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Christianisme

Lettre à mon Archevêque, à propos des divorcés remariés… Par Véronique de Stexhe
14/12/2011


14 décembre 2011

 

[Ce texte magnifique, édifiant et bouleversant, est paru, en extraits… discrets, trop discrets, dans quelques médias catholiques*. Malheureusement, ces bribes n'en rendent pas le caractère – que je n'hésite pas à appeler « prophétique ». Je me réjouis d'avoir pu obtenir, de l'auteure elle-même – que je remercie vivement – la version originale que je mets en ligne et à l'honneur ci-dessous. (Menahem Macina).]

* Voir, entre autres : « Réactions à Mgr Léonard à propos des divorcés remariés », dans le Courrier des Lecteurs de l'hebdomadaire Dimanche Express, N°45 du 18 décembre 2011, p. 2.


A propos des divorcés remariés qui solliciteraient des postes de directeurs d'écoles catholiques ou de professeurs de religion…


Monseigneur, j'aimerais réagir au fait qu'il ne serait pas souhaitable, selon vous, que des personnes divorcées remariées soient directeurs d'écoles catholiques, ou professeurs de religion.

Il faut bien avouer que la plupart des chrétiens que nous sommes, divorcés remariés ou pas, se sentent étrangers à ce genre de propos. Nous sommes, comme vous, attachés à l'Évangile, cette BONNE NOUVELLE parvenue jusqu'à nous grâce à des hommes et des femmes ayant vécu, marché, discuté, souffert avec le Christ. Ils l'ont tellement aimé, au point de donner leur vie pour que sa Vie, sa Parole nous soient transmises depuis plus de 2000 ans.

Parmi ces personnes, nous trouvons des femmes et des hommes très fragilisés par la vie, assoiffés de reconnaissance et d'amour. Pour les uns et les autres, l'allure de cet homme était l'allure de Dieu, il était le Messie.

Je voudrais relire avec vous deux passages de l'Évangile de Jean.

 

 

Premier passage : Jn 4, 1-42 : La rencontre de Jésus avec la Samaritaine.

 

Une rencontre étonnante, comme il y en a tant au cours du récit. Cette rencontre a lieu au bord d'un puits, symbole de fécondité. Autour du puits, dans le récit biblique, ce type de rencontre se clôture par des fiançailles, par une promesse d'Alliance.

Pourtant, comme nous le verrons, la Samaritaine n'est pas la fiancée idéale… Une conversation s'amorce pour se terminer par cette confession inouïe de Jésus : « Je le suis (le Messie), moi qui te parle ». Seule et unique fois, dans l'Évangile de Jean, où Jésus confesse à quelqu'un son identité véritable.

A qui s'adresse-t-il, Monseigneur ? A une femme cinq fois divorcée et vivant en concubinage. Et comment réagit cette femme ? Au retour des disciples, elle court à la ville et elle qui n'osait même plus les croiser sur le sentier du puits, elle dit aux gens : « Venez donc voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

Magnifique cri de celle qui ose annoncer l'inouï de sa rencontre et qui se fait si convaincante, que les habitants de la ville crurent en lui à cause de la parole de cette femme.

Deux jours plus tard les Samaritains lui déclaraient « Ce n'est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons ; nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde. »

Monseigneur, que serait-il advenu de la foi des Samaritains si Jésus, en dépit des convenances, de la théologie et de la morale, n'avait pas fait confiance à la Samaritaine au point de dire à elle seule « JE SUIS ».

Divorcée et concubine, la Samaritaine est, dans l'Évangile de Saint Jean, la première missionnaire !


Deuxième passage : Jn 20, 1-18. Le Maître est mort. Crucifié mis au tombeau dans une solitude extrême, trahi par deux de ses proches, abandonné par les autres sauf un.


Dès qu'elle le peut, Marie de Magdala, prostituée notoire qui suivait Jésus, court au tombeau. Ne trouvant pas le corps, elle se précipite chez Pierre et Jean pour les avertir.

Nous connaissons la suite, Jean et Pierre se rendent au tombeau et, voyant le tombeau vide, Jean « crut ».

Marie reste désemparée devant la tombe et pleure. Des anges lui parlent, puis, un jardinier qu'elle ne reconnaît pas. Il l'appelle : « Marie ! ». Elle reconnaît la voix : « Rabbouni ! » Et nous lisons alors ce très beau passage où Jésus ressuscité envoie Marie de Magdala, en lui disant « Va trouver mes frères et dis- leur que je monte vers mon Père, qui est aussi votre Père, vers mon Dieu, qui est aussi votre Dieu ». Marie de Magdala alla donc annoncer aux disciples : « J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit ».


Monseigneur ! Qui serions-nous, vous, moi et tous nos frères et sœurs dans le Christ, si Marie de Magdala n'avait pas été au tombeau ce matin de Pâques ?

Pierre et Jean y étaient. A eux, il n‘y est pas apparu.

Il a attendu et choisi une femme prostituée (le texte ne dit pas si elle a été divorcée et remariée…) pour annoncer le cœur de notre foi : la Résurrection ! Pourquoi elle ? Pourquoi cette « figure » comme première Apôtre ?

Pouvons-nous imaginer que nos frères et sœurs divorcés remariés soient, eux aussi, comme Marie de Magdala et la Samaritaine, « appelés » ? Avec l'expérience de rupture qui est la leur et leur foi en un nouvel amour, pouvons-nous penser qu'ils sont appelés à transmettre, avec d'autres, leur foi en la vie, en l'Amour du Christ, dont les Paroles et les gestes nous montrent la toute-puissance de l'Amour de Dieu ?

Nous savons bien que l'œuvre de transmission de la Parole de Dieu nous échappe et que le pire piège serait de vouloir la confier de préférence à ceux qui auraient une sorte de profil idéal (idéal au regard de qui ?)

L'Évangile est étranger à ce genre « d'idéal ». Jésus, la Samaritaine-Missionnaire, et Marie de Magdala, l'Apôtre des Apôtres, nous en font la bouleversante démonstration !

 

© Véronique de Stexhe

 

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Voir aussi, sur le même sujet

M. Macina, « Un modèle pour délier les divorcés remariés: l'admission des 'Lapsi' par St Cyprien de Carthage », paru dans Le Supplément, Revue de Théologie morale de l'Institut Catholique de Paris, n° 165, juin 1988, Paris, pp. 94-134

M. Macina, « Pistes néotestamentaires pour une pastorale des divorcés remariés », paru dans la revue Ad Veritatem (qui a cessé de paraître depuis plusieurs années), n° 26, de juin-juillet 1990, Bruxelles, pp. 23-52.

M. Macina, « Pour éclairer le terme Digamoi », paru dans Revue de sciences religieuses, Strasbourg, 61 (1987) pp. 54-73.

« Benoît XVI et le Synode refusent l'eucharistie aux divorcés remariés », avril 2007.