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Contentieux palestino-israélien

L'Etat palestinien indépendant : un danger réel, interview de Michel Gurfinkiel par Frédéric Pons
28/09/2011


 

Article en ligne sur le Blog de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, 22 septembre 2011

L'Onu étudie la création d'un véritable Etat palestinien indépendant. Quelles peuvent en être les conséquences ? La réponse de Michel Gurfinkiel dans "Valeurs Actuelles".

 

 

Auteur du stimulant Israël peut-il survivre ? La Nouvelle Règle du jeu, paru cette année aux éditions Hugo et Cie, après avoir publié Le Roman d'Israël aux Editions du Rocher en 2008 ; membre du Comité éditorial de Valeurs Actuelles, Michel Gurfinkiel préside l'Institut Jean-Jacques Rousseau, un centre européen d'études et de recherche, spécialisé dans les questions stratégiques et géopolitiques. Au terme d'une intense semaine diplomatique, alors que les Nations Unies sont tentées d'accorder un statut d'Etat membre à l'Autorité palestinienne, il décrypte ce dossier complexe, annonciateur d'une évolution qui peut changer la face de l'Orient.

 

 

Que veulent vraiment les Palestiniens ?

Les confréries politico-militaires qui dominent la société arabe palestinienne, cherchent leur salut à travers une « gesticulation » : leur reconnaissance par l'Onu en tant qu'Etat et nation. Au minimum, cela renforcerait à nouveau leur légitimité, dix-huit ans après Oslo. Au maximum, cela pourrait faire d'Israël un « agresseur » au regard de la charte de l'Onu, et donc le rendre passible de sanctions internationales.

 

Pourquoi reparlez-vous des accords d'Oslo de 1993 ?

Ils marquèrent une victoire considérable pour les Palestiniens, légitimant leur action et mettant en place un Etat autonome - l'Autorité palestinienne - en Cisjordanie et à Gaza. Mais les Palestiniens ont ensuite subi de lourdes défaites : le Fatah d'Arafat s'est pratiquement désintégré dans la folle aventure de la seconde Intifada (2000-2002) ; le Hamas, qui avait gagné les élections de 2006, n'a pas su prendre le contrôle de l'Autorité palestinienne et a du se replier sur son fief traditionnel, Gaza, où il a institué, de facto, un Etat séparé ; ce même Hamas a été militairement laminé lors de l'opération Plomb Fondu (2009). Ultime revers : le revirement de Barack Obama, le plus pro-arabe et pro-palestinien des présidents américains, contraint depuis 2010, pour des raisons de survie politique, à se rapprocher d'Israël.

 

Si Israël avait admis en 1993 le principe d'une entité palestinienne, pourquoi s'oppose-t-il aujourd'hui à une reconnaissance internationale ?

Garantis par les Etats-Unis et avalisées par l'Onu, ces accords d'Oslo devaient transformer les organisations palestiniennes en entités politiques civiles et créer un Etat coexistant pacifiquement avec Israël. Cette évolution n'a jamais eu lieu. De même la « feuille de route » de 2002 qui liait l'indépendance palestinienne à la mise en place d'institutions démocratiques et à la renonciation effective au terrorisme, est restée lettre morte. Enfin, l'Etat palestinien souverain dont il est question aujourd'hui inclurait l'Etat-Hamas de Gaza, qui rejette à la fois Oslo et la « feuille de route ».

 

Quelle conséquence pour Israël ?

Un danger majeur ! Ce serait entériner des violations répétées d'accords et d'engagements bilatéraux ou internationaux et porter atteinte à la légalité internationale. En fait, de nombreux Etats voudraient « faire plaisir » à la fois aux Israéliens et aux Palestiniens. Ce qui n'est guère possible dans les circonstances actuelles.

 

Israël n'a-t-il pas sa part de responsabilité ?

Du côté israélien, toutes les concessions ont été faites. Les gouvernements successifs ont accepté l'idée d'un Etat palestinien souverain en Cisjordanie et à Gaza. Ce dernier territoire a d'ailleurs été complètement évacué dès 2005.

 

Mais les implantations nouvelles en Cisjordanie ?

Aucune n'a été créée depuis dix ans. Les constructions de logements ne se poursuivent que dans des implantations existantes, relevant d'Israël selon les accords d'Oslo et destinées, pour les plus importantes, à être rattachées à Israël moyennant un échange de territoires avec une future Palestine arabe. Cette politique se ramène au principe : « La paix contre les territoires ».

 

Pourquoi la communauté internationale prend-elle parti contre Israël ?

La « communauté internationale » ? Cela n'existe pas. Il y a, d'une part, une cinquantaine d'Etats – les « Puissances » - qui disposent à la fois du pouvoir économique et de la force militaire : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), les membres du G-20 ou de l'OCDE (y compris Israël), quelques autres pays émergents. Et, d'autre part, quelque cent quarante « non-Etats » : des pays quasi fictifs.

