestiniennes (y compris israélo-arabes) locales, et elle a été amplifiée par des organisations internationales. Par exemple, en juin 2002, une ONG connue sous le nom de Adalah (Centre juridique des droits des minorités arabes d'Israël),(33) et subventionnée par la Fondation Ford, l'Union Européenne et d'autres organisations, a publié un rapport affirmant que « l'attaque contre la population, les infrastructures et les biens de la population civile, et contre la vie et la personne de civils est absurde et disproportionnée, et a été réalisée en faisant une usage excessif de la force. Les auteurs de cette pétition ont exigé la fin immédiate des bombardements et des frappes contre des civils et des cibles civiles, puisque l'armée n'a pas le droit d'attaquer sans discrimination des objectifs civils. »(34)

Les ONG internationales ont alors repris cette terminologie. Amnesty International a donné un grand retentissement à la publication de son rapport intitulé Israël/Territoires occupés : les destructions injustifiées constituent un crime de guerre, dans lequel il est dit : « Amnesty International exige que les autorités israéliennes mettent fin immédiatement à la pratique qui consiste à détruire des maisons palestiniennes et autres propriétés, et à utiliser une force excessive, disproportionnée et incontrôlée contre des Palestiniens non armés dans les zones urbaines, pratique qui fait des morts et des blessés parmi les civils non armés, dont des enfants. »(35)

Le flot montant de la rhétorique politique des groupes locaux et des ONG internationales se manifeste également dans les activités de la Commission Internationale de Juristes, ou ICJ, dont le siège est à Genève. Cette organisation affirme qu'elle «s'engage à défendre la suprématie, la cohérence et l'application du droit international et des principes qui favorisent les droits de l'homme», sur la base de son « approche juridique impartiale, objective et autorisée de la protection et de la promotion des droits de l'homme par l'autorité de la loi. »(36) En réalité, ICJ est étroitement liée à trois ONG palestiniennes extrêmement politisées, à savoir : Al-Haq, LAW et le Centre Palestinien pour les droits de l'homme (PCHR). Ces trois organisations sont financées par la Fondation Ford et l'UE. Elles ont été très actives dans le cadre de Durban et ont constamment attaqué Israël sur le terrain des droits de l'homme, en usant d'une terminologie de droit international. Un communiqué de presse de LAW, très révélateur, présente une liste des pertes palestiniennes, mais ne mentionne pas les attentats terroristes [commis en Israël].(37) Un autre rapport de LAW, lancé par ICJ dans le cadre d'une opération de relations publiques à l'échelle mondiale, affirme qu'on a « la preuve que la politique israélienne cible délibérément les populations civiles, ou lance des attaques indiscriminées, en sachant qu'elles causeront des dommages démesurés à la vie, à l'intégrité physique et aux biens des civils. »(38)

Cette déclaration, comme beaucoup d'autres provenant des ONG, ignore les problèmes juridiques et politiques complexes afférents aux définitions de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Aucune tentative n'est faite d'établir des critères et d'analyser le contexte des événements. Ce refus de contextualisation est démontré par l'analyse des rapports, des communiqués de presse et des bulletins de Human Rights Watch, relatifs au conflit israélo-palestinien pendant la période d'octobre 2000 à avril 2004. Sur un total de 103 communiqués, seuls 13 mentionnent des attentats palestiniens tels que des explosions dans des bus et des restaurants, des fusillades à partir de véhicules, et des tentatives d'attentats de grande ampleur destinés à tuer le plus de civils possible. La grande majorité des bulletins de HRW a consisté à condamner les représailles israéliennes (ainsi qu'à apporter un soutien sans faille aux efforts faits en Belgique pour traduire Ariel Sharon en justice à propos des événements du Liban en 1982).

Dans le même esprit, la communauté des ONG a lancé une très vaste campagne de condamnation des exécutions ciblées de chefs terroristes par les Israéliens, notamment celles du Cheikh Ahmed Yassin et d'Abd al Aziz ar-Rantisi, dirigeants du Hamas, début 2004. Il y a de très nombreux débats à propos de la légitimité morale et internationale de cette politique d'Israël, et de solides arguments ont été avancés de part et d'autre, non seulement en termes de politique, mais aussi dans le contexte d'une réponse plus globale au terrorisme stratégique à grande échelle. Cependant, il est rare que des échos de ce débat apparaissent dans les prises de position des ONG.

