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Shoah

« Le Pape Pie XII, condamne les passions raciales » – Discours du pontife du temps de guerre à des déportés juifs (29 novembre 1945)
13/01/2012

 


Repris de Situation d'Israël, fascicule II, janvier 1948, p. 115.

 

Le 29 novembre 1945, le Saint-Père a reçu en audience spéciale un groupe de 70 personnes qui représentaient des réfugiés juifs provenant des camps de concentration allemands. Ils avaient préalablement sollicité

« le très grand honneur de remercier personnellement le Saint-Père pour la générosité qu'il leur avait témoignée, lorsqu'ils furent persécutés durant la terrible période du nazi-fascisme ».

Le Souverain Pontife leur adressa le discours suivant :

« Votre présence, Messieurs, Nous semble un éloquent reflet des transformations psychologiques et des orientations nouvelles que le conflit mondial a, sous différents aspects, fait mûrir dans le monde.

Les abîmes de la discorde, de la haine et de la folie de la persécution, qui, sous l'influence de doctrines erronées et intolérantes, en opposition avec l'esprit noblement humain et vraiment chrétien, ont été ouverts entre les peuples et les races, ont englouti d'innombrables victimes innocentes, même parmi celles qui n'avaient eu aucune part active aux événements de la guerre.

Le Siège apostolique reste fidèle aux principes éternels qui rayonnent de la loi écrite par Dieu au cœur de chaque homme, qui resplendissent dans la révélation divine du Sinaï et qui ont trouvé leur perfection dans le Sermon de la montagne, et n'a jamais, fût-ce aux moments les plus critiques, laissé le moindre doute que ses maximes et son action extérieure n'admettaient ni ne peuvent admettre aucune des conceptions qui, dans l'histoire de la civilisation, seront rangées parmi les égarements les plus déplorables et les plus déshonorants de la pensée et du sentiment humains.

Votre présence ici veut être un témoignage intime de gratitude de la part d'hommes et de femmes qui, en des temps angoissants pour eux et souvent même sous la menace d'un péril de mort imminent, ont expérimenté comment l'Eglise catholique et ses vrais disciples savent dans l'exercice de la charité s'élever au-dessus de toutes les limites étroites et arbitraires créées par l'égoïsme humain et par les passions raciales

Sans doute, en un monde qui, peu à peu seulement et en luttant contre de nombreux obstacles, doit aborder et résoudre les multiples problèmes qui sont le douloureux héritage de la guerre, l'Eglise, consciente de sa mission religieuse, ne peut que maintenir une sage réserve en présence des différentes questions, en tant qu'elles sont de caractère politique et territorial. Toutefois, cela n'empêche pas que, en proclamant les grands principes d'une vraie humanité et fraternité, elle établisse les bases et les présupposés sûrs pour la solution de ces mêmes problèmes selon la justice et l'équité.

Vous avez éprouvé dans vos propres personnes les dommages et les morsures de la haine ; mais au milieu de vos angoisses, vous avez également senti les bienfaits et les délicatesses de l'amour, de cet amour qui ne se nourrit point de motifs terrestres, mais d'une foi profonde dans le Père céleste, dont le soleil resplendit sur tous les hommes, quelle que soi[en]t leur langue et leur race, et dont la grâce est ouverte à tous ceux qui cherchent le Seigneur en esprit et en vérité.

Sur vous, qui avez voulu Nous manifester si ouvertement votre reconnaissance, nous invoquons les lumières et la protection du Très-Haut, puisqu'il est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, source suprême de salut et de réconfort, non moins pour les individus que pour les peuples et les nations."

 

 (Article paru initialement dans La Croix, Paris, 9-10 décembre 1945).