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Contentieux palestino-israélien

Fausses évidences sur Israël et le conflit israélo-arabe (2): Palestine historique? E. Main
17/10/2011

 Voir la première partie de cette enquête.

Sur le site de Un écho d'Israël, 17 octobre 2011


Avertissement : L'idée d'un Etat palestinien aux côtés de l'Etat d'Israël est souhaitable et souhaitée depuis 1937. Elle a en effet été proposée pour la première fois par le rapport d'enquête britannique Peel, rejeté unanimement par les Arabes. Sanctionnée par le vote de l'ONU, en novembre 1947, elle a été rejetée par les Arabes, mais acceptée, lors des accords de Camp David (1978), par l'Egypte qui fut, de ce fait, mise au ban de la Ligue Arabe. C'était le fondement des accords d'Oslo (1993), qui n'ont pas été suivis d'effets : la charte de l'OLP n'a jamais été modifiée et prône toujours la destruction de l'Etat d'Israël (1).

Ce qui suit ne vise donc pas à refuser la solution de « deux Etats pour deux peuples », au contraire, il s'agit d'examiner les obstacles idéologiques qui empêchent d'aboutir à cette solution. Prendre conscience de ces obstacles est la condition sine qua non de la mise en œuvre réelle et effective de cette solution.


La Palestine historique

Cette expression revient souvent chez les Palestiniens (2), mais elle plonge l'historien dans la perplexité. Jusqu'au XXe siècle, il n'y a d'historique dans la Palestine que deux points :

1) Le nom de Philistie, qui désignait le pays des Philistins, l'étroite bande côtière de Gaza à Ashdod, où s'étaient installées ces populations venues de la mer au XIIe siècle avant notre ère (3). Elles ont disparu en tant que peuple distinct au plus tard au VIIe siècle avant notre ère. Il n'est resté que leur nom pour désigner cette région étroite, et en latin cela donnait : Palestina.

2) La décision de l'empereur Hadrien, en 135 de notre ère : après avoir maté la révolte des Juifs, menée par Bar Kokhba, et furieux contre eux, il a voulu éradiquer les Juifs de la terre dont provenait leur nom: la Judée [en hébreu, Yehoudah, d'où est formé l'adjectif yehoudi, juif]. L'empereur romain a effacé ce nom en renommant l'ensemble de la région Syrie-Palestine (4) et Jérusalem Aelia Capitolina (5).

Depuis cette date, la « Palestine » n'a jamais rien représenté d'autre qu'une division, ou le plus souvent, des subdivisions administratives, aux limites mouvantes et variables sujettes aux caprices des maîtres de la région. Le chef-lieu en était Césarée, à l'époque romaine et byzantine, Ramallah, sous la domination musulmane.

A l'époque ottomane tardive, elle était divisée en trois districts, dont les chefs-lieux étaient Acre, Naplouse, et Jérusalem, d'abord rattachés à la province de Syrie. En 1888, les deux premiers districts étaient intégrés à la province de Beyrouth. Etant donné l'activité intense d'Européens à Jérusalem, où Juifs et chrétiens étaient majoritaires, le sultan décida d'ériger son district en mutessariflik (gouvernorat) dont le mutessarif (gouverneur musulman) était directement responsable devant les autorités de Constantinople (6).

Depuis la destruction de l'Etat juif au 1er siècle de notre ère et pendant dix-neuf siècles, il n'y a eu sur cette terre qu'un seul Etat souverain et indépendant avec Jérusalem pour capitale : le royaume croisé de Jérusalem.

La « Palestine historique », décrite comme s'étendant du Liban à l'Egypte et de la Méditerranée au Jourdain (7), ne constitue pas davantage une entité géographique, comme celles que constituent la Beauce ou le massif Central. Un tel territoire est formé d'unités géographiques différentes : la plaine côtière, les monts de Judée, la Samarie, la vallée du Jourdain, etc. Géographiquement parlant, pour désigner cet ensemble hétéroclite, il est plus exact d'employer l'expression Levant sud.