Par exemple, dans le World Report (Rapport mondial) de 2004, Roth, ancien procureur, directeur exécutif du HRW, accuse Israël d'attaques "indiscriminées" qui « causent des dommages disproportionnés aux populations civiles » ; il polémique contre la substitution des « règles de la guerre à celles de l'application de la loi, alors qu'on peut raisonnablement s'en remettre à cette dernière. » Roth suggère donc que les terroristes doivent « être appréhendés et jugés plutôt qu'être exécutés sommairement, arguant que ces assassinats sont habituellement perpétrés alors qu'aucun affrontement n'a lieu. »(39) En sens contraire, on a fait valoir que les exécutions ciblées sont en fait les mesures les plus judicieuses en termes de contre-terrorisme, et que des tentatives d'arrestation de terroristes en terrain hostile seraient de nature à causer des pertes massives.(40) Si l'on s'en tenait à la position de HRW, on ne saurait même pas qu'Israël a le droit pour lui et que son droit bénéficie du soutien de nombreuses instances juridiques importantes.

Par ailleurs, il y a de notables exceptions à cette tendance générale, et d'importantes ONG ont parfois mis l'accent sur les atteintes aux droits de l'homme que constituent les attentats terroristes palestiniens. Par exemple, en octobre 2002, HRW a diffusé un document de 172 pages, intitulé « Liquidés en un instant: les attentats-suicide à l'explosif contre des civils israéliens. »(41) Ce document constituait une innovation exemplaire par rapport aux positions antérieures. HRW a illustré et critiqué la violence et d'autres pratiques peu recommandables de groupes non gouvernementaux, tels que l'Autorité palestinienne, l'OLP, le Hamas, etc. Les attentats terroristes ont été stigmatisés comme constituant « des crimes contre l'humanité » et leur impact sur les Israéliens a été exposé clairement et en détail. Toutefois, HRW a fait preuve de ménagement dans ses conclusions, en refusant d'admettre la responsabilité directe de Yasser Arafat dans ces attentats (le chef de l'OLP a été critiqué pour avoir péché par omission – en ne faisant rien pour empêcher ces attentats). HRW a aussi persisté à refuser à Israël le droit de se défendre contre le terrorisme. Aussi, ce rapport n'a-t-il pas eu d'impact sur la campagne subséquente de lobbying de HRW contre la barrière de séparation destinée à protéger Israël du terrorisme.

Ainsi, malgré quelques exceptions notables, l'impression globale que laissent les ONG de droits de l'homme est que le conflit israélo-palestinien n'est qu'un affrontement moralement disproportionné entre le bourreau et sa victime, entre l'oppresseur et l'opprimé, conflit dans lequel presque toute la culpabilité incombe à un seul camp - position plus ou moins identique à celle de la thèse palestinienne.


Barrière et réfugiés

La communauté des ONG a également joué un rôle déterminant dans la campagne visant à discréditer la construction par Israël de la barrière de sécurité, souvent désignée comme le « mur de l'apartheid israélien » devant l'opinion publique et à la Cour Internationale de Justice.

Sur ce sujet, comme en beaucoup d'autres afférents au conflit israélo-arabe, HRW a été l'un des groupes les plus actifs, en diffusant des communiqués de presse, et en procédant à des envois massifs de courriers électroniques contenant un appel au gouvernement américain à pénaliser Israël pour la construction de la barrière de séparation.(42) Les déclarations de HRW répètent, à la manière d'un perroquet, les allégations palestiniennes, selon lesquelles la barrière restreindrait la "liberté de mouvement", compromettrait « l'accès aux vivres, à l'eau, à l'éducation et aux services médicaux », et constituerait une appropriation de territoire, sans donner les raisons pour lesquelles Israël édifie cette barrière(43) Ces textes contiennent peu ou sont dépourvus d'analyses de l'environnement sécuritaire d'Israël, et du rôle de l'Autorité palestinienne dans l'échec des accords d'Oslo et dans l'utilisation stratégique du terrorisme. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, le choix des questions sur lesquelles est mis l'accent, autant que la rhétorique et la reprise des allégations palestiniennes, traduisent un ordre du jour politique.

