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Shoah

Pour comprendre l'arrière-fond d'un boycott de la Commémoration de la Shoah par le Vatican (IV)
13/01/2012


 
Rappel : ce document et d'autres relatifs au même thème, que nous mettons en ligne aujourd'hui, ont pour but de rappeler et de documenter le contentieux qui oppose toujours le Vatican et les institutions juives, suite à la suspension sine die des travaux des experts de la Commission mixte chargée d'étudier l'attitude de l'Eglise catholique durant la Seconde Guerre mondiale. Il nous a paru que la menace de boycotter la Commémoration de la Shoah, annoncée le 12 mars 2007 par le représentant du Vatican, rendait ce rappel historique nécessaire [*]. 

* Voir : "Le Vatican absent aux commémorations de la Shoah ?" Par Claire Dana Picard.

 

Ci-après, deux textes afférents à la polémique publique entre le Cardinal Kasper et les membres de la Commission d'historiens : 1. la lettre, peu amène, du cardinal, 2. La réponse cinglante des historiens juifs concernés.

 

 

1. Communiqué du Cardinal W. Kasper, Président de la Commission vaticane pour les rapports religieux avec le judaïsme, à propos de la suspension des travaux du groupe d'experts chargés d'examiner les documents relatifs à l'attitude de l'Eglise Catholique durant la Seconde Guerre Mondiale

 


Traduction de l'italien : Menahem Macina, reprise du site de l'Assoc. Internationale Chrétiens et Juifs pour en Enseignement de l'estime.

 

 


Cité du Vatican, 24.08.2001



Les rapports entre l'Eglise catholique et le Judaïsme ont enregistré une orientation positive à partir de la Déclaration Nostra Aetate (n. 4) du Concile Vatican II (1965). Le dialogue se substituait aux anciennes disputations.


Dans ce climat nouveau, la Commission du Saint Siège pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme et le Comité Juif International pour les Consultations Interreligieuses prenaient, en octobre 1999, l'initiative de constituer un groupe d'experts, composé de trois représentants juifs et d'un nombre égal de représentants catholiques, chargés d'examiner les onze volumes de la collection des Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre Mondiale, publiés entre 1965 et 1981 par quelques historiens réputés, et de poser des questions adéquates à leur propos. En effet, jusqu'à cette date, dans le débat public concernant le Saint Siège et l'Holocauste, on n'avait tenu compte que de manière marginale de la riche documentation contenue dans ces volumes.


La Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme a appris avec regret, en juillet, la décision de ces experts de suspendre leurs recherches. Ce qui ne l'empêche pas d'être reconnaissante aux membres du groupe, et particulièrement aux représentants catholiques, de tout ce qui a déjà été accompli, et de la disponibilité dont ils ont fait preuve.

D'emblée, il est apparu clairement que, dans les limites de la tâche confiée au groupe, il ne serait pas possible de répondre à toutes les questions, qui n'auraient pu être résolues que par la consultation des sources encore non accessibles, ou par une étude ultérieure. On pouvait penser cependant que les résultats escomptés auraient pu militer opportunément en faveur d'un débat objectif.


Les experts du groupe ont accepté d'assumer leur tâche, qui n'était pas facile. A aucun moment on ne leur a fait miroiter la perspective qu'ils pourraient avoir accès aux documents des Archives Vaticanes postérieures à 1922.


En octobre 2000, le groupe d'experts a présenté un Rapport Préliminaire, qui comportait 47 questions, document qui a donné lieu à des controverses de la part d'autres historiens. L'éventualité de la poursuite de la recherche du groupe susdit a été amplement examinée au cours de la rencontre du Comité International de Contact entre Catholiques et Juifs, lors de la réunion qui s'est tenue à New York (1-4 mai 2001). Du résultat positif de cet examen, ressortait la volonté de l'une et l'autre parties de poursuivre la recherche et de parvenir à la présentation d'un Rapport Final.


Mais, dans les faits, force a été de constater l'impossibilité de surmonter les différentes interprétations des tâches et du but du groupe. En outre, des indiscrétions et des écrits polémiques, dus à la partie juive, contribuaient à créer un climat de méfiance. Tout cela rendait pratiquement impossible la poursuite d'une recherche en commun.

Un travail scientifique de cette nature ne peut être mené à bien que sur des bases de correction, dans le respect et la confiance mutuels de ceux qui l'entreprennent. Ces conditions indispensables se sont avérées faire totalement défaut, en raison de la polémique qui a suivi la suspension du travail de recherche, et des soupçons offensants qui ont accompagné cette suspension. Les membres catholiques du groupe ont pris publiquement leurs distances par rapport à ces interprétations et appréciations polémiques.

Au stade actuel, et sur ces bases, il ne semble donc pas possible d'envisager une reprise du travail commun.


La Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme veut dissiper tout doute concernant le caractère irréversible de la marche vers la compréhension entre Juifs et Chrétiens, processus qui doit être poursuivi dans l'intérêt de chacune des parties. Ce processus, initié lors du Concile, a été poursuivi par le pape Jean-Paul II. Des représentants juifs autorisés ont également fait savoir qu'ils étaient opposés à cette polémique publique, et ont réaffirmé leur volonté de continuer à approfondir le dialogue sur les questions religieuses.


Certes, la compréhension entre Juifs et Chrétiens nécessite également le recours à l'enquête historique. L'accès à toutes les sources documentaires qui y ont trait constitue donc une exigence naturelle de cette recherche. Le désir, exprimé par les historiens, d'avoir également accès au fonds d'archives relatives aux pontificats de Pie XI (1922-1939) et de Pie XII (1939-1958) est compréhensible et légitime. Par respect pour la vérité, le Saint-Siège est prêt à autoriser l'accès aux Archives du Vatican, dès que sera achevé le travail de mise en ordre et de catalogage des fonds en question.


La Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme mettra tout en oeuvre, durant les prochains mois, afin de trouver les conditions adéquates pour la reprise de la recherche sur de nouvelles bases, dans l'espoir qu'il sera possible de parvenir à une clarification en commun des questions soulevées. Et ce en raison même de la conviction de la Commission que l'Eglise catholique n'a pas peur de la vérité historique.



24 août 2001

Walter, Cardinal Kasper

Président

 

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2. Les membres juifs de la Commission mixte d'historiens

rejettent les reproches du Cardinal Kasper, Président de la Commission vaticane
pour les rapports religieux avec le judaïsme 

 

Texte repris du site de l'Association Internationale Chrétiens et Juifs pour un Enseignement de l'estime.

 

Rome, 7 septembre 2001 (CIP)

 

Les membres juifs de la commission mixte d'historiens chargés de passer en revue les « Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Deuxième Guerre mondiale » ont été « choqués » par les récentes déclarations du cardinal Walter Kasper, président de la Commission vaticane pour les rapports religieux avec le judaïsme. Le cardinal Kasper les avait rendus en partie responsables de la suspension du groupe d'étude catholique et juif.

 

Dans une lettre ouverte publiée cette semaine, Michael Marrus (Toronto), Bernard Suchecky (Bruxelles) et Robert Wistrich (Jérusalem) demandent une nouvelle fois que le Vatican ouvre ses archi­ves concernant la deuxième Guerre mondiale. Cette demande a provoqué la suspension des travaux de la commission le 24 juillet dernier. Les historiens juifs faisaient partie de l'équipe de six experts - trois juifs et trois catholiques - chargés de passer en revue les 12 volumes des « Actes et documents du Saint-Siège » pour la période de la guerre, publiés de 1965 à 1981 à la demande du pape Paul VI. Ces documents sont censés représenter l'intégralité des archives du Vatican sur le sujet. Une « étude préli­minaire » a permis de relever les questions qui méritaient davantage d'éclaircissement.

Le cardinal Kasper déplorait, le 24 août, « les fuites et les écrits polémiques » de la part de membres juifs de la commission « rendant presque impossible de continuer une recherche conjointe ». Pour le car­dinal allemand, une telle recherche historique ne peut réussir que dans une atmosphère de confiance et de respect mutuel.

Des relents d'antisémitisme


Les trois historiens juifs parlent d'« attaques radicales » de la part du Vatican contre leur intégrité en tant que de scientifiques. La presse israélienne a fait écho à l'indignation des membres juifs de la commission. Le Père jésuite Peter Gumpel, historien spécialiste de cette période, a de son côté, dénoncé une campagne diffamatoire contre le Vatican. La personne du pape Pie XII, qui n'aurait pas fait tout ce qu'il aurait pu pour sauver les juifs, selon ses détracteurs, est au centre de la polémique. Dans leur lettre, les experts juifs qualifient les propos du Père Gumpel de « haineux » et « blessants ». Ils critiquent également le cardinal Kasper, qui s'est joint aux critiques du jésuite allemand.

De son côté, le Conseil international des chrétiens et juifs (ICCJ) s'est, lui aussi, adressé au cardinal Kasper, en demandant que la controverse ne compromette pas le renouveau des relations judéo-chrétiennes. L'ICCJ, qui déplore les propos du Père Gumpel, et se dit inquiet des accusations de l'historien, qui font penser à « un certain arrière-goût d'antisémitisme classique ».

Selon le Conseil, ce ton ne reflète en aucun cas le langage de l'Église catholique d'après le Concile Vatican II.

(cip-cns-kna-apic)

 

 

Mis en ligne le 13 avril mars 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org