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Contentieux palestino-israélien

Ce que cache la demande palestinienne devant l'ONU, révélé dans un discours de Husam Zomlat, Hélène Keller-Lind
18/09/2011

  

Sur le site desinfos.com, 17 septembre 2011

Pendant une heure 42 minutes, dans le cadre prestigieux du MIT [Massachusetts Institute of Technology], Husam Zomlat, entre autres représentants de l'OLP, donne les raisons de la demande de reconnaissance d'un État palestinien devant l'ONU : parité, souveraineté, redevenir la préoccupation principale de la communauté internationale, disposer de tous les outils permettant de tacler [*] à tout instant « l'occupation israélienne », source de tous les maux, et en finir avec le « status quo minus ». Il préconise le soutien de la campagne BDS, de manifestations les 21 et 23 septembre, balaie d'un revers de main l'accusation de corruption – seule question gênante – l'imputant à « l'occupation », et, surprise, sans doute emporté par sa fougue, il admet que l'Autorité palestinienne « manque de légalité », promettant des élections pour le 4 mai 2012... et ne peut s'empêcher de lancer quelques insultes anti-israéliennes

En préambule : fastidieux mais révélateur

Il semble que le précepte « connais ton ennemi » soit dans la Bible. Mais il en faut de l'abnégation pour écouter in extenso Husam Zomlat tenir un discours-fleuve, avec de nombreuses digressions, puis se livrer – plus ou moins – au jeu des questions réponses, au prestigieux MIT. Il le fait dans un bon anglais, bien qu'il s'embrouille parfois dans les expressions familières, ou devienne inaudible, car il s'emballe et avale les mots. Le personnage est suavissime [sic], imbu de lui-même – il parle de toutes ses « casquettes » -, rit de ses propres « bons mots », mais est presque toujours le seul, bien qu'il soit devant une assistance en grande partie acquise. Et les applaudissements, à la fin de sa prestation, ont l'air d'être de commande, car il a dû perdre ses auditeurs en route. Mais, malgré tout, cela « le vaut bien » car il révèle les dessous d'une demande, a priori aberrante et potentiellement dangereuse. Avec de constats [constants ?] dépôts de plainte devant les instances internationales.

En voici les temps forts.

Le pourquoi

1.   Pas d'autre choix, après 20 ans de négociations qui n'ont abouti à rien. Les autres options étant une confrontation ou des négociations perpétuelles et le vide. Husam Zomlat réécrit l'histoire, occultant la création d'une Autorité palestinienne lors des Accords d'Oslo, issus de la Conférence de Madrid de 1991, dans un dialogue direct entre Israël et l'OLP, reconnu bien que non élu. Il occulte les retraits israéliens, précisés dans Oslo 2 de 1995, donnant la souveraineté aux Palestiniens dans les centres de population les plus importants – Bethléem, Hébron, Jénine, Naplouse, Kalkilya, Ramallah, Tulkarem et 450 villages, soit 75 % de la population palestinienne. Il occulte la violence palestinienne qui, 5 ans après Oslo, avait fait en 5 ans plus de morts israéliens – le plus souvent des civils – que dans les 15 années précédentes. En dépit des engagements palestiniens d'abandonner l'utilisation de la violence. On comprend dès lors les réticences israéliennes. Il occulte les Accords de Wye en 1998, avec des retraits israéliens supplémentaires en 1999, auxquels il fut mis fin, l'Autorité palestinienne ne combattant pas la violence mais, au contraire, continuant à y inciter. Et enfin, l'Intifada de 2000, etc. La dernière vidéo du ministre Danny Ayalon rectifie d'ailleurs nombre de contre-vérités.  

2.   Husam Zomlat affirme ensuite que le Plan Fayyad de construction d'un État a réussi, comme l'attestent nombre d'organismes internationaux tels que le FMI ou la Banque Mondiale. Mais il oublie qu'entre la publication de ces rapports et aujourd'hui, il y a eu une crise financière palestinienne de taille, rendant impossible le paiement des salaires des fonctionnaires, par exemple, et la demande de rallonges financières.

3.   De plus, il dit pourtant par ailleurs, que, non, il n'y a pas de légitimité, il n'y a pas eu d'élections depuis 6 ans, le Conseil Législatif Palestinien ne fonctionne pas, le Président a annoncé qu'il ne se représenterait pas, son mandat s'est terminé il y a un an – un Président qu'il appelle non pas Mahmoud Abbas mais Abou Mazen, de son nom de guerre. Mais l'OLP n'est pas l'État. Et il y aura des élections palestiniennes le 4 mai 2012.

4.   Une jeune Palestinienne américaine, de retour de Judée-Samarie lui a d'ailleurs posé la seule question pertinente, faisant état de la corruption qui règne dans les territoires gérés par l'Autorité palestinienne et du chômage endémique. Question qui a visiblement embarrassé ce représentant officiel palestinien, mais à laquelle il a répondu en plusieurs étapes : oui il y a de la corruption – ce qu'a reconnu depuis peu l'Autorité palestinienne, et une commission ad hoc a diligenté des enquêtes dont on n'entend plus parler -, mais c'est de la faute des Israéliens qui ont délibérément mis en place « des privations [lire privatisations ?] collectives et de la prospérité pour quelques-uns, pour contrôler l'élite » (élite dont il fait partie), et comment « vivre normalement lorsque l'on vit sous occupation ? Développer l'économie sous occupation avant une percée politique est absurde, c'est mettre les bœufs avant la charrue (sic) » dit, sans rire, cet économiste, qui ajoute, en vrac : « on ne peut pas se déplacer, élaborer une constitution, définir notre citoyenneté, se marier, nous relier au monde, utiliser nos ressources naturelles, etc. Et ce qui est dit de la corruption est exagéré ».

