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Le désert de la mort, Mordekhai Kedar
10/11/2011

 

 

Lettre d'un réfugié musulman érythréen, adressée au professeur Mordechai Kedar, prélude à son article "Le Désert de la mort"


J'ai décidé d'entrer en contact avec vous, uniquement parce que je crois que vous pouvez faire quelque chose pour nous aider à rendre public ce récit, après avoir regardé votre interview concernant le reportage fait par le journaliste suédois, Donald Bostrom.

Comme vous pouvez le constater, on estime à 10 000 le nombre de réfugiés érythréens établis en Israël. En fait, il s'agit de ceux qui ont eu la chance de trouver refuge dans le pays, mais des milliers d'Erythréens ont péri dans le Désert du Sinaï, ou ont été soit capturés par les tribus bédouines, soit abattus à la frontière par les soldats égyptiens. Depuis janvier 2011, 400 Erythréens ont disparu dans le Désert du Sinaï, et l'on suspecte qu'ils sont détenus par des tribus bédouines et seront massacrés dans le seul but de s'emparer de leurs organes. Un reportage récent, contenant des séquences filmées, obtenu par des médias tels que CNN, la BBC et des médias égyptiens privés locaux, révèle la pire tragédie humaine perpétrée par les tribus bédouines uniquement pour de l'argent.

En raison du problème politique que nous avons à nouveau en Erythrée, des gens sont contraints de quitter le pays en quête de meilleures conditions de vie, et, ces dernières années, Israël est devenu un pays vers lequel se dirigent nos citoyens ; malheureusement des gens sont capturés à la frontière par les tribus bédouines et on exige d'eux qu'ils paient de 10 000 à 20 000 dollars, qu'ils doivent demander aux membres de leur famille. C'est une énorme somme d'argent pour des Erythréens, et peu d'entre eux sont en mesure de payer. Ceux qui ne le peuvent pas ou refusent sont battus, violés, et finalement leurs organes sont prélevés pour être vendus ; tandis que leurs corps sont jetés dans le désert. Le journaliste de CNN a clairement révélé comment l'opération se déroule. Quelques médecins égyptiens ont été impliqués dans ce dégoûtant commerce ; ils sont en contact avec des chefs de tribus, ils leur demandent ce qu'ils veulent ; on leur amène un individu et le médecin vient avec son véhicule équipé d'une chambre froide ; il le tue et prélève ce qu'il veut, puis il jette le corps et verse l'argent aux chefs tribaux. C'est une tragédie humaine jamais vue à notre époque. C'est la pire sorte de génocide.

La séquence filmée de la Télévision égyptienne montre qu'on prélève leurs yeux, leurs reins, leur cœur, etc., alors qu'ils sont encore vivants. Les corps sont jetés dans le désert pour qu'ils ne soient pas découverts. Nous demandons au gouvernement israélien de révéler cette tragédie au monde et de traiter cette crise, dans l'espoir de sauver quelques-unes de ces vies. Le gouvernement égyptien s'est abstenu de traiter de ce scénario obscène, par contre, une partie de sa communauté est impliquée dans ce qui est une des pires crises humanitaires de ce temps. On n'a jamais eu connaissance d'un tel crime dans le monde auparavant. Il ne s'agit pas d'un ou deux cas individuels, mais de milliers de migrants africains. De grâce, ne passez pas sous silence de tels crimes, parce que, demain, chacun regrettera de n'avoir pas pris les mesures appropriées.

Bien que nous ayons informé la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU et le gouvernement égyptien, par le canal de son ambassade à l'étranger, nous n'avons pas connaissance de quelque déclaration publique dénonçant cet horrible scénario. Il est parfois difficile de voir que le monde se focalise sur deux ou trois cas dans un reportage, alors qu'il s'agit ici d'un nombre important d'Erythréens qui ont péri dans le désert.

