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Christianisme

Par la voix du Cardinal Tauran le Vatican préconise l'internationalisation des lieux saints de Jérusalem, H. Keller-Lind
06/12/2011

 

Sur le site Desinfos.com, 4 décembre 2011


Cet ancien ministre des Affaires étrangères du Vatican qui voit dans « le conflit israélo-palestinien la mère de toutes les crises », d'une manière aussi infondée qu'absurde, ou cautionne l'infréquentable Ahmadinejad, demande aujourd'hui que « les lieux saints à l'intérieur des murs de la Vieille Ville de Jérusalem » passent sous le contrôle, non pas de l'Europe ou du Conseil de Sécurité, mais « d'un grand nombre d'États, » islamiques inclus. Y aurait-il l'Iran parmi eux ?

Anticipant la création d'un État palestinien et d'un partage de Jérusalem, le Cardinal veut placer la Vielle Ville sous contrôle d'un grand nombre d'États... musulmans compris.


Le 2 décembre 2011, le Cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, se mêlait à nouveau du conflit israélo-palestinien en affirmant, au nom du Vatican, qu'« il n'y aura pas de paix si la question des lieux saints n'est pas résolue ». Il déplorait que cette question n'ait jamais été mise sur la table des négociations, estimant qu'elle doit l'être. Et de préciser que « cette partie de Jérusalem à l'intérieur des murs – avec les lieux saints des trois religions – est le patrimoine de l'humanité, car chacune d'entre elles y a ses racines ».

A la différence de nombre de musulmans, Autorité palestinienne comprise, il ne nie pas qu'il y ait des racines juives à Jérusalem, mais les met sur le même pied que celles des autres religions monothéistes, alors que le lien musulman avec Jérusalem n'est pas établi, la ville n'étant jamais mentionnée dans le Coran tandis que Médine, par exemple, l'est des centaines de fois...

Très habilement et anticipant la création d'un État palestinien et un partage de Jérusalem, le Cardinal justifie cette injonction en ces termes : « Supposons que demain, une partie de Jérusalem appartienne à un État palestinien : un matin, un groupe de fondamentalistes musulmans pourrait décider de construire une mosquée là où se trouve le Saint Sépulcre ». C'est donc des lieux saints chrétiens qu'il se préoccupe, en toute logique, d'ailleurs.

Pour éviter cette mainmise fondamentaliste musulmane sur un haut-lieu chrétien, et alors qu'Israël n'a jamais menacé aucun lieu de culte, qu'il soit chrétien ou musulman, le Vatican, par la voix du Cardinal, donne sa « solution » : «  que la communauté globale gère ces sites, confiant cette tâche à « un groupe important d'États, plutôt que de la mettre entre les mains du Conseil de Sécurité de l'ONU ou de l'Europe ». Tiens, donc ! On comprend la manœuvre. Parmi ces pays devant gérer « les lieux saints de la Vieille Ville de Jérusalem », le Vatican souhaite clairement que des pays musulmans soient inclus, puisque les trois religions monothéistes sont mentionnées.

Selon l'agence de presse palestinienne Maan News, le Cardinal conclut en déclarant que « le caractère sacré et unique de la zone doit être sauvegardé et ne peut l'être qu'avec un statut spécial comportant une garantie internationale ». On sait déjà que cette garantie internationale ne peut se limiter à l'Europe ni au Conseil de Sécurité et doit inclure des pays musulmans. La question étant de savoir lesquels.

 

Le Vatican cautionne le monstrueux Ahmadinejad et participe à une farce tragi-comique

En effet, il y a entre ce Cardinal et l'Iran des liens indéniables. Ainsi, en novembre 2010, le Cardinal rencontrait Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran et on le voyait, tout sourire, serrant la main du dictateur iranien, celui-là même qui avait réprimé dans le sang les prémices d'un printemps iranien que balayèrent ses tortionnaires en juin 2009 – qui se souvient de Neda, jeune femme assassinée dans une rue de Téhéran lors d'une manifestation pacifique ? Pas le Cardinal, semble-t-il. Ce même Ahmadinejad qui appelle à la destruction d'Israël, finance le négationnisme et prépare une bombe atomique...