En définitive, le réseau des ONG a joué un rôle important dans la légitimation de l'exposé palestinien très contesté des origines du conflit et de la question des réfugiés. Les revendications relatives au statut et au droit des réfugiés font partie des principaux sujets de contestation depuis la guerre de 1948. La question est extrêmement complexe, ce qui n'a pas empêché les ONG locales et internationales d'émettre des déclarations de soutien aux exigences palestiniennes, masquées sous une terminologie à caractère humanitaire. Par exemple, le Projet Eye to Eye (les yeux dans les yeux) de la fondation Save the Children (SCF) met à la disposition « d'enseignants et d'éducateurs, qui manquent souvent de connaissances approfondies, un centre de ressources pour l'éducation. » Mais ce centre diffuse une polémique anti-israélienne qui manque d'équilibre et ne laisse pas place à des points de vue différents ni à d'autres interprétations des événements. Le tableau chronologique du Centre de ressources contient une liste incomplète et partiale des résolutions et des traités de l'ONU, ignore certains traités et résolutions de l'ONU, d'où résulte une version de l'histoire qui attribue à Israël la responsabilité exclusive du conflit. SCF explique, de manière fallacieuse, que si le problème des réfugiés n'est pas réglé, c'est « dû, en grande partie, à l'opposition d'Israël au retour des réfugiés et, également, à un manque de volonté mondiale de faire respecter le droit international qui s'applique aux réfugiés palestiniens. »(44) De manière similaire, dans ce centre de ressources, l'explication de l'origine de la reprise de la violence, qui a commencé en septembre 2000, suit à la lettre le schéma palestinien.(45) Rien de tout cela n'a rapport aux activités médicales de Save the Children, et met à nouveau en lumière l'exploitation de la cause des droits de l'homme, de sa rhétorique et des ressources dont elle dispose, qui sont en fait mises au service d'un projet politique.

Beaucoup d'autres membres du réseau des ONG adoptent le discours palestinien sur le «droit de retour». HRW a publié un document d'orientation, intitulé explicitement : "Le droit de retour",(46) et les publications de Christian Aid utilisent aussi régulièrement cette expression. Enfin, l'ONG palestinienne PNGO (Réseau palestinien non gouvernemental), qui regroupe 92 organisations, dont Al-Mezan, Miftah, Al-Haq, etc., a condamné la déclaration conjointe de Sharon et Bush, en avril 2004, comme s'opposant au « droit de retour des réfugiés palestiniens. »(47)


Actions futures

La partialité politique des ONG concernant le Moyen-Orient, s'ajoutant à leur défaut de transparence et de reddition de comptes au public, commence à entamer leur crédibilité. En novembre 2003, suite à des rapports parus dans les médias et à une enquête du Congrès, dirigée par le député démocrate, Jerrold Nadler (de New York), la présidente de la Fondation Ford, Susan Berresford, a procédé à des changements dans la politique de subventions attribuées par sa Fondation à certaines ONG. Berresford a reconnu que « des administrateurs, cadres et membres de la direction de Ford avaient été dégoûtés par l'antisémitisme qui s'était exprimé à Durban » et elle a annoncé que la Fondation Ford cesserait de subventionner LAW, en partie du fait de « la conduite de [ses] dirigeants, lors de la conférence mondiale sur le racisme, à Durban en 2001 ». De plus, Berresford a annoncé de nouvelles mesures «qui exprimeront notre refus de tolérer toute activité inacceptable de la part des bénéficiaires [de nos subventions]», parmi lesquelles toute action qui encourage ou excuse le fanatisme, ou appelle à la destruction de quelque État que ce soit. « Nous ne soutiendrons jamais des organisations qui favorisent le racisme ou le fanatisme, ou qui remettent en question l'existence même d'États légitimes et souverains, comme Israël. »(48) Pour mettre en œuvre ce changement de sa politique, la fondation a engagé Stuart Eizenstadt, un ancien membre de l'administration Carter. Reste à voir si cette réaction se traduira par de grands changements dans le financement d'ONG hostiles à Israël.

