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Israël (Chrétiens pour)

Pierre Lenhardt, "A l'Ecoute d'Israël, en Eglise" (2006)
13/01/2012

 Texte repris du site de la Congrégation de N.-D. de Sion.

Ce livre a fait l'objet d'une excellente recension du P. Ph. Loiseau, parue dans Sens.


A L'ÉCOUTE D'ISRAEL, EN ÉGLISE

De Sion sort la Torah et de Jérusalem la parole de Dieu (Is. 2)

dernier le livre de Pierre LENHARDT, publié par les Éditions Parole et Silence (2006).

 

*       Pour commander le livre de Pierre Lenhardt


Brève biographie de l'auteur

Pierre Lenhardt est né le 5 novembre 1927 à Strasbourg. Il a passé son enfance et son adolescence au Maroc. Il a terminé ses études supérieures à Paris à l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC), en 1950. Après des années de vie professionnelle, sa recherche d'un engagement religieux l'a amené à rencontrer la Congrégation des Religieux de Notre-Dame de Sion dans laquelle il est entré en 1962. Il s'y est engagé en 1963, à l'issue d'un noviciat dirigé par le Père Sabia. Sont venues ensuite des études de philosophie, de théologie et de langues anciennes à l'Institut Catholique de Paris, puis des études juives dans le département Talmud de l'Université Hébraïque de Jérusalem, de 1971 à 1976. Il a consacré sa vie à l'étude et à l'enseignement de la Tradition d'Israël et de l'Eglise, il a enseigné aux Instituts Catholiques de Paris et de Lyon, à l'école Biblique de Jérusalem, à l'Institut Kirche und Judentum de Berlin, dans différents séminaires et universités au Brésil et à Rome, et surtout au Centre Chrétien d'Etudes juives, Saint Pierre de Sion (Ratisbonne), à Jérusalem. Il continue à enseigner, animant des sessions en France, à Jérusalem, au Brésil, pour que les Religieux et Religieuses de Notre Dame de Sion et d'autres chrétiens entreprennent et poursuivent des études au contact d'Israël, de telle sorte qu'ils comprennent toujours mieux la valeur des origines juives de la foi chrétienne et la richesse du patrimoine commun du christianisme et du judaïsme, dans l'esprit du Concile Vatican II.  


Présentation de l'ouvrage par l'auteur
(Paris, 9 mai 2006, Ecole Cathédrale)

 

 

Monsieur le Grand Rabbin (Alexis Blum)

Monseigneur, (Pierre d'Ornellas)

Mesdames et Messieurs,

 

  Vous êtes venus pour honorer la mémoire du Pape Jean Paul II et de ses grands gestes à Rome et à Jérusalem. Votre présence à cette soirée m'honore aussi puisque, dans la lumière de ce souvenir, je suis invité à dire quelques mots de mon livre, ‘A l'écoute d'Israël, en Eglise', publié aujourd'hui par les éditions Parole et Silence.

Je remercie Mgr d'Ornellas et l'équipe de l'Ecole Cathédrale d'avoir décidé la publication de mon livre. C'est Antoine Guggenheim qui a eu la première idée de cette publication. Je lui en suis très reconnaissant. Quant à Matthieu Collin, moine de l'Abbaye Sainte Marie de la Pierre-qui-Vire, je lui dois tant pour la préparation de ce livre, pour tant d'autres activités communes, depuis tant d'années, que je dois ici limiter mes remerciements à ces quelques pauvres lignes.

Je voudrais dire pourquoi la publication de mon livre me paraît courageuse et en quoi elle me semble utile.

Courageuse, la publication l'est, à mon avis, pour deux raisons. Tout d'abord il n'était pas évident qu'un recueil d'articles puisse intéresser un nombre raisonnable de lecteurs. Ensuite, le contenu des articles et leur indispensable technicité avaient de quoi faire penser que la diffusion se limiterait à un public spécialisé. L'Ecole Cathédrale et les éditions Parole et Silence en ont jugé autrement. Elles ont estimé que les grandes avancées faites par les chrétiens depuis Vatican II ont déjà créé un public ouvert ‘A l'Ecoute d'Israël, en Eglise'. Je viens d'utiliser le titre de mon livre. Il me faut maintenant expliquer ce titre et même, si c'est possible, le justifier.

 

Le livre rassemble sept articles mais n'est pas seulement un recueil d'articles.

 

Je propose dans ce livre une écoute d'Israël, c'est-à-dire avant tout une écoute de sa Tradition religieuse, et non pas une approche du dialogue entre juifs et chrétiens. Je n'essaie pas non plus de présenter une théologie chrétienne du Judaïsme. Dialogue et théologie sont nécessaires, pour difficiles qu'ils soient, et ceux qui s'y emploient ont un grand mérite. Est-il nécessaire de souligner la valeur de deux grands livres : Jean Dujardin, ‘L'Eglise catholique et le peuple juif, un autre regard' (Calmann-Lévy, Paris, 2003) ; Clemens Thoma, ‘Théologie chrétienne du judaïsme', Parole et Silence, Paris, 2005 ?

