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Shoah

« Descendants de nazis. L'héritage infernal », de Marie-Pierre Rambault et Michael Grynszpan
12/09/2011

 
Sur le Blog de Véronique Chemla, 12 septembre 2011

 

France 3 diffusera les 12 et 14 septembre 2011 « Descendants de nazis. L'héritage infernal » (2010), de Marie-Pierre Rambault et Michael Grynszpan. Un documentaire intéressant sur la conversion au judaïsme, ou le rapprochement avec l'Etat d'Israël de descendants de nazis allemands, et le sentiment de responsabilité qu'ils éprouvent en raison de la Shoah (Holocaust). Un regard qui ne juge pas les témoins, et des images magnifiques d'Eretz Israel.

France 3 diffusera les 12 et 14 septembre 2011 « Descendants de nazis. L'héritage infernal » (2010), de Marie-Pierre Rambault et Michael Grynszpan. Un documentaire intéressant sur la conversion au judaïsme ou le rapprochement avec l'Etat d'Israël de descendants de nazis allemands, et le sentiment de responsabilité qu'ils éprouvent en raison de la Shoah (Holocaust). Un regard qui ne juge pas les témoins et des images magnifiques d'Eretz Israël.

Matthias Göring (ou Goering), petit-neveu de Goering, « paladin d'Hitler », opère une démarche spirituelle vers la conversion au judaïsme. Katrin Himmler, petite-nièce du chef des SS Heinrich Himmler, a épousé un Juif israélien. La petite-fille de Magda Goebbels est devenue juive. Tout comme un descendant par alliance d'Hitler…


 

Cette liste n'est pas exhaustive et interpelle. Pourquoi ces Allemands, dont la parentèle a été ternie par leurs liens avec le nazisme ou/et l'organisation de la Shoah – l'extermination des Juifs –, ont-ils suivi une telle voie ? Pourquoi des « enfants de bourreaux » se sont-ils rapprochés d'« enfants de victimes » juives ? Sentiment de culpabilité ou de responsabilité ? Volonté de « réparation » (tikkoun, en hébreu) ? Volonté de briser un secret familial, de dépasser la réticence des proches à aborder le passé familial, sujet généralement tabou ? Difficulté douloureuse, voire existentielle, à assumer un pan terrible de l'histoire de l'Allemagne ?


Le Dr Israël Feldman, victimologue, [met en garde contre] les dangers de ces secrets et d'une découverte brutale d'un passé monstrueux, sur les « risques d'effondrement de valeurs ».

 

Pas de culpabilité collective

Plusieurs centaines d'Allemands de toutes générations vivent en Israël. Définitivement, ou dans le cadre de volontariat. C'est peu. Leurs actes et réalisations surprennent agréablement : création en Israël, par un ancien pilote de la Luftwaffe, d'une maison de retraite pour des survivants de la Shoah et d'un institut pour les handicapés mentaux ; périodes de volontariat d'étudiants allemands, dont Kris Friedrich qui ne pourra « jamais être fier de l'Allemagne », encadrés par l'association Aktion SühnezeichenFriedensdienste (ASF). Comme l'historien Moshé Zimmerman, une dirigeante d'ASF à Jérusalem, Katarina von Münster, écarte l'idée de « culpabilité collective » au profit de celle de « responsabilité collective » allemande. Les missions confiées : la traduction de documents originaux du IIIe Reich, l'aide aux survivants âgés de la Shoah à l'Institut Beit Moises de Jérusalem, etc.

Les comportements de ces descendants sont-ils surprenants ? Non, répond un rabbin, qui cite le Talmud : « Des descendants d'Aman, lui-même descendant d'Amalek, archétype du Mal absolu, se sont associés à Israël. C'est donc un « phénomène connu ».

Professeur de littérature à l'Université [Hébraïque] de Jérusalem, Betty Rojtman admire ces descendants pour leur « cheminement, leur quête, leur prise de conscience, cette réflexion, cette foi dans l'homme. La conviction que le Bien va l'emporter ». Quant au philosophe Benjamin Gross, il souligne la volonté [lire : détermination] de ces êtres de « vouloir échapper à l'image aveugle des prédécesseurs et de reconquérir autre chose trouvée [sic] dans le mystère de la pérennité du judaïsme ».

A la différence d'[autres] Allemands aux noms illustres, Matthias Goring a accepté de témoigner dans ce documentaire passionnant. Né en 1956, il a quitté l'Allemagne pour la Suisse, où il exerce la profession de kinésithérapeute, et soulage ses patients de douleurs. Endetté après son divorce, il cherche une solution, qu'il trouve en même temps qu'une… « révélation mystique ». Sa quête spirituelle le mène à des études théologiques au sein d'une institution protestante qui ne répond pas à ses attentes. Matthias Goring s'achemine alors vers le judaïsme et se rend en Israël. Très attaché à la Torah, il s'interroge sur le courant du judaïsme qu'il choisira et s'il aura la force d'aller jusqu'au bout du processus.
 
Yoram Saam s'est converti au judaïsme et habite depuis 30 ans en Galilée avec son épouse, dont une partie de la famille a péri lors de la Shoah. Il a quatre filles, dont la benjamine demeure très attachée à son grand-père allemand : « Peu importe ce qui s'est passé. C'est mon grand-père. Je l'aime comme [on aime] un grand-père […]  C'est très difficile de trouver une croix gammée dans la maison de son grand-père et de savoir qu'il en est fier ». Quand cette jeune Juive israélienne qui « se sent coupable d'aimer l'Allemagne », interpelle son ancêtre sur son éventuel comportement à son égard si elle avait été pourchassée par les Nazis dans les années 1940, ce nonagénaire allemand rétorque, fataliste : « Celui qui est coupable est celui qui se sent coupable […]. Les hommes s'entre-tueront sous n'importe quel prétexte ». Ce qui choque la jeune femme, car cela établit un faux parallèle entre les bourreaux nazis et les victimes juives.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Près du lac de Tibériade se sont installés des Allemands, dont Gunther Gottschalk, qui a éprouvé le besoin de « réparer ». S'il est demeuré protestant, ses cinq enfants se sont convertis au judaïsme et se sentent fièrement Israéliens.

Le documentaire entrecroise des scènes montrant les rencontres, cordiales, entre ces Allemands et des Juifs israéliens, tel Ephraïm Moll, survivants de la Shoah.

Les auteurs ne jugent pas ces êtres qui naviguent entre plusieurs identités, s'ancrent dans un pays nouveau et menacé, intègrent un peuple, embrassent une religion, en portent les symboles (étoile de David), épousent des Juifs ou des Juives, fondent des familles nombreuses, contribuent à l'histoire nationale juive.

Il aurait été intéressant d'interroger les descendants de musulmans, ou/et d'Arabes nazis, ou ayant collaboré avec le IIIe Reich, telle Leila Shahid, apparentée au grand mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, et représentante de l'Autorité Palestinienne auprès de l'Union européenne.

En quasi-3e partie de soirée, ce documentaire remarquable, dont des témoignages et des images constituent une ode d'amour à l'Etat d'Israël et au judaïsme, risque malheureusement de passer inaperçu.

 

« Descendants de nazis. L'héritage infernal » de Marie-Pierre Rambault et Michael Grynszpan

France-Israël, 2010, 1 h 29

Raconté par Jean-Claude Dauphin

Diffusions sur France 3 :

- le 12 septembre 2011 à 23 h 10

- le 14 septembre 2011 à 3 h 15


Extrait

 

Visuels : © Bonne pioche/IsraTV

 

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