La « Palestine historique » ne correspond pas non plus à la Palestine mandataire confiée aux Britanniques par la SDN en 1920 (8). Le mandat incluait en effet la Transjordanie, à l'Est du Jourdain. Par un coup de force, Abdallah, fils de Hussein, du Hidjaz, s'y est installé et, en 1922, les Anglais, pensant s'acquitter ainsi de leurs promesses aux Arabes, ont décrété un mandat séparé sur la Transjordanie, reconnue comme émirat arabe (9). Cet émirat obtiendra l'indépendance en 1946 en tant que « royaume hachémite de Jordanie ».

Enfin, l'expression « Palestine historique » passe sous silence la réalité de l'empire ottoman. L'ensemble du territoire de l'empire était propriété du sultan. Ce qui permettait de différencier des entités en son sein était le statut des personnes : Turcs, Arabes musulmans, Druzes, et les dhimmis, chrétiens ou juifs.

La première charte de l'OLP, en 1964, ne revendique d'ailleurs la terre qu'au nom de l'arabité : « La Palestine est une terre arabe, unie par des liens nationaux étroits aux autres pays arabes. Ensemble, ils forment la grande nation arabe. » Après la guerre des Six-Jours, la charte a été modifiée pour introduire la notion de « peuple palestinien » : « la Palestine est la patrie du peuple arabe palestinien ; elle constitue une partie indissociable de la patrie arabe, et le peuple palestinien fait partie intégrante de la nation arabe » (article 1er de la charte de l'OLP, modifiée en 1968).

La « Palestine historique » n'a donc d'historique que la volonté de nier le lien du peuple juif à la terre d'Israël. En témoigne, jusqu'à aujourd'hui, la carte de la « Palestine » inscrite dans le sigle du Hamas comme dans celui de l'OLP.

 

© Emmanuelle Main


* * *


(1) Voir l'interview de Mahmoud Abbas à la télévision palestinienne, le 2 juin 2011, sur le site de Memri-TV, où il affirme : « Il n'a jamais été question de reconnaître un Etat juif ». Et aussi l'interview de Nabil Shaath [dans laquelle on peut lire] : « Nous n'accepterons jamais la solution de deux Etats pour deux peuples » (13 juillet 2011), sur le site de Memri-TV.

(2) Voir par exemple, la conférence de Mgr Sabbah, à l'Institut catholique de Paris, le 23 avril 2001 : http://www.ccfd.asso.fr/comprendre/... [lien mort, mais voir : « La Palestine, les Chrétiens et la Paix »], ou encore les déclarations d'Omar Massalha, ancien représentant palestinien à l'UNESCO, lors d'un débat sur France 24, le 6 mai 2011.

(3) Voir la carte des territoires philistins et des royaumes d'Israël et de Juda aux environs du IXe siècle avant notre ère (sur le site antikforever).

(4) Cette décision fut prise un siècle après la crucifixion de Jésus de Nazareth. C'est pourquoi le nom « Palestine » n'est jamais employé dans le Nouveau Testament. Voir la carte de la province romaine de Judée au temps de Jésus.

(5) « Ilya » en est la transcription dans les sources arabes jusqu'au IXe siècle. Les Juifs et les chrétiens ont toujours conservé l'usage du nom « Jérusalem ».

(6) Voir l'état des divisions administratives ottomanes en 1914, [carte de Jordanie et de Palestine].

(7) Voir ci-dessus, n. 2 et, ci-dessous, l'emblème du Hamas et de l'OLP.

(8) Voir la carte du mandat [Jordan and Palestine 1923].

(9) En 1937, le rapport de la Commission royale (britannique) pour la Palestine envisageait déjà un plan de partage, avec la création d'un Etat juif indépendant et le rattachement de la Cisjordanie à la Transjordanie pour former un Etat arabe indépendant, dont l'émir Abdallah serait le souverain. Voir : J. Gottmann, « Le problème palestinien et le projet de partage du pays », Annales de Géographie, 1938, t. 47, n° 265. p. 102.

JPEG - 8.7 ko Logo de l'OLP JPEG - 10.8 ko Logo du Hamas

Nota Bene : Aujourd'hui, les Palestiniens existent et cela suffit à justifier leur volonté d'indépendance. Fonder leur revendication sur une négation de l'histoire, en occultant les conquêtes des Arabes, des Mamelouks, des Turcs et des Jordaniens, donnerait à penser qu'ils veulent moins leur propre Etat que la destruction d'Israël.