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Israël (Société - mentalités)
Israël (négation d')

Veut-on la mort de l'Etat d'Israël ? Raphaël Draï
09/09/2011


Sur le site Desinfos.com, 9 septembre 2011

Pour l'Etat d'Israël, créé en 1948 et membre de l'ONU – mais avec quel statut réel ? –, la période qui vient de s'ouvrir est celle de tous les dangers et c'est peu de dire qu'il y va désormais de son existence. Cela ne signifie pas qu'il ne soit pas en mesure d'y répondre, mais que la question puisse être posée, avec les inquiétudes qu'elle suscite, mérite qu'on ne s'y dérobe pas. Les nations qui se disent démocratiques doivent prendre en ce sens la mesure de leurs énormes responsabilités. Deux sujets majeurs de préoccupation doivent alors être abordés : le revirement belliqueux de la Turquie d'aujourd'hui et l'entreprise de proclamation unilatérale d'un Etat palestinien par l'Assemblée générale des Nations Unies, mais sans l'accord de l'Etat d'Israël, dans quelques semaines.

 

I. BELLIQUEUSE TURQUIE


L'attitude de la Turquie vis-à-vis de son allié d'hier paraîtrait simplement erratique si elle ne s'expliquait justement par le changement de régime de ce grand pays et par sa régression à l'idéologie néo-ottomane ainsi qu'à l'islamisme qui la dope auprès d'un peuple qui se cherche. Le changement était perceptible depuis que la Turquie, élection après élection, qui prenait ses distances avec le laïcisme, plus ou moins profond, hérité d'Atatürk. Le régime actuel, celui de Recep Erdogan et de son ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davitoglu, ne laisse plus de doute. La Turquie d'aujourd'hui s'islamise de plus en plus, par conviction, ressentiment ou par opportunisme idéologique. Elle entend le prouver en coupant méthodiquement ses liens avec l'Etat d'Israël et en rejoignant la coalition d'Etats ou d'organisations qui veulent, d'une manière ou d'une autre, mettre un terme à son existence, au profit d'une « grande Palestine » progressivement purgée de toute présence juive. Rien de tout cela n'est ouvertement déclaré, mais il faudrait être aveugle pour ne pas discerner la finalité de ce jeu dangereux dans toutes les manœuvres, politiques, militaires, juridiques et diplomatiques en cours. Ces derniers jours, le ton est fâcheusement monté, la Turquie exigeant de l'Etat d'Israël qu'il lui fasse des excuses et qu'il la dédommage à la suite de l'affaire dite de la Flottille « humanitaire » du printemps 2010. Israël n'y consent pas pour plusieurs raisons, dont la principale se trouve dans les conclusions du rapport Palmer commandité par l'ONU et qui conclut que, dans cette regrettable confrontation, l'Etat Israël était dans son droit, même si l'on peut regretter la disproportion des moyens utilisés par les unités qui sont intervenues sur le « Mavy Marmara » pour l'empêcher de briser le blocus maritime de Gaza. Ce blocus a pour but principal, sinon exclusif, d'empêcher les transferts d'armements de toutes sortes à destination du Hamas qui les utilise ensuite pour bombarder les populations civiles d'Israël. In fine, et en prenant toutes les précautions oratoires imaginables, le rapport Palmer donne tort aux commanditaires de la Flottille faussement « pacifique » et, par là même, déjuge l'Etat qui en a abrité les préparatifs. D'où l'ire turque. En somme, pour Recep Erdogan, le droit international serait louable et glorifié lorsque le rapport Goldstone, commandité par cette même ONU, croit devoir accabler Israël à la suite de l'opération « Plomb durci » menée contre le Hamas, et il deviendrait exécrable lorsqu'il l'exonère de tout manquement à la légalité international et au droit de la guerre dans l'affaire du « Mavi Marmara ». Vive les Etats adultes !