En janvier 2004, l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a publié des directives exigeant que les ONG financées par cette agence s'engagent « à ne pas encourager ni pratiquer la violence, le terrorisme, le fanatisme, l'appel à la destruction d'un État, ni… à reverser en sous-main des subventions à toute entité qui s'adonne à ces activités. »
Cette liste de directives du gouvernement américain a donc exclus certaines organisations, dont de nombreux groupes palestiniens tels le Hamas, le Jihad Islamique, les Brigades des Martyrs d'al-Aqsa (la branche armée du Fatah), le Front populaire de Libération de la Palestine, ainsi que le Front Démocratique pour la Libération de la Palestine.(49) En réaction, le Réseau non gouvernemental palestinien (PNGO), qui comprend 92 ONG palestiniennes, a refusé d'adhérer à cet engagement et de signer ce document. Les membres de PNGO ont annoncé qu'ils préféraient se passer de l'aide de l'USAID, qui s'est élevée à environ un milliard de dollars entre 1993 et 2002 pour la Rive occidentale [Judée et Samarie] et Gaza. PNGO a exhorté ses membres à rechercher, en Europe et au Japon, des financements alternatifs qui n'exigent pas un engagement de cette nature.(50)

Il est clair qu'il y a une prise de conscience grandissante du fait que, dans certains cas, la ligne de conduite de certaines ONG contribue à cette atmosphère de tolérance envers la violence et les violations des droits de l'homme, qu'elles se sont précisément engagées à combattre. Malheureusement, cette prise de conscience se limite encore au gouvernement américain et, dans une certaine mesure, à la Fondation Ford. Par contre, HRW, Amnesty, Oxfam, Christian Aid, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme, la Commission internationale de juristes, ainsi que leurs partenaires palestiniens, continuent à poursuivre des objectifs politiques sous les apparences de la défense des droits de l'homme. Les prétentions de défense de la morale et d'aide aux victimes jouissent encore d'une très grande crédibilité, sans faire l'objet d'une enquête rigoureuse. Tant que le public n'exigera pas que ces ONG soient soumises aux mêmes investigations que les gouvernements et les grandes sociétés, elles continueront à faire un usage subjectif et partisan de termes tels que crimes de guerre, crimes contre l'humanité, usage disproportionné de la force, représailles excessives, exécutions aveugles, et usage arbitraire de la force. Ce faisant, elles continueront de jouer un rôle majeur dans la stratégie palestinienne consistant à isoler et à délégitimer Israël et sa ligne de conduite.

Outre la nécessité d'étendre l'analyse et la reddition publique de comptes, par le biais d'initiatives telles que NGO Monitor [Observatoire des ONG] et NGO Watch [Surveillance des ONG], ainsi que par des auditions devant le Congrès et des rapports d'investigation, il existe des stratégies supplémentaires pour réformer ces ONG de droits de l'homme.

Beaucoup d'ONG sont financées par des multinationales et des fonds privés. Mettre en évidence le soutien qu'apportent certaines ONG à des causes politiques radicales, sous le couvert de la défense des droits de l'homme, peut constituer une publicité négative. Lorsque le soutien de la Fondation Ford aux principales ONG actives à Durban a été révélé, les responsables de cette fondation ont réagi immédiatement et ont coupé les fonds à certaines ONG [mises en cause]. A plus long terme, la promulgation d'une charte de bonne conduite pour les ONG, similaire à celles qui régissent les codes de déontologie de journalistes, d'avocats et d'universitaires, permettrait de créer des normes à l'aune desquelles les ONG seraient évaluées. Mais pour parvenir à cette responsabilisation des ONG, il faut dissiper le halo qui leur a, jusqu'alors, accordé l'immunité face aux remises en cause, même lorsque ces organisations favorisent des objectifs politiques palestiniens radicaux.

Gerald M. Steinberg *

© Middle East Quarterly pour l'original anglais et upjf.org pour la version française.


* Gerald M. Steinberg enseigne les sciences politiques et dirige le programme interdisciplinaire consacré à la gestion des conflits et à la négociation; il est également l'un des principaux chercheurs au Centre d'études stratégiques du BESA, à l'Université Bar Ilan. Cet article prend en compte les recherches de Simon Lassman, Simon Plosker, Aharon Etengoff et d'autres membres de l'équipe de NGO Monitor Watch.