 

Par exemple ?

D'une part des pays presque sans population ou territoire, comme Monaco, Andorre, Nauru (avec tout le respect qui leur est dû). D'autre part, des pays où l'Etat ne fonctionne plus ou n'a jamais fonctionné, de Haïti à la Somalie. Tout se joue en fait au niveau des « Puissances ». Certaines sont relativement favorables à Israël, d'autres plutôt hostiles. Les « non-Etats » ne font que suivre, en fonction d'intérêts matériels étroits ou de solidarités culturelles ou religieuses.

 

Mais que faites-vous du vote de l'assemblée générale de l'Onu ?

Aux Nations Unies, tous les Etats, même quasi fictifs, disposent malheureusement de la même voix. L'Onu est dominée par une majorité anti-israélienne et certaines Puissances appartenant à la minorité pro-israélienne ou neutre n'ont pas compris à quel point il était nécessaire, au nom du droit international, de contrer la campagne en faveur de la souveraineté palestinienne.

 

Y compris la France ?

L'opinion française est partagée sur Israël. Mais la technostructure qui dirige le pays est, quant à elle, pour de multiples raisons – à commencer par un certain héritage gaullien –, largement anti-israélienne.

 

Les médias aussi ?

Rares sont les médias  qui disposent d'une certaine liberté. Beaucoup dépendent de gouvernements, de « tycoons » sans culture, foi ou éthique, ou du « politiquement correct », qui est l'arme du prolétariat intellectuel.

 

Israël est donc condamné, à terme ?

Non, pas du tout. En 1975, l'Amérique et le monde occidental, pro-israéliens dans l'ensemble, semblaient sur le déclin : l'Onu a donc voté une résolution assimilant le sionisme au racisme. En 1991, l'Amérique venait de gagner la guerre froide, l'URSS se désintégrait, et le monde entier se ralliait aux valeurs occidentales : l'Onu a donc abrogé cette même résolution.

 

Et aujourd'hui ?

L'Amérique est à nouveau faible et le monde occidental en crise : d'où les efforts pour que l'Onu vote une nouvelle résolution anti-israélienne. Si l'Amérique retrouve sa puissance, ou si un autre pays pro-israélien assume le leadership international, Israël sera réhabilité.

 

En êtes-vous sûr ?

La plupart des Puissances qui vont façonner le XXIe siècle ont une assez bonne opinion d'Israël, en raison de leurs propres intérêts. Les Etats-Unis sont très pro-israéliens, l'Inde aussi. La Chine l'est de plus en plus. La Russie reste assez proche d'Israël dans bien des domaines. Le Canada et l'Australie sont, globalement, pro-israéliens. Cela fait quand même le tiers de l'humanité, le tiers de sa richesse, la moitié de son potentiel scientifique et technologique. La seule région importante du monde développé où l'anti-israélisme progresse, est l'Union européenne, même si certains pays, en dépit ou en raison de leur passé, font office de contrepoids : l'Allemagne, la Pologne, etc.

 

Mais en Israël même, Netanyahu est présenté comme un nationaliste extrémiste. Pourquoi ?

C'est là un point de vue très minoritaire, défendu par l'opposition centriste ou gauchiste pour des raisons politiciennes, ou par des intellectuels qui ont perdu toute foi dans la singularité du destin juif. La majorité des Israéliens, selon les derniers sondages, voient en Netanyahu un pragmatique.

 

Un Etat palestinien pourrait-il se doter d'une armée, comme n'importe quel pays souverain ?

Oui, il pourrait théoriquement exercer toutes les fonctions dites « régaliennes » : faire la guerre, rendre la justice, lever l'impôt, battre la monnaie, etc. L'Autorité palestinienne en Cisjordanie et l'Etat-Hamas à Gaza exercent déjà certaines de ces fonctions. Mais un Etat souverain peut aussi renoncer, face à d'autres Etats, à certains attributs de sa souveraineté.

 

Dans quels cas ?

Quand le texte d'un traité l'emporte sur la législation interne. C'est le cas des Etats membres de la zone euro qui ont, volontairement, renoncé au droit de battre monnaie, le déléguant à une instance communautaire, la Banque centrale européenne. C'est le cas de l'Autriche qui, en recouvrant sa pleine indépendance en 1955, après dix ans d'occupation occidentale et soviétique, s'est engagée par traité à un statut de neutralité absolue. Rien ne s'oppose donc, en théorie, à ce qu'un Etat palestinien indépendant soit doté d'un statut de neutralité ou de démilitarisation.

 

Rien, vraiment ?

Sauf la raison d'être des organisations palestiniennes qui est le pouvoir pour le pouvoir, et la lutte contre Israël pour justifier cette quête du pouvoir.

 

© Frédéric Pons et Michel Gurfinkiel


Propos recueillis par Frédéric Pons