5.   Cette demande, qui mettra fin au status quo ante minus puisque les colonies et l'occupation s'étendent – ce qui est faux car les zones A, B et C n'ont guère changé depuis les accords – avec des négociations futiles, une gestion du conflit et pas sa résolution, une camisole de force qui nous empêche de bouger, en dépit de toutes les conférences, etc.

6.   Cette situation est très confortable pour les Israéliens, dit-il, sans rire. Ils gagnent 30 fois plus que leurs voisins, ils utilisent nos ressources, notre eau, l'Autorité palestinienne paie tous les services sociaux, de santé, grâce à l'Europe et aux États-Unis, elle paie la sécurité pour les Palestiniens et aussi l'occupation israélienne. Ils prennent nos terres fertiles – la Vallée du Jourdain, soit 28,9 % est là où nous faisons pousser nos récoltes. Ils bénéficient de 15 milliards de business (?) Le vol des terres doit cesser.

7.   Cela répond aussi à des considérations politiques, explique-t-il, car « nous n'étions plus la priorité numéro 1 et nous le sommes redevenus, ce qui va provoquer un mouvement en Palestine et à l'extérieur, y compris avec les nombreux Israéliens qui nous soutiennent – ce qui ne l'empêchera pas de dire, par ailleurs, que « les Israéliens sont vraiment des gens moches ».

8.   Bref, la meilleure comparaison est avec l'Afrique du Sud. Nous retournerons à des négociations mais après avoir mieux préparé le terrain pour de meilleurs résultats.

9.    Obama a déçu. Il veut être réélu. Le lobby juif.

10. Il ne s'agit pas de délégitimer Israël – ce qui est fait au quotidien par l'Autorité palestinienne - mais de légitimer la Palestine.

11. La Turquie est un exemple d'islam modéré, c'est le pays à soutenir parmi les 3 pays qui cherchent à être la superpuissance dans la région. L'Iran doit être neutralisé (oublié ?) et Israël n'est pas un partenaire actuellement.

Le comment

12. Il y a déjà, dit-il, des reconnaissances bilatérales de l'État palestinien « dans les frontières de 67 », depuis la déclaration d'Alger de 1988, avec plus de 100 pays, alors – plus que pour Israël en 198 [?], dit-il, - et 125 aujourd'hui et l'espoir d'en voir 140 et 150 lors de l'Assemblée générale à venir. Etre membre des Nations unies, reconnu par le Conseil de Sécurité est compromis puisque les États-Unis ont annoncé publiquement qu'ils opposeront leur veto. Mais les Palestiniens iront quand même devant ce Conseil. Reste l'Assemblée générale et la possibilité d'obtenir un statut d'État non-membre ou d'État observateur, comme la Suisse jusqu'à il y a deux ans, et le Vatican. Ce qui aurait pour avantage un statut légal consolidé. La Cisjordanie, Jérusalem-est et Gaza ne seront plus des territoires disputés, ce qui est absurde, mais un État occupé. C'est le peuple occupé qui disposera de la souveraineté et pas l'occupant. Tout incident deviendra un incident international – une jeep qui entre à Ramallah, par exemple – Quant au plus grand problème, celui des « colonies », 75 % des « colons », qui y vivent pour des raisons économiques et non pas idéologiques, pourraient être dissuadés d'y rester. La Palestine pourra alors faire partie [?] de la Cour Internationale de Justice, entre autres, et disposera des outils internationaux pour demander des comptes. Une perspective qui, dit-il « explique l'hystérie israélienne ».

13. Les divisions et faiblesses palestiniennes viennent en partie du rôle destructeur de soi-disant conseillers américains. Et les États-Unis sont le seul médiateur. Le Congrès américain : Benyamin Netanyahou y joue la peur de l'Iran. Israël dit 5 « non » aux réfugiés, à la capitale, aux frontières de 67, à Jérusalem, à tout – ce qui fait « 3 non » et singe la réalité des « non » arabes et palestiniens, bien réels, ceux-là Avec cet État, le médiateur sera international.

14. Quant au « train » de la réconciliation palestinienne [il] avancera après cette reconnaissance.

15. Il faut soutenir les campagnes BDS et Palestinian State 194, des manifestations pacifiques, surtout les 21 et 23 septembre. Localement, des manifestations sont prévues à Boston et Harvard.

16. Si la reconnaissance n'aboutit pas, il peut y avoir une spirale de violences.

17. La menace américaine de suspension des versements, un chantage, ne tient pas. Ces versements de 500 millions de $ sont pour des programmes et pas [pour] le budget palestinien. Une suspension pourrait créer le chaos et serait contraire aux intérêts d'Israël.

18. Il est absurde de demander un engagement palestinien concernant « la fin de toute demande », y compris « concernant les frontières », s'il y a accord de paix, car on ne peut préjuger de ce que donneront des futures élections palestiniennes.

19. Le droit des réfugiés ne saurait être remis en cause.

 

© Hélène Keller-Lind

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Note de M. Macina

 

[*] Le verbe « tacler » est à la mode et très souvent employé sans aucune adéquation au contexte dans lequel il figure. Je crois utile d'en donner la définition et un exemple, empruntés à Wikipedia :

« Faire un tacle en sport et en particulier au football: tenter de prendre le ballon entre les pieds de l'adversaire. Il s'est fait tacler proprement […]. Par extension (familier) : s'attaquer à un problème ou à un adversaire. "Zidane et Ronaldo taclent la misère" - titre d'un article de La Marseillaise, du 9 mars 2007, annonçant un match de gala dans le cadre du programme des Nations Unies "Carton rouge à la pauvreté". »