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Shoah

Cinéma et Shoah, de l'affiche au dossier de presse, Véronique Chemla
19/08/2011

 

Sur le blog de l'auteure, 19 août 2011
  
Le Mémorial de la Shoah présente l'exposition éponyme consacrée au matériel promotionnel de films, américains ou européens, célèbres ou méconnus, concernant la Shoah (Holocaust) - affiches, dossiers de presse, photos de tournage et d'exploitation en salles de cinéma, articles, manuels publicitaires – de 1940 à nos jours.

Depuis quelques années, le Mémorial de la Shoah a élargi la nature de ses archives sur la Shoah en s'intéressant aux regards portés par les cinémas sur la destruction des Juifs d'Europe par les Nazis et leurs affidés, leurs collaborateurs.
 
Du Dictateur, de Charlie Chaplin (États-Unis, 1940), à Monsieur Klein, de Joseph Losey (France, 1976), en passant par Le Journal d'Anne Frank, de George Stevens (1959), de La Dernière étape, de Wanda Jakubowska (Pologne, 1948) à La vie est belle, de Roberto Benigni (1997), en passant par Le Jardin des Finzi Contini, de Vittorio de Sica (Italie, 1970) et Exodus, d'Otto Preminger (1960), etc.

 
Le matériau promotionnel
 
Créations artistiques, les affiches jouent un rôle essentiel parmi le matériel promotionnel du film « produit par le distributeur lors de la sortie du film ». Ajoutons que ce rôle est important dès la phase du financement du film pour attirer les coproducteurs ou distributeurs.
Les buts des affiches de films ? Attirer le spectateur en résumant le film par une image symbolique ou un montage photo immédiatement compréhensibles par un lecteur ou un passant, ou en mettant en avant la star ou des acteurs célèbres. Souligner des éléments majeurs de l'histoire racontée, susceptibles d'éveiller la curiosité et l'intérêt du spectateur potentiel. Fournir des informations, de manière plus ou moins elliptique en fonction notamment des avancées historiques et des connaissances supposées du lecteur. Indiquer les éléments essentiels de la fiche technique du film. Choisir la typographie et la taille des caractères idoines, leur place dans l'espace, leur équilibre par rapport aux visuels dans le cadre de contraintes techniques de l'affiche (format). Dans l'affiche, surtout aux Etats-Unis, une phrase emblématique est parfois ajoutée.
« Jusqu'aux années 1960, l'affiche est dessinée, narrative, et imprimée avec le plus grand soin. Puis, l'utilisation de la photographie se popularise, et la généralisation des nouvelles méthodes d'imprimerie fait perdre à l'affiche sa spécificité ».
 
Parmi les affichistes dont les œuvres sont présentées : Zdenek Palcr, Milan Grygar, W.A. Schlosser, Boris Grinsson, Jean Effel, René Péron, René Ferrraci, Paul Colin et Léo Kouper qui a conçu de récentes affiches de films, muets et parlants, de Chaplin, en particulier Le dictateur.
Les styles graphiques varient selon les époques et les pays : Tchécoslovaquie, France, Etats-Unis, Italie, etc.
« L'affiche tchécoslovaque acquiert une renommée internationale dès les années 1960. Les contraintes idéologiques et techniques ont donné naissance à des affiches dont la qualité artistique est indéniable, privilégiant les montages photos, la retouche et les interprétations oniriques jouant sur l'abstraction, le symbolisme, le surréalisme, la métaphore et la poésie ».
 
En France, l'âge d'or de l'affiche de cinéma s'étend sur trois décennies, des années 1930 aux années 1960.
« Nombre d'affiches de films consacrés à la Shoah utilisent les mêmes symboles. On remarquera les barbelés, l'étoile de David (parfois figurée par une fleur) et l'évocation des pyjamas rayés. A contrario, certaines affiches utilisent des stratagèmes pour ne pas laisser transparaître la thématique, jugée parfois peu commerciale ».
 
Le dossier et les photographies de presse sont destinés aux journalistes. Le dossier de presse contient le résumé du film, des biographies et parfois des interviews du réalisateur et des principaux acteurs, la fiche artistique et technique du film. Il est capital pour nombre de journalistes car il détermine le discours officiel souhaité par les auteurs, producteurs et distributeurs. Un document précieux pour les journalistes qui s'en inspirent pour rédiger leurs articles ou distiller des brèves, ce qui uniformise alors des articles illustrés par les clichés libres de droit dans le cadre de la sortie en salles du film.
 
