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Israël (Société - mentalités)
Israël (délégitimation d')

Quand les « Bons » font du mal aux « Mauvais », ou l'euphémisme du « Colon », Menahem Macina
23/10/2011


Remis en ligne sur debriefing.org, ce 23 octobre 2011

 

Je reprends, ci-après, un article que j'ai écrit fin 2001, pour illustrer le propos suivant, à propos de l'assassinat de 4 civils israéliens, précisément près de Hébron:

« Il est consternant de constater que les seuls mots utilisés par la presse française pour parler de ces victimes est "colons". Il s'agissait avant tout de civils innocents. » (JSSNews, 1er septembre 2010).

12 décembre 2001

Lu et entendu dans les médias de ces dernières semaines, à propos des événements dramatiques qui ensanglantent le mince territoire du Proche-Orient que se disputent deux peuples :

  • « Un "Colon" [variante : "un Colon israélien"] a été tué par balles ».
  • « Une "femme-Colon" victime d'un attentat mortel ».
  • « Deux "adolescents-Colons" tués [en fait, ils ont été "massacrés"] par des Palestiniens ».
  • « Une "fillette- Colon" [difficile de dire un bébé-Colon] atteinte d'une balle ».


Une telle phraséologie, qui précise la "catégorie particulière" à laquelle appartiennent certaines victimes, n'est-elle pas inquiétante ?

En tout état de cause, à en juger par l'absence de réactions et par la persévérance de la pratique, elle semble n'avoir pas scandalisé grand-monde.

Pourtant, imaginons un instant que les médias distinguent entre un Français de souche (sans entrer ici dans la délicate question de l'évaluation de l'ancienneté de cette "souche") et un Français d'immigration récente. Cela donnerait quelque chose comme :

  • « Bavure policière ? Un Français "issu de l'immigration" ["basané" n'est pas "politiquement correct"], mort après un interrogatoire musclé dans un commissariat de police ».
  • « Un jeune rappeur, "d'origine maghrébine", poignarde un "Français de souche" ».
  • « Un "adolescent des banlieues" tué par le vigile d'une banque, dans le quartier de l'Opéra », etc.


Mais revenons à nos "Colons".

Que dit le dictionnaire les concernant ?

  • « 1er sens, terme de droit : Cultivateur d'une terre dont le loyer est payé en nature ; équivalents : Fermier, Métayer. »
  • « 2ème sens, courant : Personne qui est allée peupler, exploiter une colonie ; équivalent : Pionnier. » (Petit Robert).


Gageons que l'Israélien s'accommodera volontiers de la première définition, malgré son utilisation aujourd'hui obsolète. L'équivalent "Pionnier" de la deuxième la lui fera admettre également. Mais étant donné son caractère circulaire ("peupler une colonie"), il ne pourra faire l'économie de la consultation de la rubrique correspondante du dictionnaire. Et là, les choses se gâtent, non seulement pour lui, mais également pour son État :

  • « (vieilli) : Réunion d'hommes partis d'un pays pour aller en habiter, en exploiter un autre. »
  • « Établissement fondé par une nation appartenant à un groupe dominant dans un pays étranger à ce groupe (moins développé), et qui est placé sous la dépendance (la souveraineté) du pays occupant dans l'intérêt de ce dernier. » (Petit Robert).

On n'entrera pas ici dans la difficile (et polémique) question de savoir si le terme, aujourd'hui honni, de "Colon", avec sa charge de réprobation explosive, s'applique adéquatement aux descendants israéliens des Juifs venus, une ou plusieurs générations auparavant, s'installer dans la patrie de leurs ancêtres, et qui ont choisi de s'établir dans des territoires contestés - plus souvent, quoi qu'on en dise, pour les avantages matériels liés à cette implantation pionnière, que par nationalisme. Contentons-nous d'observer que l'étiquette fait désordre et a la vertu maléfique de classer automatiquement quiconque en est estampillé dans la catégorie des "Mauvais", les Palestiniens étant, tout aussi automatiquement, classés dans celle des "Bons".

Or, dans le monde de plus en plus manichéen, qui est le nôtre, il importe grandement d'être dans le bon camp, faute de quoi votre réputation, voire votre vie, ne pèseront pas lourd dans la balance du jugement public souverain, qui fera peu de cas de votre sort si, d'aventure, les "Bons" vous font du mal.

En tout état de cause, on attendrait de l'honnête homme, de l'honnête femme, qu'ils se posent au moins la question de la moralité du procédé qui consiste à "euphémiser" l'assassinat du "Mauvais" - ou présumé tel. A défaut d'un sursaut de leur conscience humaine, la seule lecture de la définition du terme "euphémisme" devrait au moins leur causer quelque malaise :

  • « Expression atténuée d'une notion dont l'expression directe aurait quelque chose de déplaisant. » (Petit Robert).

Il est vrai qu'il serait "déplaisant" - pour les "bonnes âmes" qui, ayant choisi leur camp, se vouent à la diabolisation de celui d'en face – de devoir reconnaître que les victimes d'attentats bestiaux sont des civils innocents, et qu'aucune cause politique, si juste fût-elle, ne peut justifier de tels crimes.

« L'euphémisme du Colon », qui vise à atténuer la barbarie des « Bons-qui-font-du-mal-aux-Mauvais », est une indignité. Celui ou celle qui l'a employé le premier doit souhaiter que l'histoire ignore, ou oublie son nom. Quant aux médias professionnels, si, par distraction ou par faiblesse, ils l'ont repris à leur compte, qu'ils cessent désormais. Cela leur évitera un déshonneur inéluctable.


© Menahem Macina


Première publication le 12 décembre 2001 sur reinfo-israel.com, site personnel de M. Macina

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Ajout du 1er septembre 2010 (extrait de mon article : "

Terreur islamiste : Les photos de l'horreur", 10 avril 2005.


« Je m'appelais Gal *, j'avais 5 ans.
"Occupation", je savais pas comment ça s'écrit. »


* Gal Eisenman, 5 ans, de Maale Adoumim, assassinée le 19 juin 2002, avec six autres personnes, dont sa grand-mère, Noa, dans l'explosion d'un bus à Giva haTsarfatit (au
nord de Jérusalem).


«Je m'appelle Noam Leibowitz. J'avais 7 ans quand j'ai été assassinée, parce que je serais un colon *. C'est même pas vrai ! **


* C'est pourtant ainsi que la nommait le présentateur de la "Voix de la Palestine", Nizar al-Ghul, le 18 juin 2003, dans son bulletin d'information de 7h 30 : « …mort par balles d'un colon israélien de sexe féminin » (en arabe: "Maqtal 'ala rasass mustawtinna isra'iliyya").

** En effet, la famille de Noam – z"l - vit dans le village religieux pour la jeunesse, Yamin Orde, situé dans le nord d'Israël, près de Haïfa, région qui est tout sauf une colonie. Noam a été tuée par balles, le 17 juin 2003, près de la jonction du kibboutz Eyal, sur l'autoroute Trans-Israël.