On comprend mieux pourquoi, dans un premier temps, la Turquie s'est acharnée à exiger des excuses de l'Etat d'Israël : si celui ci s'y était plié, il aurait ôté toute sa substance au rapport Palmer. Il aurait ainsi permis à la Turquie non seulement de « sauver la face », mais surtout de légitimer son retournement d'alliance.

Car, à suivre la succession récente des provocations et la surenchère belliqueuse de la Turquie islamiste, on doute que les excuses les plus plates de l'Etat d'Israël, à supposer qu'elles soient justifiées et opportunes, suffisent à la faire revenir dans le cadre de son alliance passée. En vérité, la Turquie d'Erdogan – lequel, fort de sa victoire électorale récente a mis l'armée turque, si l'on peut dire, au pas - cherche sans cesse des prétextes pour rompre avec Israël et rejoindre le « front du refus », obstinément opposé à l'existence même de cet Etat, et cela pour assumer ce qu'elle croit être sa vocation régionale de grande puissance et en rétablissant son influence, sinon sa domination, sur le monde arabe, comme avant la guerre de 1914 et les accords Sykes–Picot, par lesquels la France et la Grande-Bretagne s'étaient partagé l'empire ottoman moribond. Le plus dangereux est que Recep Erdogan tente à présent d'entraîner l'Egypte à sa suite, c'est à dire au pire ; une Egypte qui peine à trouve sa stabilité après les tumultes des mois derniers et à remplir les promesses du printemps cairote. Cette reviviscence de l'impérialisme ottoman doit-elle être imputée en grande partie aux avanies subies par la Turquie pour son admission dans l'Union Européenne ? L'explication se retourne contre elle-même car l'on imagine sans peine ce qu'il adviendrait de cette Union déjà tellement fragilisée par ses trous noirs financiers et de gouvernance en Grèce, en Espagne, en Italie et ailleurs si la Turquie adoptait vis-à-vis d'elle les mêmes comportements que ceux dont elle fait montre au détriment de l'Etat d'Israël. On ne donnerait pas cher de son avenir proche. En agissant comme elle s'y autorise, la Turquie semble oublier en outre qu'elle est membre de l'OTAN. Si cette situation lui procure des avantages elle lui impose également des devoirs, à commencer par le premier, qui corrobore celui de la Charte des Nations Unies : ne pas dévoyer cette qualité d'Etat membre en couvrant des attitudes agressives, et absoudre, le cas échéant, des entreprises belliqueuses, au demeurant fort aventureuses. On ne peut exclure enfin que le revirement turc s'explique par l'anticipation du vote attendu de l'ONU concernant l'admission de la Palestine comme Etat-membre, ce qui déclencherait le compte à rebours de l'existence de l'Etat d'Israël. Là encore, la Turquie, dissociant l'exigence formulée et l'exemple qui la valide, exigerait la rétrocession de la Cisjordanie et de Jérusalem-est à l'Autorité Palestinienne, tout en conservant, elle-même, et faute de mieux, la moitié de l'Île de Chypre, malgré la non-reconnaissance de cette occupation par la communauté internationale, et cela en se prévalant de son statut de membre de l'OTAN et des services qu'elle y rendrait, notamment face à la République islamique d'Iran, en passe de se doter d'un armement atomique, mais vis-à-vis de laquelle sa position est on ne peut moins claire.

 

II. LE PIEGE ONUSIEN


S'agissant justement de l'admission d'un éventuel Etat de Palestine à l'ONU, rien ne devrait s'y opposer dans son principe, sauf, précisément, les modalités et les procédés employés pour la faire aboutir. Il faut rappeler en premier lieu que toute admission comme Etat-membre de cette organisation doit faire l'objet d'une demande auprès de son Secrétaire général, en établissant la compatibilité des mobiles de cette demande avec les objectifs de la Charte des Nations-Unies. Pour y satisfaire, l'Autorité palestinienne, dont le siège se trouve à Ramallah, déclare à qui veut l'entendre qu'elle ne cherche nullement la disparition de l'Etat d'Israël, ce qui semble aller de soi s'agissant d'un Etat membre de l'ONU. Telle n'est pas la position doctrinale du Hamas et de ses satellites qui exercent le pouvoir à Gaza, dont ils ont chassé Mahmoud Abbas et les siens. La destruction de l'Etat d'Israël est la raison d'être de cette organisation, qui le démontre chaque jour par ses tirs de roquettes et de missiles contre les populations civiles de ce pays. Il faut souligner également que la détention du soldat Guilad Shalit - en violation de toutes les règles de la légalité internationale – par ce même Hamas, redevenu partenaire de l'Autorité palestinienne, devrait entacher la demande palestinienne d'un vice rédhibitoire. Ce n'est pas le seul.

