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Israël et la calomnie de l'apartheid, Richard Goldstone
03/11/2011


Article repris du site JSS-News, 2 novembre 2011

Adaptation en français de l'article du juriste sud-africain Richard Goldstone, initialement publié le 31 octobre 2011 dans The New York Times. Goldstone est l'auteur du rapport de l'ONU qui accusait Israel de crimes de guerre lors de son opération défensive dans la Bande de Gaza.

 

La demande formulée par l'Autorité palestinienne d'être admise comme membre à part entière des Nations Unies a placé l'espoir d'une solution à deux Etats sous une pression grandissante. La nécessité d'une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens n'a jamais été aussi grande. Il est donc important de séparer la critique légitime d'Israël des attaques qui visent à l'isoler, à le diaboliser et à le délégitimer.

Un mensonge particulièrement pernicieux et persistant fait à nouveau surface : Israël poursuivrait une politique d' «apartheid ». Au Cap, à partir de samedi, une organisation non gouvernementale basée à Londres, a demandé au Tribunal Russell sur la Palestine de tenir une « audience » pour déterminer si Israël est coupable du crime d'apartheid. Ce n'est pas un «tribunal». Les « preuves » seront à sens unique et les membres du « jury » sont des critiques dont les points de vue sévères contre Israël sont bien connus.

Alors que « l'apartheid » peut avoir un sens plus large, son utilisation est destinée à évoquer la situation en Afrique du Sud jusqu'en 1994. C'est une calomnie injuste et inexacte à l'encontre d'Israël, calculée pour retarder, plutôt que faire avancer les négociations de paix.

Je connais trop bien la cruauté du système odieux de l'apartheid sud-africain, sous lequel des êtres humains caractérisés comme noirs n'avaient pas le droit de vote, d'exercer des fonctions politiques, d'utiliser des toilettes ou des plages “pour blancs”, de se marier avec des blancs, de vivre dans des zones destinées aux blancs ou même tout simplement de s'y trouver sans être en possession d'un «laisser passer ». Les noirs grièvement blessés dans des accidents de voiture étaient laissés pour morts s'il n'y avait pas d'ambulance « noire » pour les conduire dans un hôpital « noir ». Les hôpitaux « Blancs » avaient interdiction de leur sauver la vie.

En évaluant l'accusation selon laquelle Israël poursuit une politique d'apartheid, qui porte par définition principalement sur la race ou l'origine ethnique, il importe d'abord de distinguer  les situations en Israël même, où les Arabes sont des citoyens, et dans les zones de Cisjordanie, laquelle reste sous contrôle israélien, en l'absence d'un accord de paix.

En Israël, il n'y a pas d'apartheid. Rien n'y est proche de la définition de l'apartheid en vertu du Statut de Rome de 1998 : « des actes inhumains […] commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un groupe racial sur tout autre groupe racial ou groupes humains, et commis avec l'intention de maintenir ce régime ». Les arabes israéliens – 20 pour cent de la population d'Israël – votent, ont des partis politiques et des représentants à la Knesset et occupent des postes prestigieux, notamment à la Cour suprême. Les patients arabes se trouvent aux côtés des patients juifs dans les hôpitaux israéliens, et y reçoivent un traitement identique.

Pour être honnête, il y a plus de séparation de facto entre les populations juives et arabes que les Israéliens ne devraient accepter. Mais une grande partie est choisie par les communautés elles-mêmes. Quelques-unes résultent de la discrimination. Mais ce n'est pas un apartheid, qui consacre consciemment la séparation comme un idéal. En Israël, l'égalité des droits est la règle, l'aspiration et l'idéal ; les iniquités, quant à elles, sont souvent contestées avec succès devant les tribunaux.

La situation en Cisjordanie est plus complexe. Mais, là aussi, il n'y a aucune volonté d'instaurer un «régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un groupe racial». C'est une distinction cruciale, même si Israël agit là-bas de manière oppressive à l'égard des Palestiniens.

En Afrique du Sud, la séparation raciale forcée avait pour but de bénéficier de manière permanente à la minorité blanche, au détriment des autres races. En revanche, Israël a accepté dans son concept l'existence d'un État palestinien à Gaza et dans la quasi-totalité de la Cisjordanie, et appelle les Palestiniens à en négocier les paramètres.

Mais tant qu'il n'y aura pas la paix entre les deux États, ou tout au moins, aussi longtemps que les civils israéliens seront menacés par des attaques ou des tirs venant de Gaza ou de Cisjordanie, Israël sera obligé de se protéger en prenant des mesures nécessaires à sa sécurité, même si elles sont vécues comme oppressives par les Palestiniens. Dans l'état actuel des choses, les attaques d'un côté se heurtent à des contre-attaques de l'autre. Et la profondeur des litiges, réclamations et demandes ne fait que se durcir quand on lui applique l'analogie offensante d' «apartheid».

Ceux qui cherchent à promouvoir le mythe de l'apartheid israélien soulignent souvent les affrontements entre soldats israéliens, lourdement armés, et les jets de pierres des Palestiniens en Cisjordanie, ou la construction de ce qu'ils appellent un «mur de l'apartheid» et un traitement différent sur les routes de Cisjordanie. Alors que de telles images peuvent inviter à une comparaison superficielle, il est malhonnête de les utiliser pour déformer la réalité. La barrière de sécurité a été construite pour arrêter les attaques terroristes incessantes, et bien qu'elle ait causé de grandes difficultés à certains endroits, la Cour suprême israélienne a ordonné à l'État, dans de nombreux cas, de la déplacer pour atténuer ces difficultés déraisonnables. Les restrictions routières deviennent plus contraignantes après de violentes attaques et sont allégées lorsque la menace est réduite.

Bien sûr, le peuple palestinien a des aspirations nationales et des droits de l'homme que tous doivent respecter. Mais ceux qui confondent les situations en Israël et en Cisjordanie et qui les comparent toutes deux à l'ancienne Afrique du Sud rendent un mauvais service à tous ceux qui souhaitent la justice et la paix.

Les relations judéo-arabes en Israël et en Cisjordanie ne peuvent pas être réduites à une description de la discrimination juive. Il y a de l'hostilité et de la suspicion des deux côtés. Israël, cas unique parmi les démocraties, a été en guerre avec beaucoup de ses voisins qui refusent d'accepter son existence. Même certains Arabes israéliens, parce qu'ils sont citoyens d'Israël, ont parfois été soupçonnés par les autres Arabes en raison de cette inimitié de longue date.

La reconnaissance mutuelle et la protection de la dignité humaine de tous les peuples est indispensable pour mettre fin à la haine et à la colère. L'accusation selon laquelle Israël est un État d'apartheid est un mensonge malveillant qui empêche, plutôt que de promouvoir, la paix et l'harmonie.

Par Richard Goldstone

Copyright New York Times

Adaptation française Paul Massénat – JSSNews