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Israël (Société - mentalités)
Israël (soutien de non-Juifs à)

« Israël, je m'associe à ta douleur », Anne-Marie Antonietti
21/08/2011

 

21 août 2011

 

[A.-M. Antonietti est une volontaire chrétienne corse toute dévouée au peuple juif et à l'Etat d'Israël, où elle se consacre aux personnes âgées et handicapées. Nous lui sommes reconnaissants de nous communiquer ces précisions sur les attentats qui ont frappé cette région d'Israël, et nous apprécions l'empathie rare dont elle fait preuve envers notre peuple. (Menahem Macina).]

 

 

La journée du jeudi 18 août s'annonçait comme toutes les journées : durant la matinée, j'avais aidé le personnel de notre Service à faire manger et boire, et à s'occuper de la quarantaine de nos résidents âgés qui sont totalement dépendants.

Dans la salle à manger du Service, la télévision est allumée en permanence. A midi et demi, quand nous avons commencé à donner le repas de midi, des flashes d'information ont commencé à se succéder, de plus en plus dramatiques :

- Des terroristes avaient pénétré sur le territoire d'Israël, et avaient tiré à l'arme automatique sur un autobus de la Compagnie civile Egged, n° 392, sur la route n° 12 menant de Mitspé Ramon à Eilat (station balnéaire du sud d'Israël). Le bus a été « criblé de balles », racontaient des témoins. Au fil des heures, on sut que 14 passagers avaient été blessés, dont deux sérieusement ; ils ont été évacués vers l'hôpital Yoseftal, d'Eilat. De nombreux autres passagers avaient été choqués.

Heureusement, le chauffeur du bus, Benny Belevsky, âgé de 60 ans, n'avait pas perdu son sang-froid, et avait réussi à continuer sa route jusqu'au point de contrôle de Netafim, évitant ainsi un carnage : son véhicule était bondé de passagers !

On apprit, par la suite, que les terroristes étaient au nombre de 3, venus de Gaza, par le Sinaï. Et qu'ils ont continué à tirer sur des voitures passant sur la route n° 12, heureusement sans faire d'autres victimes. Ils ont réussi à s'enfuir à bord d'un véhicule qui a été pris en chasse par un hélicoptère et des unités spéciales de Tsahal.

- Puis a été annoncé un deuxième attentat, toujours sur la route d'Eilat : des charges explosives avaient été actionnées au passage d'un détachement de Tsahal, en route pour porter secours aux passagers de l'autobus attaqué. Plusieurs soldats ont été blessés. Le sergent Moshé Naftali, de la Brigade Golani, a été tué. Il était âgé de 22 ans.

 - Une demi-heure après le premier bus, un deuxième autobus a été attaqué, près de Beer Ora, à 15 km au nord d'Eilat : cinq terroristes ont tiré un missile antichar de type RPG sur un autobus qui a pris feu. Le chauffeur a été tué. Son identité n'a pas encore été révélée.

Heureusement, il n'y avait pas de passagers. Mais deux véhicules privés ont été aussi atteints : une voiture a été éventrée par une roquette antichar. Tous les occupants ont été tués : deux sœurs, Flora Gez (52 ans) et Choula Karlinski (54 ans) et leurs maris Moshe Gez et Dov Karlinsky. Ils demeuraient à Kfar Saba et se rendaient à Eilat pour y passer la fin de semaine.

Dans une autre voiture, circulaient Esther et Joseph Levy, qui revenaient d'Eilat et rentraient chez eux à Holon. Les terroristes ont tiré sur leur véhicule. Joseph a été tué et sa femme Esther a été blessée à la poitrine. Elle n'échappa à la mort que parce qu'elle fit semblant d'être morte : elle raconta par la suite qu'elle resta sans bouger, terrorisée, durant 90 minutes, à côté du corps de son mari, couvert de sang.

- Des tirs ont été aussi échangés entre des unités spéciales antiterroristes et un commando terroriste près d'Eilat. Un terroriste a été tué.

Plusieurs missiles ont été également tirés depuis la bande de Gaza, contre des soldats qui effectuaient un travail de maintenance, près de la clôture de sécurité, à la frontière entre Israël et l'Egypte.

Tout en continuant à faire manger nos résidents, puis en mettant en ordre la salle à manger, nous étions tous à l'écoute des informations dramatiques qui se succédaient à la télévision. Nous étions tous inquiets, consternés, révoltés, et partageant le traumatisme des blessés et la douleur des familles des tués.