Mon mérite, si j'en ai un, est de proposer des éléments utiles pour le dialogue, pour la réflexion théologique et pour la nécessaire relation entre ces deux activités.

J'ai traité du dialogue dans mon mémoire de maîtrise en théologie, déposé en mai 1970 à l'Institut Catholique de Paris, sous le titre peu attirant de ‘Conditions de légitimité d'un témoignage chrétien auprès des juifs'.

 Le titre de la version allemande de ce mémoire, publiée à Berlin en 1980, était ‘Auftrag und Unmöglichkeit eines legitimen Zeugnisses gegenüber den Juden' (Exigence et impossibilité d'un légitime témoignage chrétien auprès des juifs). Ceci indiquait mieux la pointe de mon travail. En effet, après avoir traité des difficultés sociologiques, herméneutiques, dogmatiques du dialogue entre chrétiens et juifs, je concluais que le témoignage chrétien auprès des juifs était impossible aussi longtemps qu'il ne se rendait pas légitime. J'annonçais une deuxième partie du mémoire qui serait consacrée à la légitimation de ce témoignage. En réalité, je me suis rendu compte que ma seule possibilité de légitimer le témoignage était de plonger dans l'océan du Talmud, d'écouter son immense musique, d'entendre alors et de faire entendre ses résonances possibles avec la foi chrétienne.

De fait, les articles rassemblés dans le livre marquent sept étapes sur ce chemin de la légitimation du témoignage chrétien auprès des juifs. Chacun des articles m'a été arraché par une demande, venue de l'extérieur ou perçue de l'intérieur, qui correspondait toujours à ce que l'Eglise invite à faire depuis Vatican II: faire l'inventaire du ‘patrimoine commun aux chrétiens et aux juifs'. Je partais toujours, c'est évident, de ma foi chrétienne. Mais c'est l'écoute d'Israël qui me faisait découvrir l'immensité du patrimoine commun et son insuffisante valorisation en milieu chrétien.

 

Je ne vais pas résumer les sept étapes ou chapitres du livre. Cela vous dispenserait de le lire et de l'acheter. Permettez-moi cependant de faire un rapide survol.

 

1 - Comment peut-on ne pas voir à partir du Talmud Torah des juifs, c'est-à-dire de leur étude et de leur enseignement de la Parole de Dieu, la valeur de l'étude pour la vie chrétienne, l'importance de la ‘Lectio divina' ou mieux, d'une ‘Auditio divina' (Audition et étude de la Tradition et de l'Ecriture) vitale pour tous les chrétiens ?

 

2 - Pourquoi ne pas revaloriser l'engagement de chaque chrétienne et de chaque chrétien dans une relation de maître à disciple fondée sur la conviction que le christianisme n'est pas une religion du livre mais une religion de la Parole (Catéchisme de l'Eglise catholique, § 108, emprunté à Henri de Lubac, L'Ecriture dans la Tradition, Aubier-Montaigne, Paris, 1966, p. 246) ?

 

3 - Il m'a semblé nécessaire de montrer le lien qui existe entre la vision pharisienne de la Tradition comme Parole de Dieu, comme Torah orale, et l'enseignement des pharisiens sur la résurrection des morts. De ce lien découle la richesse des recours scripturaires et non scripturaires qui soutiennent la foi et l'espérance aussi bien juives que chrétiennes. Il s'agit de la résurrection des morts et non de l'immortalité de l'âme. Pourquoi ne pas mieux connaître et valoriser ce patrimoine commun ?

 

4 - Dieu est celui qui aime en premier. Il est aussi celui qui recherche en premier et qui demande la recherche, en hébreu, Midrash. Le Midrash, la recherche de Dieu qui donne à l'Ecriture son sens profond, sans cesse renouvelé et actualisé, mérite d'être mieux reconnu dans sa grandeur et ses limites. La communauté, Israël, l'Eglise, gère la Torah orale. Elle distingue et valorise les deux niveaux de l'exégèse: le commentaire (perush), qui établit le sens littéral de l'Ecriture, et la recherche (midrash), qui en propose le ou les sens actuels et spirituels.

Ici encore la richesse du patrimoine commun mérite d'être mieux explorée et exploitée.

 

5 - Comme Jean-Paul II l'a rappelé à Mayence en 1980, ‘L'Ancienne Alliance n'a jamais été révoquée'. La prière juive, notamment la liturgie obligatoire et instituée, est pertinente pour la vie et la prière chrétienne. Il importe de mieux savoir comment Israël sert Dieu, par la prière, selon trois modalités fondamentales: la bénédiction, la sanctification, l'unification.

