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Shoah

Benoît XVI à Auschwitz:
13/01/2012


Benoît XVI à Auschwitz : « Il est presque impossible de prendre la parole dans ce lieu d'horreur »
 

ROME, Dimanche 28 mai 2006 (ZENIT.org)

La silhouette blanche du pape Benoît XVI a traversé ce dimanche la porte du camp de concentration d'Auschwitz et, comme les déportés, le pape a pu lire, à l'entrée, les paroles qui constituaient la devise du camp : « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre).

Comme l'a confirmé le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, samedi aux journalistes, cette visite fut incluse personnellement par Benoît XVI dans le programme de ce voyage apostolique international sur les pas de son prédécesseur.

Après avoir visité le camp en silence, prié un long moment devant ce symbole de l'holocauste, et s'être entretenu avec des survivants du camp, le pape a prononcé un discours, d'une voix un peu rauque témoignant de la fatigue accumulée au cours de son voyage, mais ferme.

« Il est presque impossible de prendre la parole dans ce lieu d'horreur, d'accumulation de crimes contre Dieu et contre l'homme sans égal dans l'histoire – et cela est particulièrement difficile et accablant pour un chrétien, pour un pape qui vient d'Allemagne », a reconnu Benoît XVI.

« Dans un lieu comme celui-là, on ne trouve pas ses mots, a affirmé le pape, au fond, seul un silence rempli de stupeur peut régner, un silence qui est un cri intérieur vers Dieu : pourquoi n'as-tu rien dit Seigneur ? Comment as-tu pu tolérer tout cela ? », s'est-il interrogé.

« Je me trouve ici aujourd'hui comme fils du peuple allemand », a ajouté le pape.

« C'était et c'est un devoir à l'égard de la vérité et du droit de ceux qui ont souffert, un devoir vis-à-vis de Dieu, d'être ici comme successeur de Jean-Paul II et comme fils du peuple allemand – fils de ce peuple sur lequel un groupe de criminels a pris le pouvoir au moyen de promesses mensongères, au nom de perspectives de grandeur, pour retrouver l'honneur de la nation et son importance, avec des prévisions de bien-être, et également avec la force de la terreur et de l'intimidation ».

Notre peuple a ainsi été « utilisé et ils en ont abusé comme d'un instrument de leur fureur de destruction et de pouvoir ».

« Où était Dieu en ces jours-là ? Pourquoi s'est-il tu ? » s'est à nouveau interrogé le pape.

« Nous ne pouvons pas pénétrer le secret de Dieu – nous ne voyons que des fragments et nous commettons une erreur si nous voulons juger Dieu et l'histoire ».

Le pape a recommandé d'adopter avec Dieu l'attitude du peuple juif décrite par les psaumes lorsque celui-ci implore : « Réveille-toi ! N'oublie pas ta créature, l'homme ! ».

« Notre cri vers Dieu doit en même temps être un cri qui pénètre au fond de notre propre cœur, afin que s'éveille en nous la présence cachée de Dieu, afin que la puissance qu'Il a déposée dans nos cœurs ne soit pas recouverte et étouffée en nous par la boue de l'égoïsme, de la peur des hommes, de l'indifférence et de l'opportunisme ».

Le pape estime que ce cri vers Dieu est particulièrement nécessaire aujourd'hui, à une époque « où toutes les forces obscures semblent émerger à nouveau des cœurs des hommes : d'une part l'utilisation abusive du nom de Dieu pour justifier une violence aveugle contre des personnes innocentes ; de l'autre, le cynisme qui ne connaît pas Dieu et qui méprise la foi en Lui ».

« Nous crions vers Dieu, afin qu'il incite les hommes à se repentir, et qu'ils reconnaissent ainsi que la violence n'engendre pas la paix mais seulement davantage de violence, un engrenage de destructions, dans lequel tous ne peuvent en définitive qu'être perdants ».

Après avoir quitté le camp, le pape a été conduit en automobile à l'aéroport de Cracovie/Balice où s'est déroulée la cérémonie d'adieu en présence du président de la République, Lech Kaczynski.

© Zenit
 
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Note

 

Nous manquerions à notre devoir d'objectivité si nous passions sous silence les critiques sévères qui ont été émises à propos de l'allocution du souverain pontife.

 

On lui reproche, en effet, d'avoir attribué la responsabilité des crimes nazis à un «groupe de criminels» ayant «abusé» le peuple allemand, et d'avoir présenté les crimes de l'Allemagne hitlérienne contre les Juifs comme une «attaque contre le christianisme», et de s'être gardé d'évoquer le rôle peu reluisant du Vatican à l'époque du IIIe Reich.

 

Les critiques les plus acerbes sont venues d'Allemagne. Pour l'historien Peter Schöttler, «le pape a tenu un discours d'absolution tout à fait typique des années 50, qui ne reflète pas du tout les débats contemporains».

 

Pour le grand historien allemand, Heinrich August Winkler, «le discours du pape paraît, à certains endroits, très apologétique". "On ne peut pas présenter les Allemands comme des victimes, car, en 1933, ils auraient pu voter autrement. Ils n'étaient pas obligés de choisir le NSDAP à 43,9 % et ses partis alliés à 8 %, offrant ainsi la majorité à Hitler. Par ailleurs, Benoît XVI ne peut pas ignorer que, jusqu'à la fin, une majorité a adulé Hitler comme un dieu et qu'il fut longtemps la personnalité politique favorite des Allemands».

 

L'absence de référence à «l'antisémitisme» a également choqué. «Des paroles claires auraient été nécessaires», affirme Winkler. «Il aurait dû évoquer la haine des Juifs, très ancrée dans la tradition de l'Eglise, et l'antisémitisme qui imprégnait la société allemande dans les années 30.»

 

(D'après une dépêche d'Odile Benyahia-Kouider, dans Libération (30 mai 2006).