Un Etat se définit par plusieurs critères, dont une population clairement identifiée, et un territoire clairement délimité. Ce dernier critère n'est pas satisfait s'agissant de l'Autorité palestinienne. Celle–ci se prévaut des frontières d'avant 1967, autant dire de 1948. Cette référence est vide de sens. Il n'y pas de « frontières–de-1967 ». L'un des objets majeurs des négociations entre Israéliens et Palestiniens devait porter précisément sur ce sujet, comme ce fut le cas avec l'Egypte et avec la Jordanie ; des négociations qui ont abouti à des traités de paix, que beaucoup dans la région voudraient torpiller à mort. Puisque ces frontières n'existent pas, est-ce à l'Assemblée générale de l'ONU d'en dicter le tracé ? Et où celui-ci passerait–il ? Lorsque l'Etat d'Israël a entrepris d'ériger une barrière de sécurité pour protéger sa population contre des attaques et des attentats à caractère génocidaire, tant leurs commanditaires s'attachaient à vouloir tuer le plus de monde possible, comme ils le firent à New York, les ennemis de l'Etat d'Israël, pour lesquels la vie de ses habitants compte pour rien, ont poussé les hauts cris en arguant du fait que la tracé de ce mur préjugeait du tracé de futures frontières avec un Etat de Palestine. Cela montre bien que cette frontière, au sens du droit international, n'existe pas. Et à quel titre réclamer la moitié de Jérusalem ? L'emprise de l'islam sur cette ville est un pur fait de conquête militaire, dont le fait qu'il se soit produit au IXe siècle de l'ère chrétienne ne change pas la nature. Autrement pourquoi l'Espagne catholique a-t-elle entrepris, au XVe siècle, la Reconquista de son propre pays contre l'occupant venu de l'autre côté de la Méditerranée et de plus loin encore ? Sans parler du « droit au retour » qui consiste essentiellement à introduire une bombe démographique dans un Etat auparavant intimement fragilisé par ces découpages et ces vivisections. Quel Etat au monde, souverain au sens du droit international public, accepterait un tel diktat ? Il est vrai que l'Etat d'Israël est le seul en son genre dans l'arène onusienne où ses ennemis vont tenter de le laminer sous un vote massif. Mais tant vaut la procédure, tant vaut le droit véritable. En ce domaine, il importe de s'interroger sur le fonctionnement véritable de l'ONU.