Les photographies d'exploitation sont « destinées aux salles de cinéma ». Elles sont « généralement affichées dans les halls d'entrée. En Italie, on les appelle fotobusta. Aux Etats-Unis, on distingue les lobby cards affichés dans les halls de salles, des windows cards affichés dans les commerces voisins ».
Quant au manuel de publicité, il est « envoyé aux exploitants de salles de cinéma. Il présente les différentes versions proposées de l'affiche ainsi que des slogans et objets dérivés ».

Occultation ou évocation

Sous le signe du réalisme, des films polonais, tchécoslovaques et est-allemands abordent, dès l'après-guerre, la Shoah, parfois dans les lieux mêmes où elle a eu lieu. La dernière étape (Ostatni etap, 1947) de Wanda Jakubowska et La vérité n'a pas de frontière (Ulica graniczna, Pologne, 1947) d'Aleksander Ford « reviennent très frontalement sur les camps et le ghetto de Varsovie; La route est longue (Lang iz der Veg, Allemagne, 1948), de Herbert B. Fredersdorf et Marek Goldstein, et Ghetto Terezin (La longue route, Tchécoslovaquie, 1948), d'Alfred Radok, abordent directement le sort des Juifs. Le cinéma soviétique ne s'exprime pas sur la question ».  
En Europe occidentale, les films abordent tardivement la Shoah, après avoir glorifié la résistance, avoir dénoncé la collaboration, loué des Justes parmi les nations - Maître après Dieu, de Louis Daquin (1951) -, et avoir montré des enfants juifs cachés - Le vieil homme et l'enfant, de Claude Berri (1967).
C'est en France que le débat sur la représentation de la Shoah est le plus animé. Les persécutions et arrestations des Juifs sont évoquées dans Fortunat, d'Alex Joffé (1960). La déportation des Juifs est abordée dans Kapò, de Gillo Pontecorvo
 (1959), et dans L'enclos, d'Armand Gatti (1961). La mémoire juive du génocide renaît après le procès d'Eichmann. Dans les années 1970 sont réalisés les grands films sur les persécutions antisémites sous l'Occupation - Le jardin des Finzi Contini (1970), Les violons du bal, de Michel Drach (1974), Les guichets du Louvre, de Michel Mitrani (1974), Le dernier métro, de François Truffaut (1980), et Monsieur Klein, de Joseph Losey (1976) –, sur les camps et les nazis : Portier de nuit (Il Portiere di notte), de Liliana Cavani (1974), un film qui a suscité une controverse.
 

Auteur de Lacombe Lucien (1974) – histoire d'un milicien amoureux d'une Juive dénommée France Horn -, Louis Malle revient, dans Au revoir, les enfants (1987), sur un événement qui l'a traumatisé et a « eu une énorme influence sur » sa vie : ce film décrit sobrement l'arrestation de trois enfants Juifs cachés dans un collège catholique français.

Après le choc constitué par la diffusion de la série américaine Holocaust (1978), réalisée par Marvin J. Chomsky, le cinéma de la RFA (République fédérale d'Allemagne) affronte sa responsabilité dans la Shoah et la résistance intérieure : David, de Peter Lilienthal (1979), et La Mort est mon métier (Aus Einem deutschen Leben), de Theodor Kotulla (1976), film inspiré de la biographie romancée, par Robert Merle, de Rudolf Höss (1900-1947), commandant des camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, renommé Rudolf Lang dans ce livre. En Suisse, Markys Imhoof réalise La Barque est pleine (Das Boot ist voll) (1981), d'après le livre d'Alfred A. Haesler, intitulé La barque est pleine. La Suisse, terre d`asile ? (1967).  
Dès la Seconde Guerre mondiale, le cinéma américain évoque les nazis, les persécutions contre les Juifs ou les camps de concentration : Le dictateur (The Great Dictator, 1940), de Chaplin, Jeux dangereux (To Be or Not to Be, 1942), d'Ernst Lubitsch, None Shall Escape (1944) d'André de Toth, etc. La montée des périls, la Shoah et les survivants Juifs sont évoqués à la fin des années 1950 - Le Bal des Maudits (The Young Lions, 1958), d'Edward Dmytryk, Le Journal d'Anne Frank (1959), Jugement à Nuremberg, de Stanley Kramer (1961), Le Prêteur sur gages (The Pawnbroker, 1964), de Sidney Lumet – dans les années 1970 – Cabaret (1972), de Bob Fosse, Marathon Man (1976), et Ces garçons qui venaient du Brésil (The Boys from Brazil, 1978), de Franklin J. Schaffner, et après la diffusion d'Holocaust, La liste de Schindler (1993), de Steven Spielberg, sur un Juste parmi les nations, ambigu, Le Pianiste (The Pianist, 2002), de Roman Polanski, d'après le roman autobiographique de Władysław Szpilman.

