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Shoah

Pour comprendre l'arrière-fond d'un boycott de la Commémoration de la Shoah par le Vatican (III)
13/01/2012


 
Rappel : ce document et d'autres relatifs au même thème, que nous mettons en ligne aujourd'hui, ont pour but de rappeler et de documenter le contentieux qui oppose toujours le Vatican et les institutions juives, suite à la suspension sine die des travaux des experts de la Commission mixte chargée d'étudier l'attitude de l'Eglise catholique durant la Seconde Guerre mondiale. Il nous a paru que la menace de boycotter la Commémoration de la Shoah, annoncée le 12 mars 2007 par le représentant du Vatican, rendait ce rappel historique nécessaire [*]. 

* Voir : "Le Vatican absent aux commémorations de la Shoah ?" Par Claire Dana Picard.

 

Juillet 2001

Suspension des travaux de la Commission d'historiens juifs et catholiques sur Pie XII et l'Holocauste


Texte repris du site de l'AIDH.

 

La Commission mixte d'historiens juifs et catholiques, chargée d'examiner les archives du Vatican couvrant la période la Seconde Guerre mondiale, a annoncé, le 20 juillet 2001, la suspension de ses travaux en mettant en cause le refus du Vatican d'ouvrir plus largement ses archives :

"Nous ne voyons plus aucun moyen à présent de conduire notre rapport final et estimons que nous devons suspendre notre travail".

Le Vatican avait accepté, en 1999, d'associer des historiens juifs à des études touchant à sa diplomatie et à ses actes pendant la guerre. Cette initiative était liée aux polémiques récurrentes sur le rôle de Pie XII et aux critiques soulevées par le document romain du 18 mars 1998, intitulé "Souvenons-nous : une réflexion sur la Shoah". En accord avec l'International Jewish Committee for Interreligious Consultations (IJCIC), partenaire de dialogue habituel du Vatican, cette Commission, composée de six historiens, trois juifs et trois catholiques, avait été chargée de déterminer ce que le pape Pie XII savait à propos de l'Holocauste - en se référant au seul document disponible, à savoir les onze volumes publiés à Rome, de 1965 à 1981, sous le titre "Actes et documents du Saint-Siège", par quatre jésuites nommés en 1964 par le pape Paul VI *.

 

Le rôle du Vatican pendant l'Holocauste


Dans un « rapport préliminaire », remis le 25 octobre 1999 au cardinal Edward Cassidy, président de la Commission vaticane pour les rapports religieux avec le judaïsme, les membres de la Commission mixte soulignait la faiblesse et les lacunes des Actes et s'interrogeaient notamment sur le point de savoir si tout avait été publié.

« Un examen rigoureux des onze volumes ne permet pas de répondre aux questions les plus significatives sur le rôle du Vatican pendant l'Holocauste. Aucun historien sérieux ne pourrait accepter que les volumes publiés constituent la fin de l'histoire. Cela n'est pas dû à la complexité des questions traitées ni à leur qualité éditoriale, mais au fait que beaucoup de ces documents sont susceptibles d'interprétations divergentes ».


Le rapport signalait en outre des contradictions et des zones de recherche laissées obscures.

Les six historiens invitaient donc le Vatican à leur donner libre accès aux archives. Or, à l'exception des « Actes », l'accès aux archives reste interdit au-delà de 1922. Par deux fois, le cardinal Cassidy a expliqué aux historiens qu'il n'avait pas le pouvoir d'ouvrir ces archives. Son successeur, le cardinal Walter Kasper a réaffirmé le refus du Vatican dans une lettre dont le ton n'était pas des plus chaleureux », selon Bernard Suchecky, de l'Université Libre de Bruxelles, l'un des trois historiens juifs de la Commission. Dans cette lettre, datée du 21 juin, Kasper indiquait que « les archives du Vatican [n'étaient] accessibles que jusqu'en 1922 » [date de la mort du pape Benoît XV] et que l'accès, « après cette date, n'est pas possible actuellement pour des raisons techniques ».

 

Le Vatican : un « comportement incorrect » de la Commission


Le 7 août 2001, le Vatican constatait officiellement l'échec des travaux de la Commission. S'exprimant au nom du Saint-Siège, le Père jésuite allemand Peter Gumpel a accusé d'un ton très dur et sans précédent « certains membres juifs » de la Commission d'être responsable de cet « échec » en raison d'un « comportement incorrect » et de « fuites tendancieuses ».

« Depuis le début des travaux, a accusé Peter Gumpel, certains membres juifs de la commission ont publiquement diffusé le soupçon selon lequel le Saint-Siège tendrait à cacher des documents de nature compromettante. »

 

Le Père jésuite reproche à ces personnes d'avoir diffusé des « nouvelles déformées et tendancieuses » dans la presse internationale, dans un but de propagande au détriment du Saint-Siège. Par conséquent,

« l'initiative qui devait améliorer les rapports entre l'Eglise catholique et la communauté hébraïque a échoué à cause de la responsabilité directe de ceux qui, en contrevenant aux normes académiques et humaines les plus élémentaires, se sont rendus coupables de comportements irresponsables. »


Pour justifier le refus du Vatican de permettre à la Commission de consulter les archives postérieures à 1922, Peter Gumpel fait état d'une "impossibilité technique d'examiner [ces] documents […], s'agissant d'une documentation énorme non cataloguée", deux personnes seulement étant affectées au classement des quelques 3 millions de documents postérieurs à 1922.

 

"Nous ne sommes pas un tribunal chargé de juger Pie XII"


La réaction du Vatican a été jugée maladroite par la communauté juive mondiale.

"Le Vatican, écrit Henri Tincq dans "Le Monde", risque de laisser accréditer la thèse qu'il a encore des choses à cacher et que ses efforts de "repentance" ne seront pas crédibles tant qu'il n'aura pas permis l'accès à toute la vérité".


Pourtant, lors de la remise de son "rapport intermédiaire", la Commission n'avait pas manqué d'affirmer que sa tâche ne consistait pas à "rendre un jugement sur Pie XII", mais à offrir "une compréhension plus nuancée du rôle [de ce] pape pendant l'Holocauste".

Sans accès aux archives non publiées du Vatican, soulignent les membres de la Commission, "nous ne pouvons pas conserver notre crédibilité face aux nombreuses voix, catholiques, juives et autres, qui ont réclamé une mise à disposition plus importante des pièces d'archives... Nous ne voyons donc pas comment mener à bien le rapport final […] et estimons devoir suspendre notre travail."


Et Bernard Suchecky de préciser :

"Nous ne sommes pas un tribunal chargé de juger Pie XII. Nous cherchons simplement à élever le débat".

 

* Pierre Blet (France), Robert A. Graham (Etats-Unis), Angelo Martini (Italie) et Burkhart Schneider (Allemagne). Ceux-ci ont rassemblé et publié les archives - encore non classées - relatives à la période 1939-1945. Le Père Pierre Blet, le seul de ces experts encore en vie, a publié un compendium de ce travail, le rendant ainsi accessible au grand public, sous le titre " Pie XII et la Seconde guerre mondiale " (Perrin, Paris,1997, 336 pages).

Source : "Le Monde", 28 juillet 2001, Paris; "Le Temps", Genève, 8 août 2001, et presse internationale.

 

Mis en ligne le 13 avril mars 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org