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Contentieux palestino-israélien

Une invitation palestinienne au suicide, Charles Krauthammer
04/10/2011


 

[La réputation de Ch. Krauthammer n'est plus à faire. Une fois de plus, il fait preuve d'une grande maîtrise tant sur le plan de l'exposé – d'une clarté et d'une lucidité remarquables – que sur celui du style – lapidaire et lumineux. Certes, c'est l'expression d'un point de vue résolument pro-israélien, mais l'argumentation, elle, est factuelle et ne saurait être révoquée en doute. Pour qui veut s'y reconnaître un peu dans cette saga politique que nos ennemis ont contribué à rendre plus compliquée encore par leurs mensonges et leurs relectures partisanes des événements, je ne saurais trop recommander la lecture de l'article suivant, de René Schwok, « Évaluation des responsabilités des dirigeants israéliens et palestiniens dans l'échec des négociations de paix de Camp David et de Taba ». (Menahem Macina).]

 

Sur le site du National Post, 30 septembre 2011

Traduction française : Menahem Macina pour debriefing.org

 

Un jeune Palestinien lance une pierre par-dessus une portion du mur israélien, qui représente le dirigeant palestinien Yasser Arafat. La scène a eu lieu durant les affrontements avec des soldats israéliens au point de contrôle de Kalandiya, près de Ramallah.

 

Quoique gênante pour les puissances occidentales, la tentative du Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, d'obtenir que l'ONU reconnaisse unilatéralement un Etat palestinien a provoqué une large sympathie. Après tout, quelle alternative avait-il ? Selon le narratif reçu, la paix au Moyen-Orient est rendue impossible par un Israël dirigé par l'aile dure du Likoud qui refuse d'accepter un Etat palestinien et continue à créer des implantations.

Chose remarquable, cette grossière inversion de la vérité est admise comme un fait indiscutable. En fait, Benjamin Netanyahu à amené sa coalition dirigée par le Likoud à une claire reconnaissance d'un Etat palestinien, créant ainsi un premier consensus national pour une solution à deux Etats. C'est aussi le seul Premier ministre à avoir accepté un gel des implantations pour une période de 10 mois, ce qu'aucun gouvernement travailliste ou Kadima n'a jamais fait.

A cela Abbas a répondu en boycottant les négociations durant neuf mois, en apparaissant le dixième mois, puis en claquant la porte quand le gel expira. [Le 23 septembre 2011], il a redit qu'il poursuivrait le boycott des négociations, à moins qu'Israël ne renonce, par avance, à toute revendication sur des territoires situés au-delà des lignes de 1967. Ce qui signifie, par exemple, que le Quartier juif de Jérusalem est un territoire palestinien. Il ne s'agit pas seulement d'une absurdité, mais d'une violation de tous les engagements antérieurs à propos d'un traité de paix, lesquels stipulent que de telles revendications doivent être l'objet de négociations et non leur condition préalable.

Abbas insiste résolument sur le prétendu « droit au retour », qui reviendrait à une destruction démographique d'Israël en le submergeant de millions d'Arabes, transformant ainsi le seul Etat juif au monde en un 23ème Etat arabe. Il a également répété, à plusieurs reprises, comme ce fut le cas [le 23 septembre 2011] à New York : « Nous ne reconnaîtrons pas un Etat juif ».

Cela non plus n'est pas nouveau. C'est dans la parfaite logique de la longue histoire du "rejectionnisme" arabe. Aide-mémoire.

·        Camp David, 2000. Lors d'un sommet patronné par les Etats-Unis, le Premier ministre Ehud Barak offre à Yasser Arafat un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, et même – ce qui semblait inconcevable jusque-là – la division de Jérusalem. Arafat refuse, sans faire de contre-proposition, démontrant ainsi qu'il n'envisage pas sérieusement quelque accord que ce soit. Au lieu de cela, il lance, dans les deux mois, une guerre sauvage de terreur qui tue un millier d'Israéliens.

·        Taba, 2001. Proposition d'une transaction encore plus séduisante – Les « Paramètres de Clinton » [voir l'Annexe de l'article recommandé plus haut]. Arafat claque à nouveau la porte.

·        Israël 2008. Ultime capitulation du Premier ministre Ehud Olmert aux exigences palestiniennes : 100 % de la Cisjordanie (avec des échanges de territoires), accession de la Palestine au statut d'Etat, division de Jérusalem, dont les parties musulmanes deviendront la capitale de la nouvelle Palestine. Chose incroyable, Olmert propose de remettre les Lieux saints de la ville, dont le Mur occidental – le site le plus sacré du judaïsme, sa Kaaba – à un organisme international dans lequel siégeront la Jordanie et l'Arabie Saoudite. Abbas allait-il accepter ? Bien sûr que non. S'il l'avait fait, le conflit aurait pris fin et la Palestine serait déjà membre des Nations unies.


Ce n'est pas de l'histoire ancienne. Ces trois négociations de paix ont eu lieu au cours de la dernière décennie, et elles contredisent totalement le narratif insensé selon lequel c'est l'« intransigeance » israélienne qui fait obstacle à la paix.

Qu'en est-il des implantations [« colonies », dans le narratif hostile] ? Toute implantation qui se trouvera à l'intérieur de la nouvelle Palestine sera détruite et vidée, exactement comme ce fut le cas à Gaza.

Alors, pourquoi les Palestiniens ont-ils dit non ? Parce que le fait de dire oui les eût contraints à signer un accord définitif de paix acceptant un Etat juif sur ce qu'ils considèrent comme un patrimoine musulman.

Le mot-clé, ici, est « définitif ». Les Palestiniens sont tout à fait prêts à signer des accords intérimaires, comme celui d'Oslo, des accords-cadre, comme à Annapolis, des cessez-le-feu comme l'armistice de 1949. Tout sauf un accord final. Tout sauf un traité mettant fin au conflit une fois pour toutes, et laissant en place un Etat juif.


En fin de compte, pourquoi Abbas est-il allé à l'ONU [le 23 septembre 2011] ? Durant près d'un demi-siècle, les Etats-Unis ont cherché un arrangement au Moyen-Orient sur la base de la formule : des territoires en échange de la paix. Le résultat en a été la paix entre Israël et l'Egypte, en 1979, puis entre Israël et la Jordanie, en 1994. Depuis, à trois reprises, Israël a offert aux Palestiniens des territoires en échange de la paix, et s'est à chaque fois heurté à un refus.

Pourquoi ? Exactement pour la même raison que celle qui a amené Abbas à l'ONU [le 23 septembre 2011] : avoir les territoires sans la paix ; la souveraineté sans la reconnaissance d'un Etat juif ; le statut d'Etat sans négociations. Une Palestine indépendante en continuel état de guerre avec Israël.


C'est pour cette raison que, quels qu'aient été les dirigeants d'Israël, il n'y a jamais eu de paix. Les conflits territoriaux peuvent avoir des solutions, pas les conflits existentiels.  

La terre contre la paix, oui. La terre sans la paix n'est rien d'autre qu'une invitation au suicide.

 

Charles Krauthammer

letters@charleskrauthammer.com


© The Washington Post Writers Group