Je vous joins le lien suivant pour votre information. Je dispose également de sources crédibles, en provenance de différentes parties du monde, qui peuvent vous fournir des informations. Je connais aussi, à Tel Aviv, quelques personnes originaires d'Erythrée qui vous relateront volontiers leur expérience. Il y a aussi en Israël une clinique qui traite des personnes qui ont subi un tel traumatisme.

 

 

 

Le désert de la mort

 

Aujourd'hui, je vais vous faire un aveu. Du fait de ma présence dans les médias arabes, je reçois de temps à autre, d'Arabes, ou de musulmans qui ne sont pas Arabes, des e-mails contenant des informations qui, estiment-ils, peuvent m'intéresser. Certains d'entre eux me demandent d'intervenir dans telle ou telle affaire, privée ou publique. Je réponds à tous, et je continue de correspondre avec certains d'entre eux. Une part non négligeable de la compréhension que j'ai du monde arabe et musulman m'est venue de ces gens qui me dévoilent les choses les plus sensibles, cachées, secrètes et dissimulées des sociétés qui nous entourent. Il y a parmi eux quelques femmes qui m'envoient des récits à faire dresser les cheveux sur la tête, sur leur vie et le cadre familial et social dans lequel elles sont nées et sont obligées de vivre.


Cette semaine, c'est un réfugié musulman érythréen qui m'écrit. Il vit en Europe après avoir a fui l'enfer sur terre de la Corne d'Afrique et trouvé un lieu de repos et de résidence. Son e-mail m'a stupéfié, et je veux en faire part à mes lecteurs.


Chacun sait qu'Israël constitue depuis des années un havre pour les réfugiés économiques d'Erythrée, du Soudan, et d'autres Etats africains. Une petite partie de ces clandestins sont arrivés en Israël des zones de combats du Darfour, et, dans ce cadre, Israël a accueilli jusqu'à ce jour quelque quarante mille clandestins africains, dont la grande majorité n'ont aucun lien avec le Darfour. Ils viennent en Israël pour trouver du travail et mener une vie normale, en raison du chômage, de la corruption et de la pauvreté qui sévissent dans leurs pays d'origine.


Ceux qui entrent en Israël arrivent par l'Egypte et le désert du Sinaï et ce sont les Bédouins du Sinaï qui les conduisent à la frontière israélo-égyptienne. Ces passeurs font payer leurs services à chaque personne des milliers de dollars, une somme astronomique pour ces Africains misérables et qui manquent de tout. Une partie d'entre eux qui ne peuvent payer le prix du passage sont retenus prisonniers, torturés et humiliés par les Bédouins, jusqu'à ce que leurs familles envoient la somme exigée. Le sort des femmes est pire encore, car elles servent à assouvir les désirs des Bédouins. Dans de nombreux cas, les soldats égyptiens en faction à la frontière tirent sur les Africains qui tentent de passer clandestinement en Israël, du fait, semble-t-il, qu'ils ne peuvent payer au soldat égyptien le montant du « droit de passage » qu'il exige d'eux, car les Bédouins les ont dépouillés du peu qu'ils avaient sur eux.


Mais cette amère réalité du Sinaï a été cause que des milliers d'Erythréens ont disparu jusqu'à aujourd'hui dans les étendues de ce désert. On a appris dernièrement la cause de cette « disparition ». Une partie de ces réfugiés ont été liquidés parce qu'ils n'ont pas pu payer aux Bédouins les sommes importantes exigées, et d'autres ont été assassinés pour prélever leurs organes : les reins, les cornées, le cœur, et même le foie. Quelques médias honnêtes et fiables – CNN, BBC – ont révélé ce phénomène en l'illustrant de photos de cadavres d'Africains abandonnés dans le désert après l'ablation de leurs organes internes et de leurs yeux.


La chaîne CNN a rapporté que des médecins égyptiens du Caire et d'Islamiya sont impliqués dans l'ablation des organes : ils sont en contact avec des tribus bédouines, en particulier les Swarkah et les Tihah. Ils viennent dans un véhicule à compartiment réfrigéré sur le territoire de la tribu qui détient des Africains, choisissent parmi les Erythréens ceux qui semblent solides et en bonne santé, les endorment et procèdent à l'ablation des organes dont ils ont besoin ; leurs cadavres sont ensuite abandonnés aux rapaces et aux fauves. En échange, les médecins versent aux Bédouins de grosses sommes en liquide.


