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Menahem Macina

«Toi l'auverg(ue)nat»... Qu'en penserait Brassens? Par Menahem Macina
24/10/2011

 

Au tout début de cette année civile, quand je gérais encore le site de France-Israël, j'avais commis ce morceau de bravure dérisoire, à titre d'exutoire de mon humeur bileuse, excitée par les massacreurs stipendiés de la langue française (vous savez, ceux qui tiennent le micro et le haut-du-pavé de la classe bavarde et profitent de la situation pour écorcher vive notre pauvre langue française!). En tête d'autres sévices infligés à la diction correcte de la dite langue, figure les "g(u)ne" - prononcer comme gnou (l'animal). Récemment, un journaliste de la chaîne nationale France 2, s'est avéré atteint, lui aussi, de ce haut-mal (JT de 20 h du 14 octobre 2011), en nous parlant de la "pug(ue)nacité de Madame Martine Aubry. Du coup, je crois utile de remettre en course mon brûlot de janvier 2011, intitulé «La "néophonie" des modernes "Inc(r)oyables"».   

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Au lendemain de la Révolution française, très exactement, à l'époque du Directoire, du 26 octobre 1795 (4 brumaire an IV) au 9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII), résume Wikipédia,

« une fureur de divertissement s'est emparée de la société du Directoire. Depuis que la Terreur est terminée, la jouissance est à l'ordre du jour. […] Les cavaliers de ces dames sont nommés les Incroyables, ou plutôt les Incoyables, car ils jugent élégant de supprimer les r (le r de Révolution, de Roi, ou ceux qu'on entend dans Terreur) et même toutes les consonnes, devenant ainsi presque inintelligibles. Ils arborent des accoutrements excentriques : habit vert à grands godets, taille pincée, large culotte, énorme cravate sous laquelle le menton disparaît. Ils ont le nez chaussé de grosses lunettes et sont coiffés en « oreilles de chien », leurs cheveux tombant sur les oreilles… »

incroyables.jpg 

Un couple d'"Incoyables"

Où voulez-vous en venir, me demandera-t-on sans doute ?

A ceci.

Sans tomber dans les excès vestimentaires ridicules de ces « Inc(r)oyables », certains intellectuels et/ou technocrates, et la quasi-totalité des journalistes, ont tout de même en commun avec eux d'être atteints du haut-mal de la « néophonie ». Force m'a été de forger ce néologisme pour désigner le prurit contemporain de créer des mots nouveaux, ou, comme dans le cas que j'épingle ici, de les prononcer de manière inc(r)oyable.

Ainsi, pas plus tard qu'hier après-midi, j'entendais, sur France 24, la gracieuse (et compétente) analyste économique, Stéphanie Antoine, parler de l'emprisonnement du mag(ue)nat russe du pétrole, Mikhaïl Khodorkovsky.

Moi j'aurais dit « magnat », comme tout le monde. Enfin, pas tout à fait « tout le monde ». Car nombreux sont les membres de la classe bavarde à déformer ainsi ce mot, comme bien d'autres d'ailleurs.

Problème : si un magnat devient un mag(ue)nat, il faut s'attendre à des permutations dans le style : Auverg(ue)nat, au lieu d'Auvergnat. Et je pourrais en décliner des dizaines d'autres du même acabit, comme les formes du passé simple de nombreux verbes à terminaison –gner, telles que : il baig(ue)na, daig(ue)na, enseig(ue)na, gag(ue)na, imprég(ue)na, peig(ue)na, rég(ue)na, renseig(ue)na, alig(ue)na, assig(ue)na, clig(ue)na, désig(ue)na, sig(ue)na; etc., etc.

Je me suis longtemps demandé de quel pataquès était issue cette prononciation 'néophonique'. Il n'y a pas à chercher bien loin, me semble-t-il. Le modèle est là, tapi sous la lave brûlante de l'éruption langagière actuelle, en phase de solidification sous forme d'usage courant : contrairement à son faux frère, « mag(ue)nat », il porte le nom - rigoureusement canonique, lui – de « magma ».

Comme disait l'autre, « la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ».

Que vous en semble ?

 

© Menahem Macina


Mis en ligne le 27 janvier 2011, par Menahem Macina, sur le site France-Israel.org

Remis en ligne sur le site debriefing.org, par Menahem Macina, le 24 octobre 2011