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Notes

(1) Consultable à www.un.org/Overview/rights.html
(2) The Jerusalem Post, 13 avril 2004.
(3) David Rieff, The Precarious Triumph of Human Rights, The New York Times Magazine, 8 août 1999 ; Kenneth Anderson, The Limits of Pragmatism in American Foreign Policy : Unsolicited Advice to the Bush Administration on Relations with International Nongovernmental Organizations, The Chicago Journal of International Law, Automne 2001, p. 371-88; Richard John Neuhaus, The Public Square, First Things, février 2000, p. 77 www.firstthings.com/ftissues/ft0002/public.html 
(4) Comparaison des objectifs déclarés et des comportements des ONG : www.ngo-monitor.org 
(5) Guiding Principles, Amnesty International : amnesty.mahiti.org/Amnesty/about_us/guiding_principles 
(6) About Us, International Commission of Jurists : www.icj.org/rubrique.php3?id_rubrique=11&lang=en 
(7) Euro-Mediterranean Human Rights Network : www.euromedrights.net/english/main.html 
(8) The Guardian, 29 janvier 2004 : www.guardian.co.uk/uk_news/story/0,3604,1133558,00.html 
(9) Voir www.ngo-monitor.org
(10) International Development—Second Report, House of Commons International Development Committee on Development Assistance to the Occupied Palestinian Territories, Londres, 15 janvier 2004 :
www.publications.parliament.uk/pa/cm200304/cmselect/cmintdev/230/23002.htm#evidence 
(11) NGOs and the United Nations, Comments for the Report of the Secretary General, Global Policy Forum, juin 1999 :
www.globalpolicy.org/ngos/docs99/gpfrep.htm#2 
(12) Fiamma Nirenstein, The Journalists and the Palestinians, Commentary, Janvier 2001, p. 55-7.
(13) Descriptifs de ces organisations : www.ngo-monitor.org
(14) Jeremy Rabkin, cited in Rome's New Empire, Azure, Hiver 2003, p. 19-20.
(15) Josef Joffe, The Demons of Europe, Commentary, janvier 2004 : www.likud.nl/press312.html 
(16) Irwin Cotler, Durban's Troubling Legacy One Year Later : Twisting the Cause of International Human Rights against the Jewish People, The Jerusalem Issue Brief, Institute for Contemporary Affairs/Jerusalem Center for Public Affairs, 20 août 2002 :
www.jcpa.org/brief/brief2-5.htm 
(17) Palestine Liberation Organization presentations to the Mitchell Commission, avril 2001 : www.bitterlemons.org/docs/mitchell.html 
(18) The Draft Declaration : Unfair Charges of Racism against Israel : www.adl.org/durban/draft.asp 
(19) Jewish Telegraphic Agency, 17 octobre 2003 : www.jta.org/ford.asp
(20) Voir Hanan Ashrawi, Address to the World Conference against Racism, Racial Discrimination, Xenophobia, and Related Intolerances, Durban, South Africa, 28 août 2001 : www.caabu.org/press/articles/ashrawi-durban-speech.html
(21) Jewish Telegraphic Agency, 17 octobre 2003; Palestinian Affiliates of the International Commission of Jurists (ICJ), NGO Monitor Analysis, 31 mars 2003 : ngo-monitor.org/editions/v1n06/v1n06-1.htm
(22) WCAR NGO Forum Declaration, 3 septembre 2001, Article 164 : www.racism.org.za/index.html
(23) Ibid., Article 425.
(24) Ibid., Article 426.
(25) Ibid., Article 46.
(26) The Jerusalem Post, 13 avril 2004.
(27) Cité par Anne Bayefsky, National Public Radio, 14 août 2001 ; cité par Anne Bayefsky, Human Rights Watch Coverup The Jerusalem Post, 13 avril, 2004.
(28) Cité par Anne Bayefsky, Human Rights Watch Coverup.
(29) Jenin, ‘Massacre Evidence Growing', BBC, 18 avril 2002 : news.bbc.co.uk/1/hi/world/middle_east/1937048.stm