Une chaîne égyptienne de télévision a recueilli des témoignages de Bédouins qui ont raconté que, parfois, le médecin ne prend pas la peine d'endormir la victime lors de l'« opération ». On a pu voir, sous l'œil de la caméra le corps d'un homme étranglé avec une corde, parce que l'« anesthésie » par étranglement est moins chère que l'injection d'un produit anesthésiant. L'un des témoins a raconté que dans certains cas, même le sang de l'Africain a été prélevé, à des fins de transfusion.


Il est probable que les organes servent à des transplantations dans des cliniques situées en Egypte ou dans la péninsule du Sinaï, peut-être dans la région de Sharm-el-Sheikh. Le journal égyptien "Al-Mashad" rapportait, fin octobre, que des échos du phénomène sont parvenus à Rafiah et Shih Zawid, et que les dirigeants des organisations salafistes (qui prônent un retour aux sources de l'Islam) l'ont condamné avec force, affirmant qu'il se limite à un petit nombre de gens sans conscience et fait tort à la bonne réputation des Bédouins. Le Sheikh Mara‘i Ar'ar, porte-parole officiel de l'Association islamiste salafiste, a souligné qu'une « assemblée qui s'est tenue récemment près de Rafiah, a condamné le commerce d'organes, la contrebande de voitures, d'Africains, de femmes et de drogue vers Israël ». Chose intéressante : il n'a pas fait allusion à la contrebande d'armes et de munitions vers Gaza. Il semble en effet qu'à son avis, le sang des Israéliens, répandu du fait de la contrebande d'armes à Gaza, n'est pas considéré comme une grande perte.


Le journal "Al-Mashad" rapporte encore autre chose, à savoir que les Israéliens, eux aussi, sont impliqués dans la contrebande d'organes en provenance du Sinaï. Le journal ne fournit pas de détails sur l'identité de ces "Israéliens".

 

Qui est coupable ?


Les premiers à être mis automatiquemen en accusation sont les Bédouins du centre du Sinaï, qui, par cupidité, s'adonnent à une contrebande multiforme : de la drogue aux jihadistes, des travailleurs aux organes. Mais on ne peut pas non plus exonérer de toute responsabilité les autorités égyptiennes qui, au fil des ans, n'ont exercé aucun contrôle sur ce qui se passait dans le Sinaï et ont permis à ce trafic de contrebande de se développer dans de telles proportions. L'Égypte n'a pas construit de routes dans le Sinaï, abandonnant ainsi ce territoire aux chameliers et aux véhicules tout-terrain. Du fait de la négligence égyptienne, le Sinaï s'est transformé, avec le temps, en territoire sans loi ni juge, et il constitue aujourd'hui un havre pour les terroristes échappés des prisons égyptiennes, ainsi que pour des assassins qui vendent les organes de leurs victimes.


Le troisième accusé peut être Israël, car cet Etat permet depuis des années à des milliers d'Africains de s'infiltrer sans restriction à l'intérieur de ses frontières et, ce faisant, les encourage à entreprendre ce long périple dangereux pour venir dans le pays. Si Israël avait fermé sa frontière avec l'Égypte de manière efficace, ils n'auraient pu s'infiltrer ni n'auraient tenté de parvenir en Israël, et ils ne se seraient pas mis dans une situation où ils sont à la merci des Bédouins du Sinaï.