Travaillant depuis six ans et demi comme bénévole dans des Maisons de Retraite en Israël, j'ai déjà vu très souvent, hélas, ce même drame, que je partage avec la population au sein de laquelle je vis et travaille au quotidien. Combien de fois n'a-t-on pas annoncé, durant notre travail ou les repas, ou les soirées ensemble, des attentats faisant morts et blessés dans la population civile ! J'ai aussi vécu, avec mon équipe, le terrible arrachement du Goush Katif ; et les missiles tirés depuis Gaza, durant des années, sur les villes du sud d'Israël, causant des blessés et même des morts (j'avais été terrifiée, en particulier, de voir aux informations, le 14 mai 2008, un missile tiré par le Hamas sur un centre commercial d'Ashkelon, qui avait fait des dizaines de blessés, dont plusieurs graves, notamment une fillette. Je voyais, aux informations, les clients du centre commercial courant dans tous les sens, cherchant comment s'échapper, ou comment se protéger. Jamais je n'oublierai) ; et aussi l'enlèvement des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Reguev, à la frontière avec le Liban, le 12 juillet 2006, puis l'horrible échange… de leurs cercueils, après 2 ans d'espoir des familles et de tout un pays !

Ce jeudi, en entendant les communiqués télévisés, je repensais spécialement à ce moment terrible de l'annonce de l'enlèvement de Guilad Shalit, le 25 juin 2007. Je travaillais déjà dans cette Maison de retraite, avec cette même équipe. Comment oublier un tel instant ? Et, aussi, tous les moments d'espérance de sa libération prochaine ; et cette marche inoubliable de multitudes avec la famille Shalit, à travers Israël, à laquelle j'avais tenu à participer, moi aussi.

Tant de choses partagées ensemble, tant de souffrances, de moments d'émotion. Puis il y a eu la guerre à Gaza, fin décembre 2008 et début 2009 (pendant laquelle j'ai voulu aider comme bénévole dans une base de l'armée), et les condamnations internationales tellement injustes à l'encontre d'Israël !…

J'ai vu aussi, aux informations télévisées et dans tous les journaux d'Israël, les images insoutenables du lynchage des soldats israéliens, sur le bateau Marmara, en mai 2010 puis, là encore, les accusations totalement incompréhensibles et injustes du monde !

Et, plus récemment, ce fut l'odieux massacre d'Itamar, le 14 mars 2011, et l'horrible attentat contre un bus de Jérusalem, le 23 du même mois.

Vivant avec les Israéliens, j'ai fini par vivre au rythme des souffrances, des espérances, des joies de la population avec laquelle je vis, travaille, et mange. Et, là encore, durant toute cette journée de jeudi, j'étais, moi aussi, à l'écoute des nouvelles données en permanence à la radio et à la télévision : radio dans le bus, puis dans le taxi collectif par lesquels j'ai voyagé l'après-midi, après mon travail, puis par la télévision installée à la terrasse du café où nous nous sommes assis, avec un ami de Corse ; radio, aussi, dans les magasins où nous sommes entrés ; et même, encore, le lendemain, toute la matinée de ce vendredi, au travail : nous étions sans cesse à l'écoute de l'évolution dramatique de la situation, unis à la douleur des familles endeuillées, et à la souffrance des blessés et des personnes traumatisées.

C'est pourquoi j'ai été extrêmement étonnée, cet après-midi, lorsque j'ai voulu ouvrir ma boîte mail, et que j'ai lu les nouvelles données sur la page hotmail : « 7 Israéliens et 7 assaillants ont été tués, jeudi, lors de 3 attaques »… « un hélicoptère israélien a tiré une roquette sur des combattants »… assaillants, combattants !... Où y a-t-il des « combats » à Eilat ? Surtout en cette période de l'année, où la région est remplie de touristes, tant israéliens qu'étrangers, venus profiter du bord de mer !

En lisant cela, j'étais écœurée ! Je savais pertinemment qu'il s'agissait de terroristes qui, de plus, avaient assassiné des civils innocents et des soldats venant au secours de ces civils. Et j'ai été révoltée, durant toute la journée de jeudi, par les attentats horribles qu'ils ont commis ? J'ai lu aussi « 6 civils israéliens ont trouvé la mort », mais « Israël a bombardé… et tué un adolescent »… Et encore : « l'autocar qui transportait surtout des militaires »… Pourquoi cette précision ? Justifierait-elle, aux yeux de certains, l'attentat visant un bus civil sur le territoire d'Israël ? Comme l'a déclaré plus tard Benyamin Netanyahu, il s'agit d'une violation de la souveraineté d'Israël sur son territoire !