Face à cette stratégie du laminoir, par laquelle la diplomatie onusienne n'apparaît plus que comme la poursuite du politicide par d'autres moyens, les Etats-Unis, quelque peu défrisés par le comportement de leur allié turc, ne laissent pas douter, pour l'heure, qu'ils opposeront leur veto à la demande palestinienne. Qu'à cela ne tienne : ce veto, parfaitement légal, sera contourné en sollicitant l'Assemblée générale, selon l'esprit de la fameuse « Résolution Acheson » [1], et la faire fonctionner, tel un rouleau compresseur. Afin qu'elle ne soit pas détournée de son sens, il faut souligner que la dite Résolution, dans sa première occurrence, était indissociable du climat de la Guerre froide qui sévissait alors et de l'obstruction systématique de l'Union soviétique au Conseil de sécurité. Est-ce à une obstruction de cette sorte que s'assimilerait le veto de l'administration Obama, d'un Président empathique et considéré au début de son mandat comme un soutien actif de la cause palestinienne ? Quel est, en effet, le fonctionnement effectif de cette Assemblée générale où est sollicité le vote de 190 Etats membres contre un seul ? Vote ou lynchage ? Et comment se présente sa composition réelle ? La Conférence Islamique mondiale est déjà assurée – et ce avant tout débat, mécaniquement et par solidarité confessionnelle – des votes de près de 60 Etats-membres, répartis sur pratiquement toute la planète, et dans lesquels se retrouvent, outre l'Arabie Saoudite, le Gabon et l'Azerbaïdjan, et où la Russie a le statut d'observateur. Parmi ces Etats, et au titre de cette solidarité mécanique, figurent l'Egypte et la Jordanie, dont le vote grégaire et quelque peu hivernal, violenterait l'esprit et la lettre des traités de paix signés avec Israël. La Conférence islamique interfère intrinsèquement avec les quelque 60 Etats de l'Union Africaine. Plusieurs Etats sont membres simultanément des deux organisations, qui se font fort alors d'agir comme des leviers auprès d'autres organisations ou unions à commencer par l'Union Européenne. Au sein de l'Union, la position de l'Allemagne s'avère sans ambiguïté, au contraire de la France qui laisse planer le doute, en raison de ses intérêts dans la région. On relèvera au passage la décision de pays comme la Grèce ou l'Espagne de soutenir la création d'un Etat, palestinien ou autre, alors que leur économie s'effondre ou menace ruine et que leur propre Etat est impuissant à y faire face. Comment, dans de telles conditions et avec une règle du jeu si faussée, ne pas obtenir plus des 150 et quelques votes nécessaires pour cette admission de force, et cela contre un Etat seul en son genre et auquel ses ennemis, à commencer par l'Autorité Palestinienne, dénient son identité ainsi que son histoire ?

Le but de la manœuvre ne se limite pas à l'admission d'un Etat de Palestine sans passer par des négociations avec le principal Etat concerné. Quelles que soient les conditions, parfaitement déloyales, dans lesquelles un tel vote serait obtenu auprès de l'Assemblée générale, dés lors que l'Etat d'Israël ne l'entérinerait pas, on ne peut douter qu'il sera systématiquement invoqué pour stigmatiser cet Etat encore plus férocement qu'il ne l'est aujourd'hui comme transgresseur permanent de la légalité internationale, quelque spécieux que soient les procédés qui l'établissent. Il en découle que toutes les décisions des gouvernants d'Israël, y compris celles relevant de la légitime défense de cet Etat, seraient prétexte à citation devant la Cour Pénale internationale. Ainsi serait inaugurée une ère de persécution planétaire qui lui ferait grief de son existence même. Une vieille histoire !

C'est pourquoi il importe, d'une part, que les démocraties dignes de ce nom ne se prêtent pas à cette tentative d'assassinat diplomatique, et, d'autre part, que l'Etat d'Israël ne laisse planer aucune incertitude sur sa volonté de préserver son existence. La solution dite « des deux Etats » ne peut résulter que de négociations directes entre les parties concernées. Le bon sens est de les y inciter, ou de les y ramener par des arguments qui procèdent effectivement de la notion de civilisation internationale. L'ONU, titulaire du prix Nobel de la paix, se déconsidérerait et s'engagerait dans une voie sans issue, analogue à celle où avait péri sa devancière, feue la Société des Nations, si elle se transformait en machine de guerre contre l'un de ses membres, faute d'un gouvernement qui sache faire respecter l'esprit et la lettre de sa propre loi. Dans le cas contraire, il est facile d'établir la liste des Etats qui subiraient le sort de l'Etat d'Israël, si celui-ci s'y résignait le moins du monde [2].

 

© Raphaël Draï


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Notes de Menahem Macina

 

[1] Voir sur Wikipedia, l'article « Union pour le maintien de la Paix ».

[2] Je n'ai pas compris le sens de cette phrase au conditionnel.