(30) Jenin : IDF Military Operations, HRW, mai 2002 : www.hrw.org/reports/2002/israel3  Israel/Occupied Territories : Jenin War Crimes Investigation Needed, Idem, 3 mai 2002 : www.hrw.org/press/2002/05/jenin0503.htm  Joint Statement with Amnesty International and the International Commission of Jurists Given in Jerusalem, 7 avril 2002, Idem : hrw.org/press/2002/04/isrstmnt040702.htm  Israel :Don't Coerce Civilians to Do Army's Work, Idem, 18 avril 2002 : hrw.org/press/2002/04/israel041802.htm   Live from Jenin, Online Chat in Washington Post with Peter Bouckaert, Idem, 26 avril 2002 : hrw.org/campaigns/israel/jenin-chat.htm
(31)
Extract from the Central Register of Charities Maintained by the Charity Commission for England and Wales : www.charity-commission.gov.uk/regis...r=&chyno=258003 
(32) Christian Aid's Political Campaign Continues : ‘Peace under Siege', NGO Monitor Analysis, 23 octobre 2003 : ngo-monitor.org/editions/v2n03/v2n03-2.htm 
(33) Adalah and the Impact of Legal-based NGOs in the Arab-Israeli Conflict, NGO Monitor Analysis, 23 octobre 2003 : ngo-monitor.org/editions/v2n03/v2n03-1.htm 
(34) Israeli Military Attacks on the Occupied Palestinian Territories Special Report, Adalah : www.adalah.org/eng/optagenda.php 
(35) Israel/Occupied Territories: Wanton Destruction Constitutes a War Crime, Press release, Amnesty International : web.amnesty.org/library/Index/ENGMD...open&of=ENG-ISR 
(36) About Us, International Commission of Jurists www.icj.org/rubrique.php3?id_rubrique=11&lang=en 
(37) Israeli Forces Rampant in Nablus Old City, News release, LAW, 23 février 2003 :
www.law-society.org/Press/Preleases...feb/feb23e.html 
(38) Dianne Luping, Updated Overview of Israeli War Crimes and Crimes against Humanity, LAW, 2 avril 2002 :
www.lawsociety.org/Reports/Index.html 
(39) Kenneth Roth, Drawing the Line : War Rules and Law Enforcement Rules in the Fight against Terrorism, Human Rights Watch World Report, janvier 2004 : www.hrw.org/wr2k4/9.htm 
(40) Steven R. David, Fatal Choices : Israel's Policy of Targeted Killing, The BESA Center for Strategic Studies, Université Bar-Ilan, Mideast Security and Policy Studies No. 51, septembre 2002 : www.biu.ac.il/SOC/besa/david.pdf 
(41) Erased in a Moment : Suicide Bombing Attacks against Israeli Civilians, HRW, New York, octobre 2002 :
www.hrw.org/reports/2002/isrl-pa 
(42) Israel : West Bank Barrier Endangers Basic Rights  US Should Deduct Costs from Loan Guarantees, HRW, 1er octobre 2003 : www.hrw.org/press/2003/10/israel100103.htm 
(43) Ibid.
(44) Palestinian Rights Issues, 'Save the Children' Fund, Eye to Eye for Teachers :
www.savethechildren.org.uk/eyetoeye...nce/rights.html 
(45) Save the Children Fund (SCF)'s Eye to Eye Project, NGO Monitor Analysis, 4 août 2003 :
www.ngo-monitor.org/editions/v1n11/v1n11-2.htm 
(46) HRW, News release : www.hrw.org/campaigns/israel/return
(47) Palestinian NGO Network, News release, 17 avril 2004 : www.pngo.net/statments/bush170404en.htm 
(48) Letter to Rep. Jerrold Nadler (D-New York), Ford Foundation, 17 novembre 2003 :
www.fordfound.org/newsroom/docs/svb_letter.pdf 
(49) Terrorism. What You Need to Know about Sanctions, US Department of Treasury, Office of Foreign Assets Control :
www.usaid.gov/wbg/misc/2004.Certifi...t_Financing.pdf  et www.ustreas.gov/offices/eotffc/ofac...ions/t11ter.pdf
(50) The Jerusalem Times, 15 janvier 2004.

Gerald M. Steinberg *

© Middle East Quarterly pour l'original anglais et upjf.org pour la version française.