A cette occasion, le Cardinal Jean-Louis Tauran participait aussi à un colloque sur le thème : « Religion et société : perspectives chrétiennes et musulmanes », qui s'est tenu du 9 au 11 novembre 2010, et était organisé à la fois par le dicastère que préside le Cardinal et par le Centre pour le dialogue interreligieux de l'Organisation islamique des cultures et des relations. Il se prêtait ainsi à une farce tragi-comique, compte tenu notamment de toutes les violations des Droits de l'Homme, qui sont perpétrées dans l'Iran des Mollahs, et sont reconnues même par l'ONU.

Dans les conclusions du colloque on lit, entre autres perles, une attaque contre les fondements mêmes de la laïcité : « La religion ne peut être reléguée à la sphère privée, y compris dans l'intérêt de la société ». Puis, « la question de la liberté religieuse est également évoquée. Le texte souligne que la foi, de par sa nature, exige la liberté. En conséquence, la liberté religieuse, en tant que droit inhérent à la dignité humaine, doit toujours être respectée par les individus, les agents sociaux et l'Etat.(allez dire ça aux Bahaïs persécutés en Iran). L'application de ce principe fondamental devra prendre en considération le contexte historico-culturel de chaque société, à condition qu'il ne soit pas en contradiction avec la dignité humaine ».

La dignité humaine telle qu'elle est définie par Ahmadinejad et que cautionne le Vatican.

Par ce déplacement du Cardinal et sa participation à la farce qu'a été ce colloque, le Vatican cautionnait les violations des droits de l'Homme du gouvernement iranien, sur lesquelles il fermait les yeux. Pratiques détaillées dans un rapport de l'ONU, paru plus tard, certes, mais ce type de rapport existait déjà à l'époque. On y trouve : « pratique de la torture, de traitements cruels et dégradants, à l'encontre des activistes politiques, des journalistes, des étudiants, des avocats et des militants pour l'environnement.

Le rapport présente également des cas d'interdiction par le gouvernement, de liberté d'assemblée, de violation des droits des femmes, des religieux et des minorités ethniques. Le Rapporteur spécial déplore le nombre grandissant d'exécutions sans les garanties juridiques requises, et l'augmentation des exécutions de jeunes. »

 

Vendre Jérusalem pour tenter de sauver les quelques chrétiens qui restent en terre musulmane ?

Pour bien cerner la personnalité du Cardinal Jean-Louis Tauran, il faut savoir qu'il s'était déjà illustré en déclarant, en octobre 2010, que « le conflit israélo-palestinien est la mère de toutes les crises ». Déclaration aussi ubuesque que significative quant à ce qui anime le Vatican. Le porte-parole de l'Ambassade d'Israël en France, Yaron Gamburg, avait démontré l'absurdité de telles déclarations en détaillant toutes les crises qui secouaient alors la région et concluait : « L'avenir des communautés chrétiennes au Moyen-Orient, et dans le monde musulman en général, est le véritable motif de préoccupation et d'anxiété. Plutôt que de discuter de cette importante question, le Cardinal et beaucoup d'autres, dans le cadre du récent Synode sur le Moyen-Orient continuent à attaquer Israël. Pourquoi ? La peur face à l'extrémisme islamique, doublée, comme il se doit, d'un brin de lâcheté, n'en serait-elle pas la véritable cause ? La peur est souvent génératrice de nombreuses distorsions... » [*].