Viennent en quatrième lieu les Organisations des Droits de l'Homme en Israël qui ont porté plainte devant la Cour Suprême afin qu'elle oblige l'État à autoriser les clandestins à s'infiltrer en Israël et à y rester ; et qui leur ont fourni des abris, de la nourriture, des logements, du travail et des soins médicaux. Dernièrement a surgi un débat public à propos de la construction dans le Néguev d'un camp de détention pour ces clandestins, et les Organisations des « Droits de l'Homme », comme Amnesty International, ont déposé des recours devant la commission nationale de planification et de construction, en arguant du fait qu'un tel camp de détention est contraire, selon eux, à la Déclaration Internationale en matière de Droits des Réfugiés. Il est vrai que l'action de ces organismes et de ces personnes procède de bonnes intentions et de sentiments de générosité et de compassion ; pourtant quand un Érythréen écrit à ses amis et à sa famille qu'il est bien traité en Israël grâce aux Organisations des Droits de l'Homme qui pourvoient à tous ses besoins, il encourage d'autres Érythréens à faire le voyage et à devenir victimes des dangers qui les menacent dans le Sinaï.

 

On peut aussi imputer une part de responsabilité aux Nations Unies et à la Communauté internationale qui ont laissé la situation en Érythrée se détériorer sur les plans économique, social et politique, au point que ses citoyens sont prêts à courir de si grands dangers uniquement pour pouvoir fuir leur pays. L'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, l'UNHCR était censée s'occuper d'eux et les protéger, mais son fonctionnement déficient permet aux Égyptiens et aux Bédouins de les exploiter de manière aussi éhontée.


Israël peut mettre immédiatement fin au phénomène de la mort dans le désert en fermant hermétiquement sa frontière avec l'Égypte, car s'il n'est plus possible de la franchir, toute l'industrie de la contrebande du Sinaï s'interrompra du même coup ainsi que tous ces phénomènes épouvantables qui accompagnent la migration incontrôlée d'Africains dans le Sinaï. La fermeture hermétique de la frontière diminuera également le risque d'infiltration de terroristes du Sinaï en Israël. Il faut en outre qu'Israël renvoie en Afrique les dizaines de milliers de clandestins qui sont arrivés dans le pays, afin qu'il cesse d'être une terre d'immigration pour les chômeurs du monde entier. Il ne s'agit pas ici de réfugiés politiques persécutés qui sont protégés par les traités des Nations Unies, mais uniquement de demandeurs d'emploi. Israël peut aider l'Érythrée à développer son économie afin qu'elle soit en mesure de fournir à ses citoyens travail, éducation et soins de santé, et de leur donner une raison de rester dans leur patrie. Ainsi Israël aidera ces malheureux d'une meilleure façon, plus efficace, sans qu'ils deviennent la proie des bêtes féroces du désert.


Israël doit examiner attentivement l'affirmation du journal Al-Mashad concernant l'implication d'Israéliens dans le trafic d'organes du Sinaï, et vérifier si des organes sont passés en contrebande du Sinaï en Israël. En outre, il est possible et important de vérifier si des Israéliens se rendent dans le Sinaï ou en Égypte pour subir des transplantations d'organes. L'implication d'Israéliens dans cette affaire est contraire à la loi, et il est possible et important de mettre un terme à une activité de cette nature, si elle existe vraiment.


Si le Sinaï s'est transformé en "désert de la mort", c'est, entre autres, parce qu'Israël a négligé "la frontière de la paix" entre lui et l'Egypte. Il est temps qu'Israël prenne les mesures nécessaires pour mettre un terme à l'industrie de la mort qui sévit dans le Sinaï. Mordechai Kedar



Traduit de l'hébreu par Menahem Macina et Danilette

 


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"Ils ne nous donnent pas d'eau potable", raconte une femme, "nous sommes enchaînés comme des animaux" ; et encore : "certains d'entre nous sont grièvement blessés, ils ont besoin d'être immédiatement soignés, ils ont la tête fracassée et les membres rompus. L'autre soir, quatre d'entre nous qui n'ont aucune famille pouvant payer la rançon ont été emmenés. On va leur prélever un rein pour le vendre. D'autres ont été marqués au fer rouge afin de les obliger à téléphoner à leurs familles pour demander de l'argent. L'ultimatum est pour dimanche ; après, ils nous feront disparaître". "Nous sommes enchaînés, depuis trois jours nous n'avons rien à manger. Sauvez-nous" !

 

         

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