L'origine de ces interprétations ne m'a pas étonnée : il s'agissait des nouvelles données par l'AFP ! Mais, en cherchant d'autres informations, dans les différents sites francophones, j'étais stupéfaite de constater que le communiqué de l'AFP, avec toute sa terminologie, avait été repris intégralement par de nombreux journaux et sites d'information !

Je circule, moi aussi, chaque jour (et même, souvent, plusieurs fois par jour, pour mon travail) par les bus de la Compagnie publique Egged. Et toute la population d'Israël en fait autant. Prendre ces bus pour cibles, ou tirer sur des véhicules circulant sur les routes du pays, comme cela a été fait hier, est une chose impensable qu'aucun pays au monde ne tolérerait !

Et, heureusement, l'ONU et l'Union Européenne ont vivement condamné ces actions terroristes. Guido Werstelle, ministre allemand des affaires étrangères, a déclaré « en cette heure difficile, nous nous tenons aux côtés de nos amis Israéliens. Notre devoir est d'empêcher le terrorisme d'entraver les efforts de paix. » La Grande-Bretagne a publié, elle aussi, une déclaration de condamnation. Alistair Burt a parlé d' « actes de violence insensés ».

La France, quant à elle, « condamne avec la plus extrême fermeté ces attentats terroristes […] Nous adressons toutes nos condoléances aux familles et aux proches des victimes de ces actes odieux […]. Dans ce moment particulièrement difficile, la France se tient aux côtés du peuple israélien. Rien ne saurait justifier de tels actes, à l'heure où toutes les énergies devraient être mobilisées au service de la paix. »

La Maison Blanche a fermement condamné ces attaques terroristes contre Israël. « Les Etats-Unis et Israël agissent de concert pour éradiquer le terrorisme et nous espérons que les responsables de ces actes odieux seront rapidement traduits en justice. » La Secrétaire d'Etat Hillary Clinton a qualifié ces attaques de « brutales et lâches ». Elle a aussi pressé l'Egypte de prendre des mesures contre les mouvements terroristes qui agissent sans difficulté dans le pays, depuis la chute de Moubarak. « Cette violence ne fait que souligner notre profonde inquiétude concernant la situation sécuritaire dans la péninsule du Sinaï. Les récents engagements du gouvernement égyptien pour régler la situation de sécurité dans le Sinaï sont importants et nous exhortons le gouvernement égyptien à trouver une solution durable ».

En effet, l'armée et la police égyptienne y mènent depuis plusieurs jours une action contre les membres d'un groupe armé soupçonné d'avoir fait exploser le gazoduc livrant Israël, et d'avoir attaqué un poste de police. Des mesures strictes de sécurité ont été prises dans la région, ce qui a permis au gouverneur de la province du Nord-Sinaï, Abdel Wahab Mabrouk, d'assurer que les auteurs des attaques en Israël n'étaient pas venus du territoire égyptien.

Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou, quant à lui, a affirmé avec fermeté sa détermination : « Si quelqu'un pense qu'Israël acceptera cela, il se trompe. Israël leur fera payer un prix très fort. J'ai fixé un principe : quand on attaque des citoyens israéliens, nous réagissons immédiatement et avec vigueur. Ce principe a été mis en œuvre aujourd'hui : les gens qui donnaient les ordres d'assassiner nos concitoyens, et qui se sont ensuite cachés dans la bande de Gaza ne sont plus parmi nous. »

En effet, Israël a immédiatement riposté par des raids aériens contre la bande de Gaza. La première frappe, sur la ville de Rafah, à la frontière avec l'Egypte, a fait 6 morts palestiniens, tous terroristes. Selon le Shin Beth (sécurité intérieure israélienne), 4 dirigeants des Comités de résistance populaire (CRP) ont été éliminés, dont deux « cerveaux » de ces attentats d'Eilat, notamment Kamal al-Nayrab, chef de cette organisation radicale armée située à Gaza.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Israël a bombardé l'enclave palestinienne à 7 reprises, notamment 2 bases d'entraînement et des installations de la branche armée du Hamas, 2 tunnels de contrebande et des entrepôts d'armement.

Le Hamas a, bien évidemment, nié les accusations israéliennes, assurant par la voix de son porte-parole, Taher al-Nounou, qu' « il n'y a aucun lien entre Gaza et ce qui est arrivé près d'Eilat ». Le négociateur palestinien Saeb Erekat a même mis en garde Israël contre tout « acte irresponsable », après l'un des raids israéliens au sud de Gaza.