Mais peut-être trouve-t-on ici les raisons de cette intervention du Cardinal et de la « solution » que préconise le Vatican par sa voix. S'agit-il d'un « donnant, donnant » ? On donne le contrôle des lieux saints de Jérusalem en partie à des pays musulmans qui, en échange, protégeront ce qui reste des communautés chrétiennes en terre musulmane ? Ceux qui n'ont pas choisi l'exil pour échapper aux persécutions de leurs concitoyens musulmans... Ce que montrait déjà le documentaire de Pierre Rehov, « Terre Sainte : chrétiens en péril »


Le Cardinal et la prise d'otage dans la Basilique de la Nativité à Bethléem en 2004, où l'on voyait déjà se dessiner cette position du Vatican

Dans le documentaire, Pierre Rehov, images à l'appui, relatait la réalité de ce qui s'était passé dans la Basilique de la Nativité, à Bethléem, en 2004, profanée et vandalisée par des terroristes palestiniens qui prirent en otages des moines et des religieuses. Des forces israéliennes encerclèrent alors la Basilique. Bien entendu, c'est Israël qui fut accusé et France-Israël publiait alors ce communiqué : « Depuis le 2 avril, l'irruption dans ce lieu saint de 100 à 200 Palestiniens en armes, et la prise en otages d'enfants, de prêtres et de civils ne sont pas dénoncées comme un scandale. C'est l'encerclement par l'armée d'Israël à la poursuite des terroristes qui serait un sacrilège, bien qu'il ait été effectué avec le maximum de précautions. Le 23 avril, trois moines arméniens ont réussi à s'échapper de la basilique, bouleversés par le sort que les Palestiniens réservent aux otages, par les agressions sur des prêtres, par les vols de crucifix, de livres de prière et d'objets de culte en or. » On sut plus tard que ces terroristes avaient posé des explosifs dans la Basilique.

Interrogé à l'époque, le Cardinal Tauran admettait, dans un premier temps : « la gravité de la situation s'explique en outre par le fait que l'occupation des Lieux Saints par des hommes armés, est une brèche dans la longue histoire du statut de ces lieux, puisque, depuis l'époque ottomane jusqu'à aujourd'hui, jamais ils n'avaient été occupés aussi longtemps par des hommes armés ». Ces hommes armés étant des terroristes palestiniens. Qui furent exilés après leur reddition.

Mais il mettait ensuite Israël en cause, en déclarant : « Il est effectivement devenu urgent de trouver une solution. Certes, on comprend bien que l'Etat d'Israël doive se défendre contre le terrorisme. Personne ne peut justifier le terrorisme, quel qu'il soit. Le problème, c'est la réponse. Trop souvent, c'est le peuple qui fait les frais de l'opération. Il faut que la réponse légitime soit faite avec mesure. Il s'agit de faire preuve de proportionnalité entre le mal à combattre et les moyens que l'on utilise ».

Il continuait à mettre sur le même plan des terroristes armés ayant pris des religieux en otage et les utilisant comme boucliers humains lorsqu'ils tiraient sur les forces de sécurité israéliennes – qui ne répliquèrent pas – en affirmant : « De plus en plus, il apparaît nécessaire qu'une tierce partie sur le terrain puisse aider les uns et les autres à abandonner le langage des armes, à se regarder, à retrouver une confiance mutuelle et à s'asseoir autour d'une table ».

Et le Cardinal définissait la position du Pape Jean-Paul II, en ces termes : « Il a eu plusieurs fois l'occasion de présenter de manière autorisée sa position : respect de l'autre et de ses légitimes aspirations, application du droit international, évacuation des territoires occupés et statut internationalement garanti pour les parties les plus sacrées de Jérusalem. Ce sont les conditions indispensables pour arriver à un début de pacification et pour briser le cycle infernal de la haine et de la vengeance ». Ce qui équivaut, en creux, à une justification du terrorisme.

On appréciera l'approximation, voire la désinformation concernant le « droit international », l'étendue des concessions demandées pour avoir en échange « un début de pacification », en clair un début de renoncement palestinien au recours aux armes. Mais on voit aussi que l'idée de cette internationalisation des lieux saints à Jérusalem n'a rien de nouveau. Pourtant, aujourd'hui, les conditions de cette internationalisation sont précisées par le Cardinal, qui récuse l'Europe et le Conseil de Sécurité et cautionne Ahmadinejad.

 

© Hélène Keller-Lind


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Note de Menahem Macina

 

[*] Voir aussi la critique acerbe d'Alain Rubin, « Le cardinal Tauran, spécialiste de l'islam, ou danger public ? » (24 août 2011).