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Israël (Société - mentalités)
Israël (boycott d')

Affronter de l'intérieur le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), Isi Leibler
20/07/2011

Sur le Blog de l'auteur, 20 juillet 2011 Titre de la version anglaise : « Confronting BDS from home »

Traduction française : Menahem Macina

Je suis plutôt mécontent de la loi anti-boycott – et ce non pas parce que l'extrême gauche hystérique hurle qu'elle mine la démocratie israélienne. Ce qui m'inquiète, c'est que si elle n'est pas convenablement comprise, elle permettra à ceux qui diabolisent l'État juif de poser en faux martyrs de la cause de la liberté d'expression.

Cette législation a déjà semé l'inquiétude et la confusion chez nombre de nos véritables amis. C'est particulièrement le cas aux États-Unis, où le concept de liberté d'expression sans limites est un fétiche, basé (à mon avis) sur la croyance erronée que la discussion publique neutralise les fauteurs de haine. Il existe même des partisans juifs américains de la liberté civile qui défendent le droit des Nazis d'inciter à la haine.

Paradoxalement pourtant, sous l'administration Carter, les États-Unis ont proposé des lois bien plus draconiennes contre le boycott d'Israël, que la législation, somme toute, anodine (assortie de peines civiles plutôt que criminelles) votée par la Knesset. Il est notable que Will Maslow, un éminent libéral du Congrès juif américain, qui a fièrement réalisé un bulletin détaillant les mesures prises contre le boycott arabe, n'a jamais été accusé de soutenir une législation fasciste.

Une grande partie de la couverture médiatique s'est concentrée sur les recours civils que la loi met à la disposition des victimes des campagnes de boycott d'Israël ou de communautés israéliennes. Si les actions de ceux qui promeuvent le boycott causent des dommages à des secteurs de la société israélienne, les boycotteurs seront contraints d'en supporter le coût. L'ancien juge israélien de la Cour suprême, Yaakov Turkel, a précisé que même en l'absence d'une législation [spécifique], ceux qui ont subi une perte économique en raison d'un boycott peuvent déjà intenter une action judiciaire.

Mais il faut être bien clair. La nouvelle législation n'a aucune incidence sur la liberté d'expression et ne viole nullement le droit de discuter les mérites des implantations. Cependant, il est inconcevable de prendre délibérément pour cible une communauté dans le but exprès de lui infliger des difficultés économiques parce qu'on s'oppose à elle idéologiquement. Si des extrémistes appelaient au boycott de produits arabes israéliens dans le but de favoriser un transfert de populations, les adversaires de la législation actuelle auraient raison d'exiger que ceux qui incitent à de tels boycotts soient exposés à des sanctions pénales. Nous devrions donc rejeter les appels hypocrites à la liberté d'expression de ceux dont la raison d'être primordiale est de déstabiliser l'État juif.

La motivation principale, et totalement justifiée, de la législation est de dissuader des Israéliens de favoriser les campagnes de Boycott international, de Désinvestissement et de Sanctions (BDS), qui constituent aujourd'hui une composante importante de la guerre mondiale menée contre nous. Dans ce contexte il est déroutant que beaucoup d'organisations juives américaines traditionnelles excluent des juifs partisans des BDS, tout en tolérant ceux qui appellent au boycott des implantations. Ils ne perçoivent pas que ceux qui boycottent les implantations fraient, consciemment ou non, la voie de BDS plus larges.

Il est également déplorable d'être témoin des déclarations théâtrales, déversées par l'extrême gauche israélienne, alléguant qu'Israël s'est transformé en une dictature fasciste.

Il n'est sûrement pas fasciste de décréter que les organisations qui encouragent ou favorisent des activités de BDS contre Israël peuvent perdre leur statut d'exemption d'impôts accordée aux organisations caritatives. C'est la pièce essentielle de la législation. L'hypocrisie et le culot de l'extrême gauche ne connaissent aucune limite. Elle veut maintenir le scénario dément qui permet aux contribuables israéliens de subventionner des activités de nature à déstabiliser leur propre pays. (Situation parallèle à celle d'universitaires qui exigent l'intégralité de leurs avantages tout en appelant simultanément au boycott international de leur propre université.)

Pourtant, l'État juif demeure l'une des démocraties les plus robustes du monde. Il peut s'enorgueillir du plus haut niveau de liberté de la presse. Ses dirigeants, y compris le président et le premier ministre, sont astreints à rendre des comptes plus stricts que les citoyens ordinaires. Et Israël donne à ses citoyens arabes (qui constituent 20% de la population), le droit d'élire des députés radicaux qui expriment les opinions de ceux qui veulent notre destruction. C'est donc une totale absurdité d'alléguer qu'en adoptant une législation destinée à réprimer les activités des BDS, Israël est à deux doigts de devenir une dictature fasciste.

Ces dernières années, une grande partie de la Gauche israélienne semble avoir perdu ses marques. Il n'y a pas si longtemps, le Parti Travailliste israélien majoritaire se targuait de représenter l'essence de l'établissement sioniste. Ses figures de proue étaient des pionniers et des fermiers qui créaient des implantations et transformaient des déserts en jardins.

Aujourd'hui par contre, l'extrême gauche israélienne est devenue l'otage des post-sionistes des villes. Beaucoup d'universitaires de gauche semblent avoir absorbé les caractéristiques cosmopolites de la diaspora juive. Certains, comme les Juifs socio-révolutionnaires russes du 19e s. – qui estimaient nécessaires les pogroms pour créer une conscience révolutionnaire dans les masses –, s'identifient aujourd'hui aux djihadistes palestiniens et rendent hommage à leur culture de la mort.

Ils partagent les perspectives des post-modernistes européens, et classent le cas d'Israël avec celui de la culpabilité post-coloniale européenne. Ils ont vomi la haine de leur propre peuple, diabolisé Tsahal et frayé la voie au Rapport Goldstone. Ce faisant ils s'assuraient une reconnaissance immédiate et une place parmi leurs homologues européens.

En ces temps troublés, nous devons examiner comment traiter les citoyens [israéliens] engagés dans des activités qui minent l'existence même de l'État, ou fournissent de l'aide à ceux qui veulent notre destruction. Ce n'est pas du fascisme, c'est de l'auto-préservation. La République allemande de Weimar [*] témoigne de la tragédie qui se produit quand un État démocratique ne se protège pas contre des forces qui cherchent à l'ébranler.

Nous pouvons faire cela tout en maintenant notre caractère démocratique juif unique. Mais on ne peut y parvenir que si le Premier ministre et la dirigeante de l'opposition [Tsipi Livni] consentent à mettre de côté leur ambition et leurs futilités politiques pour promouvoir l'intérêt national.


© Isi Leibler


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Note du traducteur


[*] « 
La République de Weimar est le nom donné par les historiens au régime allemand en place de 1919 à 1933. Elle a été fondée à l'issue de la Première Guerre mondiale, consécutivement à la défaite de l'Empire allemand et de la Révolution de 1918, prenant le nom de la ville (Weimar) où l'Assemblée nationale constituante allemande rédigea la Constitution, adoptée le 31 juillet 1919. ». D'après Wikipedia.