La journée du vendredi 19 août a été aussi une journée terrible : les émissions d'information n'ont cessé de se succéder, comme la veille, annonçant d'abord le lourd bilan de jeudi : 8 morts et plus de 30 blessés, dont certains avaient dû être transportés en urgence, par des hélicoptères de l'armée, dans les hôpitaux Soroka de Beersheva et Yosseftal d'Eilat.

Un porte-parole de l'armé a indiqué que l'un des objectifs de ces attentats était de kidnapper un israélien, pour le ramener dans la bande de Gaza, via la péninsule égyptienne du Sinaï.

On a également annoncé que 4 roquettes ont été tirées, jeudi soir, de la bande de Gaza, en direction de la ville d'Ashkelon, au sud de Tel-Aviv ; 3 ont été interceptées par le système antimissile « Dôme de fer ».

Par ailleurs, à Ashdod, 10 personnes ont été blessées par le tir de deux missiles Grad sur l'école Talmudique des Hassidei Gour… à l'heure de la prière. Ces blessés ont été transportés au Centre médical Kaplan, à Rehovot ; l'un d'eux est entre la vie et la mort : il s'agit du petit-fils du Rav Gross, l'un des dirigeants de cette école religieuse. Selon Guysen, les Brigades Abdullah Azzam, liées à Al Qaïda, ont revendiqué les tirs de Grad sur Ashdod.

Les tirs de roquettes et missiles se sont aussi succédé, en direction d'Ashkelon, Beer-Sheva, Gan Yavneh et Gedera. 20 roquettes Grad ont été tirées,  vendredi 19 août, sur Israël, ce qui porte à 26 le nombre de roquettes tirées vers le territoire d'Israël depuis le début de cette nouvelle escalade. Et cette pluie de missiles contre Israël ne fait que s'intensifier.

On a appris aussi l'identité du huitième israélien tué le jeudi après-midi : Pascal Avrahami, 49 ans, marié et père de 3 garçons. Ce français, qui avait fait son alyah en 1977, s'était enrôlé en 1985 dans l'unité Yamam, unité spéciale anti-terroriste des gardes-frontières, qui est une unité d'élite équivalente au GIGN français. Pascal Avrahami était considéré comme l'un des meilleurs tireurs d'élite d'Israël, et il a été décoré à deux reprises, pour son courage et son excellence. Il a été tué, alors qu'il effectuait avec ses collègues un ratissage près de la frontière israélo-égyptienne, pour vérifier s'il y avait encore des terroristes dans le secteur.

Certaines des huit victimes ont déjà été enterrées ce vendredi. Ce furent des moments déchirants, auxquels je me suis associée, avec tout Israël. L'hommage qui leur était rendu par leurs proches, ainsi qu'aux autres personnes tuées, était bouleversant. Un millier de personnes sont venues au cimetière du Mont Herzl, à Jérusalem, pour rendre hommage au sergent Moshé Naftali. J'ai entendu sa jeune sœur (16 ans) dire : « Nous essayons de nous réveiller de ce cauchemar et nous ne comprenons pas comment cela a pu arriver. Moshé n'est pas tombé pour rien, il est tombé en héros, pour la Terre d'Israël. Moshé, tu as 22 ans, et tu ne grandiras plus en âge, mais dans mon cœur tu es grand. Même quand je dépasserai ton âge, tu resteras mon grand frère, pour toujours ! »

Le lieutenant-colonel Kobi Heller, commandant de la brigade Golani, a déclaré : « Moshé est mort en héros, alors qu'il dirigeait ses soldats au combat. Il était le sel de cette Terre d'Israël. Il aimait son pays et il est mort pour le défendre. Maintenant, les soldats de son unité continuent la tête haute, fiers de son exemple ».

Les deux sœurs, Flora Gez et Choula Karlinski, travaillaient dans l'enseignement et étaient appréciées autant par leurs collègues que par les parents des enfants : « c'étaient des enseignantes dévouées. Tous les parents voulaient que leurs enfants soient dans leur classe. C'est une énorme perte ».

Pascal Avrahami a été aussi enterré, aujourd'hui, au Mont Herzl. « Notre beau-frère bien-aimé a été tué [….] C'était un père excellent. Dans la famille, il avait le souci de tous, et prenait soin de tous. Il aimait passionnément son travail. Dès qu'il était appelé, il laissait tout immédiatement et répondait présent […] Il n'y a personne comme lui sur cette terre […] ».

J'adresse toutes mes condoléances à leurs familles et à leurs amis.

Israël, je m'associe à ta douleur, ainsi qu'à tes prières pour les familles endeuillées, et pour la prompte guérison de tes blessés.


© Anne-Marie Antonietti

www.antonietti-israel.org