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Contentieux palestino-israélien

La Palestine à l'UNESCO, un éditorial de Richard Prasquier
02/11/2011

Sur le site du CRIF, 2 novembre 2011

 

La Palestine, jusque-là observateur,  est donc devenue le 195e membre de l'UNESCO. Le vote a été acquis à une très large majorité, 107 voix pour, 14 contre, et un grand nombre d'abstentions, 54.
 
La France ne faisait pas partie de ces abstentions, au contraire de la Grande Bretagne, de la Pologne, de l'Italie, du Danemark, du Japon, de la Corée du Sud, de l'Ukraine, la Roumanie et de la Suisse. Elle faisait encore moins partie de ceux qui avaient voté contre : Etats Unis, Canada, Australie, Allemagne, Suède, Pays Bas ou Tchéquie. Non, au sein d'une Europe disparate, la France a voté comme la Belgique, l'Espagne et le groupe dit de « Bandoeng », celui des pays retraités des « ismes » décatis du XXe siècle : du tiers mondisme, du neutralisme, de l'anticolonialisme ou du communisme associés à ceux de l' « isme » présent et conquérant d'aujourd'hui, celui des Etats de la Ligue islamique mondiale, majorité automatique des Assemblées Générales internationales. La Palestine est admise à l'UNESCO et le Kosovo ne l'est pas. C'est que la Russie s'oppose, comme son alliée la Serbie, à l'entrée du Kosovo, et elle mobilise le groupe majoritaire. La Palestine n'a comme opposant important à son admission que les Etats Unis, autrement dit pas beaucoup d'influence quantitative aujourd'hui….
 
Quelle déception ! Jusqu'au dernier moment on pouvait penser que la France allait s'abstenir. On savait qu'elle préférait que les Palestiniens obtiennent d'abord à l'Assemblée générale des Nations Unies un statut d'Etat non-membre plutôt que de pousser la porte qu'ils savent close du Conseil de Sécurité, seul habilité à leur accorder la position d'Etat-membre, et plus encore de chercher une légitimation indirecte dans les Organisations annexes des Nations Unies, une vingtaine environ, que les Palestiniens vont désormais solliciter tour à tour, pour des victoires symboliques.
 
C'est le symbole qui est recherché. L'accueil sous applaudissements aux diverses instances internationales a un seul but : celui d'imposer comme une évidence que quoi qu'en disent ses ennemis (Usa et Israël), l'Etat palestinien existe déjà et les restrictions à son sujet vont, non pas contre l'histoire (nous ne sommes plus au temps du marxisme triomphant) mais contre la géographie du nombre.
 
Devenir le 195e membre de l'Unesco, c'est bien devenir un « Etat membre ». Devenir par le vote de l'Assemblée générale de l'ONU un « Etat non-membre » n'a pas la même signification. La France qui était prête, sous les conditions spécifiées par le Président de la République à voter à l'Assemblée Générale de l'ONU pour le second statut, a accepté de voter quelques semaines après pour le premier sans rien exiger de la part de l'Autorité palestinienne.
 
Certes, l'UNESCO n'est pas l'ONU. Son prestige a beaucoup baissé depuis sa création. L'Assemblée a même failli sombrer dans le grotesque en élisant comme Directeur Général un candidat égyptien, Farouk Hosni,  caricature de courtisan au régime d'un Moubarak alors hautement respecté. Sa lourde machinerie tourne en partie à vide, mais il n'empêche : l'UNESCO est censée gérer la quintessence de l'activité humaine : éducation, sciences et culture.
 
Faut-il donc considérer que la rhétorique exterminatrice du Hamas est un apport pour « l'éducation, la science et la culture ?». Faut-il que l'attentat suicide prétende au rang des spécificités culturelles, comme la gastronomie française ? Non bien sûr, nous dit-on, tout cela vient de Gaza, nous parlons de la Cisjordanie, dirigée, si bien dirigée, par l'Autorité palestinienne. Et on est prié de ne pas trop regarder en avant dans le type d'éducation et de culture que donne cette Autorité palestinienne à ses enfants, notamment par rapport à son voisin israélien….
 
En réalité, ce n'est pas pour l'Etat de Palestine que la France a voté, c'est pour une Autorité Palestinienne, qui quoi qu'elle en prétende, n'est pas un Etat, puisqu'elle n'exerce aucun pouvoir sur une partie majeure du territoire qu'elle prétend représenter. Et plus encore qu'une Autorité Palestinienne, il s'agit de donner une victoire à un Mahmoud Abbas en perte de vitesse depuis que l'échange de prisonniers contre Gilad Schalit a accru le prestige du Hamas aux dépens du sien. Que deviennent les principes de l'UNESCO ? Et que deviennent les exigences énoncées par le Président Sarkozy lui-même à l'Assemblée Générale de l'ONU ? L'autorité Palestinienne a-t-elle progressé dans la recherche de négociations bilatérales avec Israël ? A-t-elle commencé à admettre l'existence d'un Etat Nation du peuple juif ? Et surtout a-t-elle mis un terme au négationnisme historique qui lui fait occulter tous les liens des Juifs avec leur histoire ?
 
Lorsque Mahmoud Abbas parle  (ONU, New York 2011) de Jérusalem en citant Jésus et Mahomet, mais en omettant son lien avec le judaïsme fait-il avancer « la culture, la science et l'éducation » ? Lorsque ses collaborateurs (par exemple son Ambassadeur au Liban ces jours-ci), se répandent sur la disparition d'Israël comme objectif inéluctable dans un deuxième temps, font-ils avancer la paix? Enfin, lorsque le 18 octobre, le même Mahmoud Abbas, si modéré, reçoit avec honneur Amal Jum'a, un prisonnier libéré par Israël, devant une carte de la Palestine (où évidemment les « frontières de 67 » s'étendent à la Méditerranée) sur laquelle est inscrit un poème à la gloire des attentats (cf. PMW), est-il dans l'esprit qui a créé l'UNESCO ?
 
Et bientôt, lorsque les représentants de la Palestine à l'ONU demanderont (entendez : « obtiendront ») l'inscription du Caveau des Patriarches et de la tombe de Rachel (pardon, la mosquée Bilal ibn Rabah) au patrimoine palestinien et universel, feront-ils avancer  la science historique et la fraternité entre les peuples ? En leur laissant reconstruire l'histoire, ne les incite-t-on pas à reconstruire la géographie ?
 
La reconnaissance de la Palestine à la suite d'un accord avec Israël, oui. Le passage en force, fondé sur la loi du nombre sans rien proposer en échange, sans en finir avec le double langage, non. Il est triste de voir la France se prêter à une telle manipulation…..
 
Richard Prasquier
Président du CRIF