L'écoute d'Israël, en Eglise, avec la virgule avant ‘en Eglise' indique bien qu'il ne s'agit pas de déduire de la prière juive des indications précises et immédiates pour la liturgie de l'Eglise. C'est le message de fond qui constitue le patrimoine commun à reconnaître et à mieux assumer dans une liturgie toujours ouverte à la réforme (semper reformanda).

 

6 - La liturgie d'Israël telle que les pharisiens l'ont fait passer dans la liturgie synagogale, avant et après le destruction du Temple en l'an 70 de notre ère, est liée au Temple et aux sacrifices. La liturgie quotidienne fait aujourd'hui encore mémoire des sacrifices et elle demande à Dieu de faire revenir sa Présence (Shekinah) à Sion. Cette prière n'est pas vaine.

Son intensité doit aider les chrétiens à mieux vivre de Jésus-Christ, Présence de Dieu (Shekinah) parmi les hommes et à mieux dire : ‘Viens, seigneur Jésus !'. Cette Présence ne diminue en rien la réalité et la valeur de l'expérience que font les juifs de la Shekinah en différents temps, lieux et circonstances.

La vision de Jérusalem descendant du ciel, dans l'Apocalypse de Saint Jean (Ap 21, 2) correspond à ce que dit Rashi (1040-1105) du troisième et dernier Temple ‘que nous attendons. Il descendra tout achevé des cieux, comme il est dit (Ex 15, 17) : « Sanctuaire, Seigneur, qu'ont préparé tes mains » (Rashi s/Talmud de Babylone. Sukkah 41a).

 

7 - L'Ancienne Alliance n'étant pas révoquée, l'attachement des juifs à la Terre d'Israël, toujours enseigné par la liturgie juive, ne peut pas amener les chrétiens à méconnaître et encore moins à nier la valeur qu'ont, pour eux aussi à l'écoute d'Israël, la Terre, Jérusalem et le Temple. Le patrimoine commun, ici aussi, si on veut bien l'explorer, est d'une grande richesse, dans ce qu'il dit de Dieu comme auteur de la création, de la révélation et de l'élection, de la rédemption et de la résurrection.

 

L'inventaire du patrimoine commun fait ainsi découvrir des domaines inconnus ou insuffisamment reconnus et parfois volontairement méconnus.

J'ai essayé d'expliquer et de justifier que mon livre, avec ses articles ou étapes, peut aider à marcher sur un chemin en principe infini. Il est évident qu'il n'est pas un exposé structuré qui proposerait un ‘art du dialogue' ou un ‘traité des juifs'.

 

Je termine en reconnaissant que mon livre peut faire difficulté, sous un double aspect. Ceci me permet de souligner encore le courage de ceux qui ont décidé et réalisé sa publication.

 Il y a d'abord un aspect personnel. J'ai surtout enseigné oralement et j'ai relativement peu écrit. Il m'est presque impossible de mettre par écrit ce que me dit un texte que j'ai souvent présenté oralement. Il n'est pas simple de remplacer un auditeur par un lecteur

L'autre aspect de la difficulté, indépendant de moi, tient à l'oralité de la Tradition d'Israël. Cette Tradition, surtout pour ses couches anciennes, rédigées avant l'an 500 de notre ère, était et reste orale. Ses notations écrites ne sont qu'une aide pour la mémoire. Elle ne sont pas faites pour être lues mais pour être reprises dans une étude et dans un enseignement vécus qui mettent en jeu la relation maître-disciple, la discussion communautaire, la communication avec Dieu dans la prière liturgique et privée. Comment faire passer cette expérience de l'oralité qui engendre la joie de la Torah, bien connue des juifs, dont les chrétiens ne savent pas assez qu'elle est communicable et communicative ? Comment faire admettre, comprendre et éprouver que le dépaysement et la difficulté technique sont le prix à payer pour la joie? En réalité, le but à atteindre n'est pas l'élaboration d'une synthèse et encore moins la construction d'un système, mais le bonheur de nager et de faire nager en eau pure et profonde, à proximité du rivage, puisqu'il est impossible de traverser l'océan.

J'espère que mon livre contribuera à faire que la foi de l'Eglise puisse mieux s'exprimer dans un langage assez proche du langage de la Tradition d'Israël pour que les juifs s'y retrouvent en famille. Le dogme de l'Eglise, très légitimement visé par les credos et les conciles, n'a pas à revenir avant Nicée comme certains le voudraient. En effet, une sérieuse fréquentation des sources rabbiniques ne justifie pas qu'on disqualifie le dogme chrétien et les repères autorisés qu'il propose. La foi chrétienne demande au contraire qu'on éclaire ses repères à partir des sources juives, écoutées et étudiées de telle sorte qu'on entende d'innombrables résonances non encore entendues.

 

© 1966 Congrégation de N.-D. de Sion