Il n'est pas anodin que George Stevens (1904-1975) ait réalisé Le Journal d'Anne Frank (The Diary of Anne Frank) : pendant la Seconde Guerre mondiale, ce réalisateur américain a dirigé une unité spéciale de cameramen, la Special Coverage Unit (SPECOU), placée sous l'autorité du Supreme Headquarters' Allied Expeditionary Force [Haut-Quartier général de la Force Expéditionnaire Alliée (SHAEF). La SPECOU a filmé notamment la libération du camp de Dachau. Autres réalisateurs ayant participé à l'équipe cinématographique des Alliés et découvert les camps de concentration :John Ford (1894-1973) Samuel Fuller (1912-1997). En 2010, le Mémorial de la Shoah avait rappelé le périple et le travail de ces trois artistes dans l'exposition Filmer les camps, John Ford, Samuel Fuller, George Stevens de Hollywood à Nuremberg.
L'affiche de DVD est parfois plus explicite que celle du film, lors de sa sortie en salles. Ainsi, l'affiche du film Les Guichets du Louvre, de Michel Mitrani (1974), est centrée sur le jeune Français qui tente de sauver sa compatriote Juive avant les rafles du Vel' d'Hiv en lui faisant quitter le quartier Juif du Marais (Pletzl) pour se rendre sur la rive gauche de Paris. Le film s'ouvre pourtant sur les policiers, dans leurs cars ou dans des bus, qui vont arrêter des Juifs à Paris, au matin du 16 juillet 1942. Certains représentants des forces de l'ordre sont accompagnés d'individus qui semblent être des miliciens. L'affiche du DVD montre nettement des policiers français qui arrêtent des enfants et des adultes qui portent l'étoile jaune sur leur vêtement. Elle met au premier plan le contexte historique de rafles des Juifs persécutés.  
Des années 1950 à nos jours, certains films soulignent le lien des survivants de la Shoah avec Eretz Israel : ceux-ci espèrent en un avenir meilleur sur cette terre biblique ou l'histoire se déroule, en partie ou en totalité, dans l'Etat Juif luttant pour son indépendance, en particulier dans Exodus, d'Otto Preminger. A noter que le logo du mouvement terroriste Hezbollah semble s'être inspiré d'une affiche de ce film représentant les mains tendues de Juifs palestiniens brandissant l'arme nécessaire à leur combat pour la recréation d'Israël. La Shoah est évoquée par les flammes.

Cette exposition offre une vision occidentale – essentiellement américaine et européenne - de regards cinématographiques sur la Shoah. Celle-ci est-elle un sujet tabou dans les cinématographies du monde musulman ou/et arabe ? Y a-t-elle inspiré des films négationnistes ou révisionnistes ?

Eclatée en plusieurs espaces, en raison de la configuration géographique du Mémorial de la Shoah - ce qui décourage et rompt l'attention -, cette exposition, pourtant didactique, est un peu superficielle et ne répond pas à ces questions. Les nazis visaient aussi les Juifs vivant dans ce monde et destinaient leur propagande aussi aux Arabes.

De plus, elle est dénuée de tout communiqué ou dossier de presse. Un paradoxe au vu de sa thématique. Aucune explication de cette carence n'a été fournie par le Mémorial de la Shoah.

Celui-ci propose aussi gratuitement des films liés à l'exposition dans son Centre d'enseignement multimédia : La route est longue, Kapo, L'Enclos, La Passagère, La Boutique dans la rue, L'Incinérateur de cadavres, ou Jacob le Menteur (Jakub Lhář), de Frank Beyer (1975).

  
Jusqu'au 28 août 2011
Niveaux crypte, entresol et salle de lecture
17, rue Geoffroy-l'Asnier. 75004 Paris
Tél. : 01 42 77 44 72
Tous les jours, sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu'à 22 h
Entrée libre
  
Visuels : © DR
Retour à la vie
Origine : France
Affiche : française
Réalisateur : collectif  Henri-Georges Clouzot (Le retour de Jean), André Cayatte (Le retour de Tante Emma), Georges Lampin (Le retour d'Antoine), Jean Dréville (Le retour de René etLe retour de Louis)
Date : 1949
Durée : 95 minutes
© D.R.

Les citations proviennent du Mémorial de la Shoah.

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