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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Le Vatican veut mettre la main sur Jérusalem, Giulio Meotti
24/12/2011


Titre original italien « Le mani su Gerusalemme », texte paru sur la page Facebook de Tikkun Olam, le 16 décembre 2011


Traduction française : Menahem Macina

 

« Les négociations de paix au Moyen-Orient doivent aborder la question du statut des lieux saints de Jérusalem », a déclaré il y a quelques jours à Rome le cardinal Jean-Louis Tauran, responsable du Conseil du Vatican pour le Dialogue interreligieux.

L'ex-ministre des Affaires étrangères du Vatican a demandé de placer certains lieux saints d'Israël sous l'autorité du Vatican : allusion au Cénacle sur le mont Sion et au jardin de Gethsémani, au pied du mont des Oliviers à Jérusalem.

Le premier abrite également ce qui est considéré comme le tombeau du roi David.

« Il n'y aura pas de paix si la question des lieux saints n'est pas résolue de manière adéquate », a déclaré Tauran.

« La partie de Jérusalem qui est à l'intérieur des murailles [intra muros] – ainsi que les lieux saints des trois religions – est le patrimoine de l'humanité. Le caractère sacré et unique de la région doivent être protégés, et cela ne peut se faire qu'avec un statut spécial garanti au niveau international ».

Les discussions entre le gouvernement israélien et le Vatican sur le statut des sites religieux, sont dans l'impasse. Les responsables du Vatican réitèrent à présent leur demande de contrôle des sites religieux de la ville antique et sainte, fondée par le roi David pour être la capitale de l'antique Israël, et qui est désormais la capitale de l'Etat juif rétabli.

Danny Ayalon, ministre adjoint des Affaires étrangères d'Israël, a déclaré qu'Israël pourrait envisager de donner au Vatican « un plus grand rôle » dans la gestion des sites. Ces dernières semaines, les autorités de l'Eglise catholique romaine ont accru leurs initiatives politiques pour le contrôle catholique de certains sites à Jérusalem.

L'ex-archevêque du Vatican à Jérusalem, Michel Sabbah, vient tout juste de prendre l'initiative d'un appel à l'Union européenne et aux États-Unis pour « arrêter la judaïsation de Jérusalem ».

Il y a deux semaines, Mgr David-Maria Jaeger, nommé récemment par le pape Benoît XVI au plus haut tribunal du Vatican, a évoqué à Washington le cas –  soumis à la Cour suprême américaine – consistant à savoir si un garçon américain né à Jérusalem devrait ajouter Israël sur son passeport, après le nom de sa ville de résidence aux Etats-Unis. Jaeger a affirmé que la question n'est pas de savoir « si Jérusalem est la capitale d'Israël, mais de savoir s'il s'agit d'une partie du territoire national ».

Quelques jours plus tôt, le Patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, a prononcé un discours pour saluer les évêques d'Europe et d'Amérique du Nord, en pèlerinage annuel en Israël ; dans son allocution, [Mgr] Twal a déclaré que « la droite israélienne envahit toujours plus Jérusalem et cherche à la transformer en une ville uniquement juive, à l'exclusion des autres religions ».

Au mois de septembre, le [même] patriarche était à la Maison Blanche pour une réunion avec l'administration américaine en vue de soutenir la candidature d'un Etat palestinien à l'ONU.

[Mgr Fouad] Twal a repris le discours de Benoît XVI, le 13 mai 2009, dans le camp de réfugiés d'Aïda à Bethléem, l'un des discours les plus politiques jamais prononcés par Joseph Ratzinger au cours de son pontificat. Ce jour-là le Pape avait parlé spécifiquement d'un « Etat palestinien indépendant ».

L'œuvre Romaine des Pèlerinages, la puissante agence du Vatican pour les pèlerinages dans le monde entier, vient d'organiser un « marathon de la paix » à Jérusalem pour protester contre la barrière de sécurité, située près de Bethléem et soutenir les « droits politiques des Palestiniens ». La marche a débuté au Mont des Oliviers, « où se trouve le lieu de la dernière Cène ».

Claudette Habesch, la secrétaire générale de Caritas à Jérusalem, une ONG qui exerce des activités sociales pour le Vatican, vient de publier une interview accordée à l'Agence de Presse Zenit, dans laquelle elle a « christianisé » l'Intifada palestinienne contre « ce que nous appelons le Point de contrôle des humiliations ».

