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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Réflexions après la joie [A propos de la libération de Shalit], par Ugo Volli
21/10/2011

Ugo Volli


Texte original italien : « Pensieri dopo la gioia »,

Sur le site Informazione Corretta, 19 octobre 2011.

Ugo Volli enseigne la philosophie et la sémiologie (plus exactement la sémiotique) à l'université de Turin, où il dirige aussi le Centre de recherches sur la communication, il a publié plus de 200 publications scientifiques et une quinzaine de livres. Il collabore à différents journaux et intervient sur différentes chaînes de radios et télévision. Il est directeur de la revue de sémiotique "Lexia"

Traduction française par Danilette, sur son Blog, 21 octobre 2011.


La fête est terminée et un peu de réflexion est désormais utile. Je me réfère bien sûr à Gilad Shalit. Dès qu'on a commencé à parler de l'échange, j'ai dit que ce n'était pas mon rôle d'évaluer ce qui était en jeu étant donné que je ne suis pas Israélien et je le redis ici. Quand on parle du haut d'une sécurité confortable italienne, la seule option possible est d'affirmer sa solidarité avec Israël, d'accepter ses choix, de se réjouir du résultat immédiat même si on s'inquiète du renforcement des terroristes ; du haut de notre distance et de notre ignorance de beaucoup de faits, il n'est pas possible de disséquer ce qu'on aurait dû faire ou non, comme s'empressent de le dire les faux amis d'Israël. 

Il est toutefois possible de faire quelques analyses : non pas sur Israël mais sur les autres acteurs impliqués dans les affaires du Moyen-Orient. Savez-vous par exemple comment a réagi l'ONU par la voix de son Haut-Commissaire pour les Droits de l'homme, Navi Pilay (celle de Durban III, celle qui a nommé Goldstone à la tête de la commission chargée de nommer les juges de la Cour Pénale Internationale ) ? C'est très instructif. Elle a dit qu'elle était préoccupée. Avec juste un peu de retard, parce qu'elle n'a jamais été préoccupée par le sort de Shalit. En fait, ce n'est pas lui, l'objet de sa préoccupation mais les pauvres prisonniers, les prisonniers les plus dangereux, tous condamnés en moyenne pour une dizaine d'assassinats chacun et qui ne peuvent pas immédiatement rentrer chez eux, c'est-à-dire dans leur fabrique de bombes, mais sont contraints à l'exil… C'est triste,  n'est-ce pas ?

Même la Croix-Rouge est préoccupée… par le sort des Palestiniens. Oh, il n'y a pas de justice pour eux, les pauvres. À quel échange inique ont-ils donc été contraints !

Et l'Unicef ? Par la bouche de son représentant dans les territoires occupés, Jean Gough, l'organisation déclare qu'à ce stade il est impératif de libérer tous les mineurs qui sont dans les prisons israéliennes. La Croix-Rouge – qui ne s'est jamais souciée de Shalit, enlevé à l'âge de 19 ans –, se soucie également des terroristes emprisonnés à 17 ans. Ce sont des enfants (cf. ANSA, l'agence de presse italienne, 18/10/2011 et ici).

Je vous en prie, ne donnez pas d'argent à l'Unicef, n'achetez pas leurs cartes de vœux et autres gadgets, ne les aidez d'aucune manière que ce soit. Ils ne le méritent pas, ce ne sont pas les défenseurs d'enfants, désintéressés, qu'ils prétendent être. L'Unicef défend peut-être parfois des enfants, mais pas tous les enfants et pas tous de la même manière.

Il y a aussi, vous vous en doutez, Amnesty International qui n'a rien trouvé de mieux comme commentaire que de déplorer « les dures conditions de détention des prisonniers palestiniens », qui ne sont pas des prisonniers mais des détenus avec les mêmes droits que tous les détenus du monde civilisé : des avocats, des visites, de la compagnie, une peine connue avec une échéance et, avant tout, un procès public, sans menaces de mort, toutes choses dont Shalit n'a même pas aperçu la couleur de loin.  

Il y a la Turquie qui a offert l'hospitalité aux prisonniers, exilés parce qu'ils constituent un danger. C'est l'un des trois Etats à l'avoir fait, non pour favoriser la paix ou aider Israël, mais pour réaffirmer son alliance avec le Hamas, comme l'indique un représentant du gouvernement turc

Enfin, il y a les Palestiniens : les Méchants du Hamas et les Bons du Fatah (OLP). Ne nous occupons pas des premiers qui ont confirmé eux-mêmes qu'ils sont des ravisseurs, des kidnappeurs et des extorqueurs. Mais savez-vous comment les deuxièmes ont accueilli les bouchers relâchés dans l'échange ? Avec une fête nationale. Mahmoud Abbas, leur Président, ce grand pacifiste qui a « abandonné le terrorisme », les a appelés « des héros », « des combattants de la liberté », c'est ainsi qu'il a appelé ces assassins d'enfants, ces lyncheurs à mains nues, ces organisateurs d'attentats dans les autobus et dans les restaurants. Belle liberté et bel héroïsme !

Et savez-vous comment a répondu la foule des fanatiques venus les accueillir ? Au cris de « Nous voulons un autre Shalit, nous en voulons deux, cinq ! »

Et c'est avec ces aspirants ravisseurs qu'Israël, selon le monde, devrait se dépêcher de faire la paix. Célébrer officiellement les assassins, l'assumer officiellement, c'est comme répéter le délit, assassiner les gens une deuxième fois. Comment est-il possible de pardonner à ces gens ?

Comment le monde peut-il les soutenir ?

Et pourtant le monde les soutient. L'ONU les soutient, Amnesty International, la Croix-Rouge les soutiennent…


© Ugo Volli 

 

P.S. : juste une petite pensée que j'ai lue quelque part. Shalit est maigre il doit peser moins de 50 kg. Il a été échangé contre 1000 et quelques terroristes. Combien vaut chacun d'entre eux ? Chacun vaut 1/1000 de Shalit et si on le mesure en poids, cela fait 50 g. L'équivalent d'un petit verre de Grappa [*], ou d'une poignée de sable. Voilà ce qu'ils valent et c'est auto-certifié : une gorgée de liquide, un peu de poussière… Une poussière qui sera dispersée à jamais.

 

 [*] Eau de vie italienne