Le 1er décembre, de nombreux dignitaires chrétiens et musulmans se sont réunis à Beit Sahour pour une conférence sur le thème « Comment vivre ensemble dans un futur Etat palestinien ? ». Le patriarche émérite de Jérusalem, Michel Sabbah, et le Cheikh Muhammad Ahmad Hussein, Grand Mufti de Jérusalem, ont également assisté à l'événement organisé par Al-Liqa, un centre œcuménique du Vatican ayant son siège à Bethléem.

[Mgr] Sabbah a déclaré que « le recours à l'ONU pour un Etat palestinien est un pas vers la paix ». L'été dernier, le Patriarche latin [Mgr Fouad] Twal a participé à une réunion à Londres avec l'Archevêque anglican de Canterbury, Rowan Williams ; le représentant du Vatican y a déploré que « plus de 550.000 Israéliens vivent à Jérusalem-est et en Cisjordanie », et que « la démographie de Jérusalem change rapidement, menaçant l'espace saint »

En 2006, Ehud Olmert, alors Premier ministre israélien, et Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères, ont négocié la mise en route du projet du Vatican, appelé la « vallée sainte » [ou le « saint bassin » ].

A l'époque, confronté à la pression croissante de l'opinion publique, Moshe Katzav, alors président [de l'Etat d'Israël], a été contraint de renoncer à toute intention d'avaliser la construction du complexe de la rue King David à Jérusalem.

Il apparaît maintenant que cette option ressurgit. Un acteur très influent de ce projet est Hanna Siniora, le plus ancien des activistes palestiniens pour la « paix », dont le bureau se trouve dans l'Institut d'Etudes Œcuméniques du Vatican, à Tantur, près de Jérusalem.

Le site, connu comme le tombeau du roi David, est l'objectif principal du plan du Vatican. C'est un complexe d'environ 100.000 mètres carrés, où, dit-on, seraient enterrés David et Salomon, même si le débat entre historiens reste ouvert sur ce point.

Le Cénacle, comme on le sait, est situé au deuxième étage de l'édifice qui remonte à l'époque des Croisades. Lors de sa visite en Israël en 2000, le Pape Jean-Paul II y a célébré la messe. L'Eglise Catholique Romaine a lutté pendant 450 ans pour reprendre le contrôle de ce sanctuaire, qui avait été annexé par les moines franciscains sous l'Empire ottoman, vers 1551.

L'édifice a été cédé à la Yeshiva de la Diaspora, il y a plus de 40 ans, et les responsables de la yeshiva craignent que le Vatican veuille le transformer en un lieu de pèlerinage pour des centaines de milliers de catholiques et y assurer des services religieux.

Le Vatican veut qu'Israël renonce à la souveraineté sur le Mur des Lamentations et le Mont du Temple. Le Saint-Siège utilise l'expression « Vallée Sainte » [ou « saint bassin »], pour désigner la zone du Mont du Temple, le mont des Oliviers, le Mont Sion et divers lieux saints chrétiens, dont l'administration de l'ex-président américain Bill Clinton avait déjà recommandé que la gestion soit l'objet d'un « régime spécial ».

Le plan d'Obama invite également à résoudre les deux questions les plus épineuses du conflit : le partage de Jérusalem et l'installation des réfugiés arabes soit dans des pays arabes, soit dans un futur Etat palestinien, mais pas en Israël. Selon Obama, la Vieille Ville de Jérusalem serait décrétée « zone internationale ».

Le président israélien Shimon Pérès, qui n'a pas autorité pour ce faire, a également accepté de confier au Vatican la souveraineté sur les lieux saints.

Toute demande du Vatican d'avoir un siège à la table des négociations est compromise en raison de la complicité du Vatican entre 1948 et 1967. Durant l'occupation jordanienne, les lieux les plus saints du judaïsme furent profanés et les Juifs empêchés de visiter ces sanctuaires. Les Jordaniens ont construit un hôtel et une route qui traverse le cimetière juif du Mont des Oliviers, et ils ont utilisé les pierres [tombales] brisées pour construire les latrines de l'Hôtel Intercontinental, probablement érigé sur des cimetières.

Comme ce fut le cas durant l'Holocauste, sous Pie XII, le Vatican a ensuite fait la sourde oreille face à ces graves violations des droits humains des Juifs.

Si Israël cédait sa souveraineté sur les lieux saints, cela se traduirait par un retour à une époque où Jérusalem était séparée par un mur de sept kilomètres avec des barbelés, des champs de mines et des casemates. Un touriste en visite dans la Ville Sainte y trouverait l'avertissement « Danger – Frontière ! », « tireurs d'élite aux aguets » et « shetah hahefker », qui, en hébreu, signifie : Terrain [n'appartenant] à personne [en anglais : no man's land].


Ce serait Sarajevo, pas la Ville Sainte de Jérusalem.

 

© Giulio Meotti